mercredi 16 mai 2007

325 - La maison de l'écrivain

Je m'approchai de l'humble demeure. Isolée, sise entre ciel et champs, battue par les vents, couverte de lierre, elle ressemblait à un navire au milieu des herbes. Éole faisait grincer ses vieux bois... Son toit de tuiles qui s'affaissait pesait comme un manteau de pierre.

Une âme hantait les lieux : cette maison abandonnée respirait, dégageait une atmosphère pleine de nostalgie. Je sentais un souffle, j'entendais battre un coeur : les murs vivaient. A travers ses fissures, je remontais dans le temps. La pierre me racontait tant d'histoires... Ce toit dans la campagne avait été l'asile d'un poète, jadis.

Poussant la vieille porte prise dans les herbes folles, j'entrai sans trop de difficulté. La pièce unique sans fenêtre et aux murs nus s'éclaira dans une odeur de vieilles poutres et de ronces. Son aspect était fruste, rustique, presque monacal. Il y avait une table, une chaise, un lit avec un petit meuble de chevet. Sur la table, une chandelle, quelques feuilles vierges jaunies, une plume dans son encrier séché. Sur le meuble de chevet, une carafe en terre. Reliques d'une autre époque...

Charmé par ce tableau idyllique, humant avec délices les effluves intacts de la chambrette, les yeux fermés je laissai courir un instant mon imagination.

Devant moi les fantômes du passé apparurent. Je vis un écrivain penché sur ses feuillets, la plume en suspens, une flamme dans l'oeil. C'était la nuit, la chandelle éclairait sa minuscule table de travail. Sa mise était apprêtée. Il était vêtu à l'ancienne. Ses cheveux en arrière étaient coiffés avec soin. C'était une coupe du XIXème siècle. Il y avait, accrochés à un clou de la porte, un chapeau avec une longue plume fichée en son côté, ainsi qu'une besace. Cet homme écrivant dans la nuit, je crus le reconnaître. N'était-ce pas... Alphonse Daudet ? A moins que ce ne fût Maupassant ? Ou alors Musset ? A travers l'apparition onirique, je voyais indistinctement des visages, des silhouettes illustres surgis du siècle romantique.

Je m'attardai dans mon rêve éveillé... Et cette fois c'est moi qui était le fantôme : je me sentais comme un intrus invisible en train d'épier les hôtes des lieux. Les yeux clos, humant toujours la poussière séculaire de la pièce, je laissai mon esprit vagabonder encore.

Au coeur de la nuit se faisait entendre le cri d'un hibou. Un chat perché sur une poutre observait l'écrivain. Dans l'âtre, une braise finissait de se consumer. La vision était nette à présent. Je vivais ce qu'avait vécu l'écrivain. J'étais devenu témoin de la légende, approchant d'un souffle le mythe, présent dans l'histoire secrète de quelque auteur...

En pénétrant dans ce refuge à l'abandon, l'imagination m'avait emmené jusque dans l'intimité d'un poète, à un siècle et demi de distance, à deux pas des muses.

VOIR LA VIDEO :

http://www.dailymotion.com/video/x2292pr_la-maison-de-l-ecrivain-raphael-zacharie-de-izarra_webcam

9 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

La maison d'un écrivain n'est pas n'importe quelle maison.
Déjà, elle doit être assez sombre. Éclairée le jour par une fenêtre à petit carreaux le long de laquelle ruisselle la pluie, parce qu'il pleut souvent où habite l'écrivain.

La nuit, c'est une unique et large chandelle dont la combustion reste toujours en sa moitié qui lui procure chaleur et lumière.

Les rares meubles sont de chêne et disparates. Surtout ni plastiques, ni formica. Et il y a des livres partout. Empilés au sol.
Pas de réfrigérateur, ni de congélateur, ni d'aspirateur. Ni d'horloge qui sonne les heures. Encore moins d'électricité .
Il n'a pas de lieux d'aisances. Un écrivain ne va pas aux toilettes. Il mange si peu.

Son garde manger est une boîte grillagée ou se gâtent pain sec et vieux copeaux de fromage. Il les jettera plus tard aux souris. Parce que des souris, il en a des tas. Des grises en bas et des chauves au grenier. Pas grave, il a un chat. Les écrivains ont toujours un chat.

Le chauffage, c'est un âtre qui n'est alimenté que lorsque l'écrivain reçoit un ami.
Ces soirées là, il revêt une veste d'intérieur de satin et fume le cigare.

Parce qu'il vit seul. Ou presque. L'unique femme qui lui rend quotidiennement visite est une vieille décharnée qui frotte le carreau et fait chauffer la soupe.

A la différence du grand compositeur, qui, lui a une épouse et une ribambelle d'enfants, l'écrivain est solitaire. Il est vrai que le premier a besoin de vie, de bruit et d'équilibre pour exprimer son art. L'autre doit trop méditer et avoir un peu faim pour coucher ses nobles pensées.

Pourtant, le lit, qui meuble un coin de la pièce principale de la maison de l'écrivain, reçoit, de temps à autre, une jeunesse en jupon. L'écrivain sort alors son unique paire de drap de soie. Celle qui partage la grande armoire avec deux chemises blanches à jabots.

Les soirs d'ivresse, il lui arrive même de ramener deux ou trois donzelles. Et tant pis pour la soie. La rugosité du méchant lin, personne n'aura occasion de la remarquer longtemps.

L'écrivain aime en ville. Une bourgeoise qui minaude, qui soupire et le boude. Mais qui rêve de lui, caressée par l'époux.

Désespéré, dépité et pour se venger des maris, il connait, l'écrivain, la majeure partie des placards de la cité. Il y passe souvent la fin de ses nuits. C'est pour cela qu'il sent la naphtaline.

Il ne vit pas de son art. Il copie de la musique. Celle de son ami le compositeur plus haut évoqué.
Et quand il ne travaille, ni ne rêve, ni ne l'aime, il marche beaucoup. Surtout quand il y a du vent parce que l'écrivain adore le vent.
Les jours ensoleillés, son inspiration le fuit. Alors il dort sous un arbre. L'écrivain apprécie l'ombre des arbres.

Sa maison n'a que deux pièces et un grenier, pour souris grises et chauves et chat. L'une lui sert de chambre, de salle d'écriture et lui permet de s'alimenter un peu, sur un coin de bureau. L'autre recèle ses secrets, parce qu'un écrivain a toujours un secret. Mais personne ne sait ce que c'est puisque c'est un secret.

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

filledemnemosyne,

Cette maison-là aussi est assez plaisante...

Raphaël Zacharie de IZARRA

filledemnemosyne a dit…

Comment décrire la maison de la "femme écrivain"...
Pas terrible comme nom !
Alors, écrivaine !... même si j'aime la sonorité désuète... c'est bof!
Auteure...encore plus bof !
Romancière...beurc, ça fait Barbara Cartland.
Poétesse, c'est déjà mieux. Mais pas encore le meilleur terme.
En fait, je ne crois pas qu'il existe de joli mot pour définir la femme écrivain.
Alors, du coup, pas simple pour qu'elle possède, elle aussi, une maison.
Et pourtant, elle habite quand même bien quelque part.

Elle vit dans un jardin.
Secret.
Elle marche pieds nus, sur l'herbe couverte de rosée.
Elle s'abreuve avec les oiseaux. A la fontaine.
Elle écrit dans sa tête mais les lignes calligraphiées, apparaissant dans ses yeux clairs se reflètent dans l'onde.
Penché au dessus d'elle, il peut parfois les lire.

Mais quelques ronds dans l'eau...et tout disparait.

Comme son homologue masculin, elle ne s'alimente presque pas. Sauf de rêves et de fruits rouges.

Elle s'habille du parfum des fleurs et d'une longue robe claire. Et, dès le crépuscule, jette sur ses épaules le manteau de la nuit.

Elle fuit le monde. Ses seuls et rares amis sont les éléments.
Pluie, vent,glace, étendues maritimes, chaleur du soleil, foudre...

Elle ne convoite que les mots. Ceux des livres. Bien écrits.
Enluminés.Illuminés.

Ainsi elle est très riche.
Jade, turquoise, améthyste, émeraudes,ambre,cristal, fil d'or, encres précieuses, jasmin,épices, fruits d'orient...
Toutes les couleurs du monde lui appartiennent.

Elle est heureuse même si elle pleure souvent.
Ce sont ses larmes, toutes nées d'émotions, qui font des ronds dans l'eau de la fontaine.
Pour qu'il ne puisse pas lire longtemps.

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

filledemnemosyne,

Je dirais tout simplement une PLUME pour qualifier une femme écrivain.

Raphaël Zacharie de IZARRA

filledemnemosyne a dit…

PLUME ?
Il n'en existe qu'une !

La femme écrivain n'est pas unique.
Il y en a une dans chaque jardin secret.
Ce qui est unique, c'est le secret de ce jardin.

filledemnemosyne a dit…

Pour plus l'Infini et moins l'Infini.
Maxime...quoi !

Grandgousier a dit…

Merci.
Infiniment.

filledemnemosyne a dit…

A tous les prénoms éponymes...d'Anne à Maxime !

filledemnemosyne a dit…

Il peut aussi vivre comme un arbre dans la ville, ou dans une maison bleue.
Pour ce Prince là...un vrai !

http://www.youtube.com/watch?v=V5Pj_DZ5bRo