jeudi 17 mai 2007

453 - A mes bienfaiteurs

A vous chers précepteurs, à vous bienveillants conseillers en tous genres, à vous assureurs de vies, à vous guides bien droits, bien drus, bien drôles, à vous pairs, vassaux, héritiers, supérieurs, disciples et détracteurs, je destine ces mots.

Vous m'avez élevé la tête au-dessus de vos souliers, et je les ai trouvé bien cirés, bien que pompeux. Vous m'avez fait partager vos cours de récréation et même si je ne m'y suis pas amusé, votre attention n'était pas vaine. Touchant le fond de vos pensées, j'ai eu l'honneur de vous recevoir dans mes fêtes. Vous invitiez l'ennui, je chassais le cerf. Vous partiez pour Beyrouth, je revenais par un chemin. Je vous tendais un verre, vous renversiez les rôles. Vos coeurs restaient bien au secs, je me mouillais dans des affaires orageuses.

Vous les soutanes, vous les souteneurs des causes et des effets, vous les vents d'artifice, j'ai avalé sans rien dire vos postillons, salué vos matins, baisé vos doigts bagués de pigeons sédentaires. Vous avez parrainé mes dons, les bras croisés. Vous mettiez le feu à l'eau, c'était une eau-de-vie. Vous mettiez les nouilles à l'eau, c'était votre plat préféré. Je vous servais la sauce, c'était de la crème. Du gratin. Du beurre avec son argent. Au parfum d'hypocrisie. Empâtés, vous mangiez l'air de rien, la mâchoire forte, l'intestin flatté, la vie frêle. Et moi je vous regardais mastiquer, la patte fine.

Vous les marchands de carottes, de marmelade et de navets, vous avez toujours vu du bleu dans votre ciel. Vous vouliez me faire rêver. Je n'ai pas marché, j'ai volé de mes propres mains, prenant de la hauteur sur vos profondeurs. En tous sens j'allais. Tout droit vous persistiez. Dans le mur vous avez fait votre trou. Vos serrures toujours bouclées, vous avez manqué de courage. Avec vos fauteuils comme des trônes, vous étiez perchés au-dessus de mon ombre. Vous m'avez proposé fruits et légumes, marbres et coupes de cheveux, bois et peaux, neige et beurre de cacahuète, vacances et bombonnes de gaz, banques et sphères. Je vous ai écouté l'oeil égrillard, l'oreille sourde, le coeur léger.

A vous tous je n'ai que trois mots à vous dire, vous les trouverez suprêmes :

JE VOUS EMMERDE.

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