vendredi 18 mai 2007

483 - Lettre d'amour

Madame,

Je n'aime pas vos boutons sur le visage ni vos dogues affamés, encore moins votre mari souffrant d'hémorroïdes aiguës. Quant à vos tartes à la crème, elles manquent autant de tarte que possible... Cependant, comme j'aime votre face de femme ! Saurez-vous combien j'apprécie votre présence entre les rangs de betteraves ? Madame, un être humain mâle doué de raison et possédant un coeur sensible en bonne santé vous aime. Je porte une jolie cravate, elle vous plaira. Je suis pauvre c'est vrai, cependant je suis certain d'avoir des choses de valeur. Du prix en tant que personne, beaucoup d'allure comme on dit, un minimum de répartie, de la bonne humeur, et puis quelques boutons de chemise en or, un radiateur de voiture neuf, un nécessaire à pharmacie, un sac presque entièrement rempli d'agates, enfin des choses de ce genre... Je n'ai pas de chien vivant mais il me reste quand même un peu de biens fonciers pour remplacer. Je suis sale sur moi, mais seulement le dimanche. Et encore... Pas tous les dimanches.

Pour vous plaire Madame je me plierai en quatre, je fuirai devant mes responsabilités, j'enterrerai ma grand-mère et flagornerai même mon arrière grand-tante qui est encore moins vieille que l'autre aïeule. Je courrai comme un fou dans les champs au printemps, je mettrai des roues un peu mécaniques sous mes semelles de cuir. Sans chagrin j'arroserai le jardin les jours de crachin, je pourfendrai les forces obscures qui nous entourent comme un cheval fou. Ou mort, quelle importance ?

Mais avec la crinière au vent, toujours.

Au piano je vous chanterai l'amour. A canasson je vous le jure, à dos d'âne peut-être mais c'est moins sûr, avec un chien froid sur la tête, à califourchon entre deux principes opposés et symétriques, à la nage et même à la craie sur un tableau ensoleillé. Je ne verrai pas les boutons affreux de votre face de chamelle, trop ébloui par l'amour. Je ne verrai que la gloire des muses dans les hauteurs olympiennes encore accessibles. Madame, permettez que je délaisse mes affaires et que je vienne debout devant vous, vous dire que je veux courir les champs comme un fou au printemps, je le répète.

Il faut vraiment aimer l'amour et en vouloir madame, pour vous aimer. Vous avez vu votre tête de femme de votre mari ? Ce que j'aime en vous Madame, c'est le Madame. Le reste, c'est surtout de la littérature. Je termine ma lettre d'amour sur des mots sans espoir puisque je sais que vous je ne vous aimerai jamais. Cette lettre que vous avez entre les mains, c'est une farce, rien qu'une farce, soyez rassurée.

Gonflée comme une vache, grosse comme une barrique, fine comme une dinde.

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=aE4Z4ELuPUQ

http://www.dailymotion.com/video/x4a39m3

1 commentaire:

Liliana Dumitru a dit…

Le texte sur lequel je vous ai rencontré, Raphaël....
Le premier que j'ai lu de vous.
Liliana