mercredi 16 mai 2007

280 - Une ascension fulgurante

Entre ciel et mer, quelques mouettes aux ailes immobiles se laissent porter mollement dans le vent. Par rafales des vagues viennent mourir sur le sable de la plage déserte. Le soleil couchant de mai donne une teinte crépusculaire aux nuages qui stagnent à l'horizon. Ici, c'est un jour comme les autres. Cette côte du pays de France somnole. J'entends les mouettes crier et les flots rouler tandis que l'astre rouge descend lentement dans le ciel avec de grands soupirs. On dirait que l'océan s'ennuie, que la faune fatiguée flâne aux hasards de l'onde et de l'air dans les lueurs expirantes de ce soir de printemps.

Je suis seul, le regard perdu vers les étendues brumeuses. Je sens le vent frais du large sur mon front. Un frisson terrible secoue tout mon être. Une sensation inédite, profonde et ineffable transporte mon âme vers des immensités lointaines, inconnues... Intérieures. J'ai l'intuition qu'un grand destin m'attend ce soir. Déjà je crois gouverner l'océan : il me semble que chaque vague applaudit avant de se prosterner à mes pieds.

A présent je suis dans un train qui m'emmène vers Paris. Personne ne me connaît dans ce convoi filant dans la nuit.

Il n'est pas encore minuit, je me faufile avec difficulté dans la foule compacte massée devant l'Hôtel Matignon. De toutes parts des cris fusent. De joie ou de dépit. Le climat est tendu, les regards sont pénétrés. On chante, on se bouscule, on pleure aussi. Des noms sont scandés, de vives discussions s'engagent. On s'oppose violemment ou on se rallie dans les flammes de la passion. Dans la mêlée je reconnais quelques têtes célèbres.

J'entre dans le hall d'accueil de l'Hôtel Matignon où nul ne connaît mon visage. Le nouveau Président de la République vient d'être élu par le peuple. Il a déjà désigné un de ses proches comme principal membre de son gouvernement.

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