vendredi 18 mai 2007

486 - Entretien avec le Christ

Un jour on frappa à ma porte. Un homme empreint de majesté au regard solennel, au front plein d'autorité et à la tête couronnée de gloire se présenta à moi en ces termes :

- Tu ne m'attendais pas, et voilà que je viens.

Je ne fus pas plus étonné que ça par cette visite. Je fus même surpris de n'en être pas surpris. Les choses, pour étranges qu'elles fussent, ne m'en paraissaient pas moins naturelles.

- Puisque vous voilà, soyez le bienvenu. Je vous ai bien reconnu.

- Maintenant que je suis là et que tu m'as reconnu, tu n'ignores plus la raison de ma présence, Raphaël.

- Le Christ, je devine que vous n'êtes pas venu pour rien.

- Je suis venu pour te sauver, Raphaël. Non pas que tu sois vraiment en perdition aujourd'hui, mais un berger craint toujours pour son troupeau.

- Me sauver, oui... C'est là toute votre affaire. Du diable je suppose ?

- Non, de toi même, Raphaël.

- Suis-je à ce point faillible, pervers et méchant ?

- Tu es un homme.

- Et loin d'être un ange avec ça, je sais...

- Tu es une brebis, un pécheur, un mortel.

- Je ne m'en vante pas, le Christ. Et c'est pour me dire ça que vous êtes venu me voir ?

- Raphaël, cesse de railler ton prochain. Sois moins cynique avec tes semblables. Gagne le ciel à la force de ton coeur et non à la pointe de ta plume. Tes mots ne valent rien pour moi. Seuls comptent tes actes altruistes. C'était pour te dire ça que je suis venu te voir. Pour te libérer de ta prison d'égocentrisme. Le mal est certes véniel, mais tu risques tout de même de trébucher sur ce chemin tortueux. Prends garde Raphaël.

- Le Christ, que connaissez-vous à la littérature ? Mêlez-vous donc de vos affaires et laissez les hommes s'amuser entre eux avec leurs vanités. C'est à peu près tout ce qu'ils ont sur cette terre pour mieux oublier l'échéance suprême qu'est la mort. Les vanités sont notre baume le plus certain, notre illusion la plus parfaite, notre meilleure consolation du moment.

- Raphaël, je suis venu à toi non comme un Dieu mais comme un homme. Puisque je ne peux frapper à la porte de ton coeur, je suis venu frapper à la porte de ton appartement. Tu vois, je suis descendu de ma croix pour venir te voir, d'égal à égal.

- Le Christ, vous avez bien fait en vérité.

- Ceux que tu railles si fort, que tu conspues si bien, que tu aimes si mal dans tes textes, sais-tu qui ils sont ?

- Non, mais vous allez me le dire, le Christ.

- C'est moi-même.

- Ho !

- Et ces criminels que tu honnis, ces menteurs que tu méprises, ces vils que tu hais et que tu dénonces avec toute ta bonne conscience dans tes autres textes, sais-tu qui ils sont ?

- Ils sont les diables de ce monde, le Christ ! Et j'ai bien raison de les maudire de la sorte !

- Non, Raphaël. Ces gens que tu voues à la géhenne, c'est toi-même. Ils représentent tout simplement ta part d'ombre inavouée.

- Si je m'attendais...

- Ta vanité est bien grande Raphaël...

- Le Christ, inutile d'aller plus loin j'ai compris. La leçon me va droit au coeur. Qu'allez-vous faire à présent ?

- Ma mission auprès de toi est terminée Raphaël. Je vais partir et te laisser méditer sur ma visite.

- Le Christ, par quel moyen allez-vous partir ?

- Comme je suis venu Raphaël.

- Vous voulez dire par la porte ?

- Oui Raphaël, par la porte.

Et mon hôte s'en fut aussi simplement qu'il était venu. Par la porte. Et je demeurai là, méditant sur la croix accrochée au mur austère de mon appartement.

2 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

Raphaël : Humain,tout simplement.

Mais l'éclat du diamant...c'est de le reconnaitre !

filledemnemosyne a dit…

Bah...allez, je ne vais pas être vache ! Un petit com. pour vous. Mais surtout pour le Christ!