mardi 15 mai 2007

173 - Des pensées élevées

Quelque part à Manhattan, à côté de bouquets de tours serrées, agglutinées, lesquelles forment un véritable hérissement de béton, s'érige, semblable à un phare, une tour relativement isolée surplombant un des rares espaces encore libres de la ville. C'est une belle construction, élancée, élégante, longue et fine comme une tige, d'inspiration gothique, à l'architecture étudiée, raffinée.

Lorsque je la contemple de ma fenêtre rue Plymouth ou que je passe à proximité, empruntant le fameux pont de Brooklyn, j'aime à imaginer que je suis installé tout en haut, à l'étage ultime formé par son toit aux allures de clocher de village.

Dans cette pointe, minuscule vue d'en bas, intime comme une mansarde, secrète ainsi qu'une chambre, confidentielle telle une alcôve, je me projette, rêveur, charmé par ses sculptures de pierre et de bronze qui me rappellent les cathédrales de France. Cette tour semble vide, de haut en bas. Elle me fait songer à un donjon à l'abandon. Avec délices mon imagination m'entraîne dans les hauteurs magistrales de cette flèche... Alors les yeux fermés, le coeur léger, je pénètre sous sa toiture filiforme devenue le refuge de mon âme exilée.

Je me figure être le seul locataire de la tour, installé au dernier étage, loin du sol. Ce sol si dur, lourd, vain... Oui, j’aimerais aller là-haut, habiter sous ce faîte étroit, fuselé, demeurer dans ce cloître charmant qui trône dans les airs. Avec pour seules compagnies le vent et les nues, mes souvenirs et le ciel entier, indifférent au monde d'en bas.

Je ne serais préoccupé que par le vol des grands oiseaux qui tournoient dans le ciel de New York, au-dessus de ses cimes de pierre et de béton, et qui viennent parfois frôler le sommet de cette tour isolée.

Au haut de cette singulière érection gothique surgie du XXème Siècle, mes rêves se sont accrochés, et ma mélancolie a pris place. Mes pensées, prenant appui sur la tour qui de son doigt doré me désigne un monde céleste à gagner, s'élancent vers un infini radieux, vers un imaginaire plein d'idéal. Et lorsque le soir de ma fenêtre qui donne sur les gratte-ciel mon regard se dirige vers cette tour isolée, insensiblement s'élève au ciel le chant triste de mon âme adressant ses prières aux étoiles.

Je sais que par-delà l'océan, à Chartres précisément, une autre âme m'entend.

Cette âme, c'est vous.

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