jeudi 17 mai 2007

448 - Trésor d'avare

Il détestait par dessus tout dépenser.

Son argent étant sa raison de vivre, il préférait encore le savoir en train de croupir dans son coffre plutôt que de devoir alléger ce dernier d'un fifrelin. Le contenu de sa cassette aurait pu lui donner l'aisance jusqu'à la fin de ses jours. Mais il préférait vivre chichement, avec la faim pour seule compagne. Il considérait d'ailleurs la faim comme un démon qu'il lui fallait apprendre à dominer, non comme un maître à servir. Dérobade d'avare...

Selon lui, résister à la faim était une vertu, tandis que flatter ce tyran réclamant pain frais et soupe chaude tenait du péché de faiblesse. Succomber à la tentation de faire un bon repas aliénait sa liberté d'économe, invoquait-il comme prétexte.

Astreint à un régime alimentaire odieux, il tombait régulièrement malade. Sa fortune hermétiquement scellée eût pu lui payer les soins nécessaires à son rétablissement. Mais il préférait encore souffrir les affres de la maladie plutôt que de dépenser dix sous chez l'apothicaire. Le prix des remèdes n'en valait pas la chandelle estimait-il, et le temps finirait bien par avoir raison du mal... Et en effet, sa patience était chaque fois récompensée : loin de l'affaiblir, la maladie finissait par l'endurcir. Privilège de ladres ! Une raison de plus pour faire du temps sa médecine préférée car le temps au moins, au contraire des potions, ça ne mange pas de pain !

C'est ainsi que notre héros vécut fort longtemps. A son enterrement ses héritiers se partagèrent le privilège de côtoyer pour l'éternité sa tombe car, moins sobres que leur riche aïeul, ils étaient tous morts d'excès divers longtemps avant lui, si bien que seul le coffre perpétuellement scellé hérita de la fortune du pingre.

PRECISION DE L'AUTEUR

La morale de mon histoire, c'est qu'à force de privations l'avaricieux vit plus longtemps que ses sots héritiers (morts d'avoir trop bien vécus) et que nul profiteur ne trouvera son argent oublié dans le coffre voué à la pourriture. Autrement dit, l'avare emporte avec profit son argent dans la tombe : il meurt satisfait et non amer. Ce sont les potentiels héritiers restants les vrais lésés, pas notre cher avare qui est le héros positif de mon histoire. C'est la cause de ce personnage pittoresque que je défendais, et certainement pas la morale des dépensiers qui s'imaginent vivre plus dignement parce généreux avec eux-mêmes ! J'aime les avares. Etait-ce donc si peu clair dans mon texte ? C'est que certains me reprochent une certaine ambiguïté... En ce cas que l'on me permette de clarifier la chose : dans ce texte je rends hommage aux avares, raille les dépensiers.

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