lundi 14 mai 2007

51 - Conseils pour une jeune épouse au lendemain des noces

La pieuse et honnête épouse, âme chrétienne éprise de chasteté, de propreté, de droiture ne manquera pas, après s'être solennellement engagée à servir dignement son cher époux, de faire la première bonne oeuvre de son état marital : devenir mère.

Dans ce dessein la mariée envisagera de gagner le coeur de son maître de la manière la plus intime qui soit. Dès le coucher du soleil, derrière les volets clos de la chambre nuptiale des époux légitimes, les pires résolutions charnelles devront être prises.

Là est la partie la plus délicate de l'affaire. En effet, bien des couples, sans doute trop purs, se montrent maladroits et pèchent sans le savoir le lendemain de leurs noces en entravant la chrétienne procréation.

Belles âmes ingénues ignorantes des nécessités profanes de la chair ! Le bon pasteur sera touché de constater tant de candeur chez les nouveaux mariés... L'homme d'Eglise cependant devra rappeler aux époux leur devoir. En vertu des serments échangés la veille lors de la cérémonie du mariage, il leur faudra promptement se soumettre à l'humaine condition, se résigner au devoir conjugal qu'impose leur nouvel état d'épouse et d'époux. Ainsi est la loi du chrétien hyménée. Et le prêtre, le garant de son application.

Ce dernier qui aura uni les mariés la veille à l'église pourra éventuellement porter secours aux plus timorés. Il mettra au service des plus innocents sa science, et ce dans le but avouable de donner à l'Eglise des enfants aptes au baptême, qui plus tard donneront à leur tour des enfants, qui eux-mêmes donneront des enfants, et ainsi de suite jusqu'à la fin des temps.

Pour ces âmes pures que la reproduction de l'espèce chrétienne demeure encore un mystère, l'Eglise a tout prévu. Le ministre du culte a beau être le serviteur des causes célestes, il n'en est pas moins frère des hommes. Il n'est donc point étranger aux menus tracas de ses semblables. C'est pourquoi l'officier du culte soucieux du bon déroulement du procès de procréation se transportera le soir du projet nuptial dans la chambre des époux qu'il estimera trop ignorants des gestes de la reproduction, afin de leur faire profiter de son savoir.

Et, pieusement penché sur eux, il tiendra dans la main une chandelle pour mieux constater le bon déroulement des faits, et éventuellement pour aider à la déchirure de l'hymen à la clarté de son cierge.

Au besoin, il aidera le mari à perforer le voile virginal récalcitrant par d'incessants encouragements. Il se peut toutefois que l'époux, malheureusement très peu avantagé par la nature, faille à son devoir. En ce cas pour le bien de tous, mais surtout pour sauvegarder la réputation du mari et mieux sauver les apparences, le teneur de chandelle n'hésitera pas à mettre à contribution sa propre personne s'il s'avère de meilleure constitution, afin de mener à terme le procès de procréation. En ce cas c'est le mari qui tiendra la chandelle et qui se fera le témoin, de loin, du bon déroulement dudit procès.

Ainsi le serviteur de l'Eglise, par constat direct, sera en mesure de certifier de manière irréfutable la consommation du mariage qu'il aura célébré la veille. Chacun des époux sera par conséquent rassuré et se félicitera pour les bons services rendus par leur confesseur. L'ordre immuable des choses étant ainsi scrupuleusement respecté, la bonne conscience des uns et des autres demeurera intacte, chacun étant renvoyé à ses devoirs et n'ayant de compte à rendre à personne. Qu'il en aille pour les événements et les hommes de ce monde selon cet ordre établi.

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