mardi 15 mai 2007

131 - Cygnes, crépuscule et avions

C'était en fin de journée. Je traînais mon ennui sur les bords de Marne, le pas nonchalant. Les feuilles mortes crissaient sous ma semelle, les barques amarrées se balançaient mollement au gré du clapotis, des cygnes faisaient des gestes gracieux sur l'onde...

Aux alentours de l'aéroport le ballet des avions à l'approche commençait à s'intensifier. Haut dans le ciel, d'autres aéronefs laissaient de longues traces blanches sur leur passage. Ceux-là ne faisaient que passer au-dessus de l'aéroport.

Avec l'arrivée du crépuscule s'estompaient les bruits ordinaires de la journée, et je pouvais entendre l'aile furtive de l'oiseau rasant l'onde, le croassement plaintif du corbeau au loin, le bourdonnement sourd des avions dans la nue.

Je stoppai le pas pour observer le vol de quelques oiseaux de belle envergure. Les yeux levés au ciel, j'admirais leurs allées et venues au-dessus de l'eau. En levant un peu plus les yeux, dans mon champ de vision apparut un des avions sur le point d'atterrir. D'un mouvement imperceptible de la pupille, mon regard passa de l'oiseau à la machine.

L'avion, que je distinguais assez bien d'en bas, changea de cap. D'un basculement ample il se mit sur le flanc, et dans cette manoeuvre son aile m'envoya un reflet de soleil dans l'oeil. Ce fut comme un minuscule éclair dans le ciel.

Pendant quelques instants je demeurai là, silencieux, attentif près des flots paisibles. Les cygnes s'étaient rapprochés de moi, à l'affût de quelque poignée de pain providentiel. Les corbeaux croassaient à l'horizon, tandis que les avions chuintaient en entrecroisant leurs fumées blanches au-dessus des nuages.

Les cygnes s'agitaient inutilement à mes pieds, quêtant vague quignon. Ne voyant venir aucune pitance de cette main humaine, ils se dispersèrent bientôt.

D'autres avions s'approchaient, prêts à atterrir à leur tour. Le ciel commençait à s'assombrir et j'avais un peu froid sur les bords de Marne.

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