mardi 15 mai 2007

174 - Les vitraux de Chartres

Dans mon imagination ardente, il est des lieux où je puis vous retrouver en toute heure. Ces endroits, véritables oasis intérieures, ce sont mes souvenirs des cathédrales. Les édifices ressurgis de ma mémoire sont mes refuges les plus sûrs en ce monde agité. C'est là, dans les tréfonds de mon âme en proie à ses plus chères réminiscences, parmi des colonnes jaillissantes, sous des voûtes élégantes à l'extrême, entre des rangées hautes de vitraux que m'apparaissent vos traits. Graves.

Désireux de fuir les bassesses de ce monde, les yeux fermés je me glisse dans l'ombre sanctifiée de cette cathédrale en souvenance pour vous rejoindre... Alors, ancré dans mes rêveries, je laisse libre cours aux fantaisies qui me prennent sur le moment et qui m'emportent plus loin que les admirables hauteurs gothiques. Voici un exemple de ces fantasmagories ascensionnelles :

J'imagine que nous sommes seuls, vous et moi, dans ce sanctuaire de pieuse beauté. Dehors la saison ne m'importe plus, tant je préfère au soleil cru (qu'idolâtrent les jouisseurs impies) le jour transfiguré diffusé par les vitraux. La foule hérétique peut bien danser, boire ou chanter, seuls valent à mes yeux le silence des pierres et le bruit discret de nos pas en cette maison de paix. Le reste du monde ne me préoccupe pas dans ces moments où je flâne en votre compagnie sous les ogives. Et ma rêverie se poursuit.

A genoux à vos pieds, je lève les yeux vers votre visage qui se baisse sur moi. A l'arrière plan resplendit, éblouissante et majestueuse, la rosace de la cathédrale. Je suis saisi devant la beauté solennelle de ce tableau impromptu formé par votre visage et la mosaïque de verres multicolores... Vos traits se croisent avec la lumière dans une perspective inattendue qui donne une féerie particulière à votre regard, à votre face dont les contours bien découpés se détachent sur le fond de clarté enluminée.

Puis peu à peu votre visage se morcelle, se disperse de manière surnaturelle avant de s'évanouir... Nullement effrayé par le prodige, mon émotion n'est est pas moins profonde, et front contre terre je verse les larmes pures d'une joie mystique. Une fois mon émoi versée, toujours agenouillé, je relève la tête et constate que vous avez mystérieusement disparu. Mais aussitôt je reconnais vos traits transposés dans les éclats de lumière de la rosace, radieux, glorieux, pleins de magnificence.

Et je demeure là, confondu, émerveillé, seul dans l'immense cathédrale face à votre regard incrusté dans le vitrail de la rosace, oeil unique dans lequel je vous vois tout entière et qui semble scruter pour l'éternité mon âme éperdue d'amour.

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