mardi 15 mai 2007

211 - Un jeune vicaire fougueux aux moeurs déréglées

Chère amie,

Je n'ai pas dormi de la nuit. C'est que je ne fus pas seul sous les draps de mon humble alcôve... Un amant m'a tenu compagnie toute la nuit.

Un vicaire.

Un authentique vicaire. Très porté sur les choses sacrées de la religion. Et sur les mystères plus sacrilèges de la chair en émoi. Totalement dénaturé : insensible aux charmes venimeux de la femme, mais absolument ensorcelé par les viriles séductions des gens de son sexe... Comme le sont d'ailleurs assez souvent certains jeunes ministres de l'Église. Dans la hiérarchie ecclésiastique il y a généralement le clan discret et infâme des pédophiles et celui, plus aimable, des simples sodomites.

Ordinairement dans ce milieu la pédophilie est un vice réservé aux plus vieux ministres du culte, tandis que l'homosexualité simple est surtout l'apanage de la jeune génération de prêtres. Cette nuit je fus victime consentante de cette seconde race de gens d'Église.

Oui ma mie, j'ai passé la nuit avec un homme d'église dûment homosexuel, un jeune vicaire extraverti et pourtant religieux convaincu. Un bien joli jeune homme qui porte beau la soutane à la vérité. Avec beaucoup de charisme : de la féminité et de la virilité mêlées qui lui donnent un charme fou. Un sacré bougre au lit ! L'amour entre gens du même genre, surtout lorsque l'amant est un prêtre, est une chose fort troublante.

Son torse musculeux, sa nuque virile, ses tempes transpirantes, ses lèvres de soldat, son sceptre profanateur... Son souffle sonore, son coeur qui battait... La façon violente qu'il avait de rendre hommage à son partenaire, d'aller et venir en lui odieusement, outrageusement, délicieusement...

Le contact de ses muscles contre mon torse imberbe, ses gémissements rauques au creux de mon oreille, ses caresses viriles dans mon cou, ses épaules larges et autoritaires engagées dans cette mâle étreinte, tout cela sur fond de secret et de scandale, fut d'un romantisme intense. Je rougis de mes frissons.

Partagé entre les voluptés de la chair qui se corrompt et la fidélité aux voeux de chasteté récemment prononcés, tiraillé entre les naturels tourments de ses sens en éveil et ceux, plus moraux, provoqués par les remords, il n'a cessé, cet amant austère, d'alterner oeuvres impies avec repentances. Sa nuit en ma compagnie ne fut qu'une succession de chevauchées endiablées et d'agenouillements, de coupables voluptés et de sincères pénitences.

A chaque fois qu'il venait de commettre sur moi le blasphème suprême (copié sur les moeurs qu'avaient les gens de la cité de Sodome), il se donnait scrupuleusement la discipline. Son étrange calvaire ne prit fin qu'à l'aube. Et, rassasié d'infâmes voluptés, il a fini par se retirer en quelque lieu désert afin d'y méditer sur ses faiblesses.

Quand le reverrais-je, mon amant terrible ? Mais il appartient à l'Église, et celle-ci, épouse jalouse, ne me le rendra jamais...

Nous nous sommes aimés une nuit durant. Dès le début je savais que mon amant me fuirait. Il s'efforcera maintenant de m'oublier à travers l'exercice de son ministère en quelque lieu reculé du pays. Il ne me reste de cette nuit inoubliable que le souvenir de nos étreintes et l'odeur de sa peau sur les draps. Allons, il me faudra pourtant bien l'oublier, même si notre amour a l'odeur âcre, sulfureuse du scandale...

Vous pouvez en être offensée ma mie, cependant vous ne m'empêcherez pas de garder de cette nuit un souvenir ineffable. Le prestige de la soutane et le sourire charmeur de cet homme, choses assez communes dans ce milieu (qui ordinairement ne font chavirer que les vieilles filles dévotes), ont agi sur moi comme un feu sacrilège, à la fois infernal et divin.

Voici donc fidèlement rapportées les occupations éhontées de ma nuit. Je crois que je suis à partir d'aujourd'hui définitivement devenu homosexuel, exclusivement attiré par les beaux hommes d'Église... Voilà la redoutable vérité chère amie. Hélas ! me voici à partir de maintenant devenu un sodomite ecclésial convaincu.

Je suis perdu pour la religion.

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