jeudi 17 mai 2007

466 - J'accorde une interview à une jeune journaliste

La journaliste (séduisante) - Raphaël Zacharie de Izarra, bonjour.

Moi (l'air hautain, méprisant) - Bonjour.

- On ne vous présente plus : plume d'exception, authentique esthète, hâbleur brillant, les qualificatifs flatteurs ne manquent pas pour vous définir...

- Effectivement. Multiples sont mes talents, de même que mes tares. Mais je dirais que, comme chez beaucoup d'esprits supérieurs, mes tares participent de mes talents. Je n'ai donc, d'un point de vue individuel, que des talents.

- Raphaël Zacharie de Izarra, qu'est-ce qui vous fait courir dans l'existence ?

- Poésie est mon credo (long silence qui impressionne beaucoup la jeune journaliste).

- Que pourrait-on ajouter à une réponse si brève et si essentielle ? Mais parlons plutôt des femmes. Vous les aimez, c'est de notoriété publique. Vous le rendent-elles bien au moins ?

- Au jour de mes funérailles Madame l'on mesurera sans doute le poids ou la légèreté de ma plume sur le coeur des femmes... Si je les sers le plus possible avec des mots et le moins possible avec des preuves plus coûteuses, j'entends qu'elles me répondent avec autant de générosité que je mets de prudence à émettre vers elles mes doléances. J'escompte bien que vers ma centième année des files de pleureuses inconsolables et légèrement vêtues accompagneront ma dépouille jusqu'à la tombe.

- Vous parlez de doléances... Pour vous l'amour est donc synonyme de souffrance Raphaël Zacharie de Izarra ? Pouvez-vous développer pour nos lecteurs ?

- Madame, Poésie et Amour sont des choses qui échappent à nos strictes analyses. Néanmoins je puis vous répondre que oui, sûrement l'amour chez moi est lié à une certaine idée de la souffrance. Ai-je dit pour autant que j'aimais souffrir ? Non. C'est la souffrance de l'objet qui vous aime qui importe. Elle seule est délectable. Un esthète aime toujours voir le papillon agitant une dernière fois les ailes entre l'épingle qui le transperce. Moi je collectionne avec des gants blancs et des pincettes. J'aime de loin, avec calcul, science et rigueur, soucieux de garder les mains nettes. Regarder s'agiter l'insecte femelle qui vous fait des signes désespérés derrière une vitre avant de mourir, le coeur percé par quelque pal littéraire ou poétique est un plaisir raffiné que l'esthète sait capter avec délectation. L'hymenée dans le formol est une conception plutôt confortable de l'amour. Du moins pour celui qui tient le bocal.

- Raphaël Zacharie de Izarra, vous êtes odieux.

- Madame, pardonnez-moi d'être ce que je suis. Mes détracteurs me reconnaissent au moins cette qualité. L'on me trouve odieux, soit. Je ne saurais mentir à ma nature, n'est-ce pas d'ailleurs ce qui fait ma force ?

- C'est aussi ce qui fait votre charme Raphaël Zacharie de Izarra. Je dois d'ailleurs avouer que votre cruauté légendaire ne me laisse pas insensible... Mais venons-en à un sujet plus serein : parlons littérature. Quel mot selon vous définirait le mieux votre littérature ?

- Le mot le plus léger, le plus aigu, le moins usité. Ce sera le mot de votre choix.

- Raphaël, vous permettez que je vous appelle Raphaël ?, que pensez-vous de la façon...

- Non, je ne vous permets pas Madame. Chacune des quatre parties de mon nom ne compte pas pour rien et j'entends que vous n'omettiez point de prononcer et ma particule et les syllabes composant les trois autres belles parties de ce nom qui fait mon identité littéraire. Que vous soyez une journaliste parisienne brillante particulièrement avenante et de toute évidence fascinée par votre invité ne vous dispense pas de vous soumettre au même protocole strict que j'impose aux reporters de province. Reposez-moi correctement votre question, je vous prie...

(Air gêné) - Raphaël Zacharie de Izarra, que pensez-vous de la façon dont vos contemporains vous perçoivent ? Vous déclenchez souvent des réactions très vives, voire outrées. Ce que vous écrivez n'est pas anodin, reconnaissez-le.

- Je m'adresse à un lectorat raffiné, lettré, intelligent. Ce sont les connaisseurs sachant goûter à des mots fins qui apprécient ma cuisine littéraire. Ces réactions que vous évoquez ne proviennent que de la plèbe. Un bel esprit comme le mien n'accorde aucune importance à ce genre d'insignifiance. Jamais la roture n'a fait partie de la gent littéraire.

- Raphaël Zacharie de Izarra, vous êtes un incorrigible misanthrope !

- Détrompez-vous, j'aime les hommes. Les humbles, les glorieux, les contrefaits, les riches, les avares, les ignares, les érudits, les idiots, les homosexuels, les vieux, les sots, les noirs, les brutes, les gentils, les insignifiants, les puérils, les fiers, les fragiles, les inébranlables... Les hommes m'attendrissent avec leurs imperfections, leur qualités, leurs mesquineries et leurs grandeurs. Je suis un grand humaniste qui ne craint pas de mettre le doigt sur les petites douleurs humaines, de relever les contradictions, de placer sous le projecteur de la vérité l'aveuglante bêtise de ses contemporains, d'accentuer à loisir toute nuance, de mettre en valeur les contrastes. Et tout ça pour mieux s'amuser de ses semblables ou les dénoncer avec férocité. Mais c'est parce que je les aime que je me moque d'eux, n'est-ce pas ?

- On pourrait en douter à vous lire... Vous faites usage du vitriol comme si c'était du petit lait. Vous avez le sens de la mesure comme le loup dans la bergerie a le sens fraternel... Vous avez conscience que vous faites mal au lecteur parfois ? Oui vos mots font parfois très mal Raphaël Zacharie de Izarra !

- Non ? Vous êtes sérieuse ? Tout est question du degré de lecture vous savez... Est-ce ma faute si certains de mes lecteurs prennent parfois au pied de la lettre mes textes les plus légers et n'accordent nul crédit à mes autres textes plus inspirés ? Quand j'écris sur le loup on s'attendrit, et quand je chante l'agneau on crie au loup !

- Raphaël Zacharie de Izarra, en définitive qui êtes-vous en deux ou trois mots ?

- Avant tout je suis une plume. Libre, légère, blanche, affranchie des pesanteurs terrestres, libérée des obligations religieuses, professionnelles, mondaines, n'hésitant pas à baisser la tête devant les puissants pour mieux leur plaire. J'ai le sens de la diplomatie. Ou de la fourberie, comme l'on voudra. N'importe ! Je sais montrer un visage humble, docile lorsque je suis devant les institutions sévères. Mais par derrière, qu'est-ce qui me retiendrait de cracher mon fiel ? C'est l'apanage des beaux esprits que de rassembler son courage quand l'ennemi a le dos tourné. Les sots échouent parce qu'ils affrontent l'ennemi en face. Le but est de gagner le combat et non pas de se glorifier de l'avoir mené de front. En deux ou trois mots je dirais que je suis un bon citoyen par devant, le roi des retors par derrière.

- Raphaël Zacharie de Izarra, je vous remercie pour cette interview passionnante. Comme beaucoup d'admiratrices, je suis impatiente de lire vos prochains textes sur http://izarralune.blogspot.com/.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Mes journées ou je ne vous croise point... des tranches de ma vie enfermées dans des pots de confiture hermétiquement fermés , éperdument vous désirant de loin, follement serrant votre âme contre la mienne, certaines ayant le parfum des larmes, d'autres celui des petites joies quotidiennes, celui des bijoux baroques crées par une ancienne élève, le parfum gris de la solitude, celui des prières sidérales, du rêve, celui de la vase putride qui couvre ma patience.....Elles sont toutes des perles d'azur lourdes de vous....
Et si vous ouvrez un jour un de ces pots de confiture amère vous ne sentirez rien qu'un odeur de formol: les jours de l'Amour, dans le formol.