jeudi 17 mai 2007

458 - L'air des poètes

Poète du dimanche, garde ta lyre pour faire peur aux oiseaux. Et va jardiner. Versificateur à la noix, accroche ton luth au cerisier. Faiseur de rimes à la gomme, tes vers ne valent pas ceux des pêcheurs à la ligne. Poète sans souffle, tu parles de l'amour avec ennui. Tu dis que le ciel est bleu, tu chantes la vie, la mort, l'amitié... Et puis quoi encore ? Personne ne t'écoute. Tu radotes, te répètes, nous casses les oreilles. Tu nous fatigues, nous assommes, nous crèves. Que valent tes mots ? Poète je t'assure, si tu es grand, c'est parce que tu mesures au moins deux mètres de haut. Et si tu brilles, c'est parce que tu es lisse.

Tu nous beugles sur tous les tons que l'amour c'est de l'or éternel, que tes larmes de poète sont des diamants, que les vagues de la mer chantent en choeur, que les étoiles sont inaccessibles... Sot que tu es ! Et tu te prétends poète ? Va, retourne plutôt à ton jardinage. Va vider ton coeur ailleurs. Va nettoyer tes latrines au lieu de te répandre en bave et postillons qui nous importunent !

Poète sans levain, laisse tomber la plume et apprends à faire du pain : l'oeuvre de ton four vaudra toujours mieux que les confidences de tes muses. Tu ne vois donc pas qu'elles se moquent de toi ? Tes inspirations profondes les font rire... Cruelles sont les muses. Tu t'imaginais donc que des fées inoffensives siégeaient dans l'Olympe ? Des chouettes les hantent ! Et toi tu es leur jouet, poète naïf.

La Poésie est plus féroce que les légumes de ton potager lyrique ! Ta guitare est un panier plein de navets. Que valent tes carottes que j'écrase ? Un jus en sort. Tu prends ça pour du sang. Moi je te dis que c'est du lait. Ca te navre, poète larvé. A nous chanter Homère, tu nous barbes !

A débiter tes salades, tu ne fais que ruminer. A nous asticoter avec tes vers, on te prend pour une pomme. A déclamer tes perles, on t'élit roi des poires. William, mais sans Shakespeare.

Rimailleur épris d'absolu, ivre d'idéal, ne confonds pas le souffle et le vent. En vérité je te le dis, à vouloir faire sonner des mots creux, le poète ressemble vite à une cloche.

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2 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

Elles ne sont pas cruelles...elles sont exigeantes. Elles ne l'étaient pas mais à force de les taquiner, elles le sont devenues.
Certes, la caresse qu'elles accordent peut ressembler à un frottement de toile émeri mais elles attendent de cette abrasion l'image de la perfection.
La rose et son parfum ne les intéressent plus. Même le pistil n'a plus grâce à leurs yeux. C'est l'angoisse de l'épine toute frissonnante à la vue du doigt s'approchant de sa pointe acérée qui les passionne maintenant.
Il leur chante la plage, elles veulent les angles du silice.
Le composant ? Le détail du composant ? L'intérieur du composant ?...Non, ça ne suffit pas ! Il leur faut son âme. Sa respiration.

Elles ne se moquent pas. En tout cas elles ne se moquent jamais de la Vérité. Au contraire, elles excuseront la maladresse, encenseront la platitude si elle sort d'une bouche sincère ...même d'une bouche d'égout !

filledemnemosyne a dit…

Pour les hommes...en général !
Ceux qui s'épilent pas...hein, attention !