mardi 15 mai 2007

142 - Tous égaux

Je ne suis pas différent de vous. Je mange, bois, dors comme tout un chacun. Certes je n'ingurgite pas l'eau du robinet comme le font communément les indigents. Le seul breuvage qui agrée à mon palais est le champagne de grande cuvée. J'ai besoin autant que vous de m'hydrater. Je ne m’alimente pas dans vos cantines ouvrières c'est vrai. Seulement chez mes traiteurs attitrés. Cela n’empêche pas que j'ai autant besoin que vous de quotidienne nourriture. Je ne dors pas dans vos bouges, le sort ayant fait que je loge dans un hôtel particulier. Mais si je dors sous des lambris de marbre et des lustres dorées, c'est d'un sommeil aussi paisible, aussi moelleux que le vôtre.

Les différences de prix entre nos draps, de saveurs entre nos plats, de qualité entre nos verres sont superficielles. La forme seule nous sépare, mais le fond nous unit indubitablement. Fondamentalement nous nous ressemblons.

Ha ! Vous parlerai-je de mes soucis boulevardiers ! Vous pensez sans doute que je coule des jours faciles entre les soirées chez la Marquise et les sorties au théâtre... Détrompez-vous, les problèmes me minent : la domesticité de nos jours laissant à désirer, que de peines avant de trouver la perle rare ! Entre celle qui se fait engrosser par mégarde et celle que l’on est obligé de renvoyer dès le premier mois (sans gages, heureusement), quels ennuis !

Mais je sais rester simple. Comme vous, mes préoccupations quotidiennes sont très terre à terre : la façon de positionner mon chapeau, l’heure des réceptions chez la Marquise, comment éviter les fautes de goût dans mon apparence vestimentaire... Ennuis qui peuvent m'ôter le sommeil. Mes soucis mondains sont aussi pénibles que vos soucis d'argent. Certes les tracas diffèrent, mais le coeur humain lui ne change pas. Le mien est aussi tourmenté à cause de la position de mon chapeau sur ma tête que le vôtre l’est à cause de vos fins de mois difficiles.

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