mercredi 16 mai 2007

249 - Du sucre et des punaises

En ce jour de Noël, j'aimerais offrir à nos chères mémés grabataires et séniles des tonnes de guimauve tiède à l'état liquide parfumée à la vanille chimique et à l'ersatz de fleur d'oranger. Je n'oublie pas le chocolat industriel hyper-sucré qui leur coulerait dans le fond du gosier avec des relents d'amertume, en dépit des avalanches de glucose déclenchées depuis les usines de bonbons pas bons. Aux vieilles dames instruites et intelligentes de quatre-vingt-dix-sept ans et plus, j'aimerais offrir des cercueils non scellés qui n'ont jamais servi mais qui serviront pour leur dépouille fatiguée.

J'aime les méchantes gens. Je ne supporte pas de me frotter à la roture, je déteste les chiens, je crache sur la Lune Rousse et bénis la foudre. Les malades comme les bien-portants me dérangent, les fumeurs et leurs tumeurs m'incommodent, les bossus sont mes amis, les pauvres mes ennemis. Les enfants m'insupportent, les moribonds m'adorent...

Je suis un humaniste misanthrope.

L'eau de pluie, le vent et les voeux qui ne coûtent rien, je les donne volontiers à mes amis. En quantités industrielles. Les poches de ma vieille veste, je veux les garder pleines. Cousues. Hermétiques. Même au prix de l'amitié. D'ailleurs je n'ai pas d'amis. Mes amis se nourrissent d'eau de pluie, de vent et de voeux qui ne coûtent rien. Ce ne sont donc pas mes amis.

Quand je vous dis que je n'ai pas d'amis...

Les douceurs qui s'offrent entre les mémés et leurs petits enfants sages n'inspirent pas mon coeur plein de ténèbres. Moi j'aime la bave de crapaud, les grosses boules de guimauves avec à l'intérieur de sournois morceaux de noyaux de cerises concassés, les bonbons au miel fourrés de fiel et les furoncles qui ne guérissent pas le jour de Noël. Je suis une crapule.

Je suis enchanté de faire la connaissance d'autres crapules. Les ordures me connaissent, je connais les ordures. On se congratule, se déteste, se trompe, se fait des cadeaux entre coeurs de citrouille. La pourriture, ça nous connaît. Hier soir j'ai fait un croche-pied au Père Noël qui est tombé sur les chocolats industriels. Dans sa chute il a renversé le sapin en plastique. Les enfants ont pleuré. J'ai ri.

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