vendredi 18 mai 2007

530 - Du côté de Warloy-Baillon

A pied, à bicyclette ou en voiture, lorsque vous arrivez de la route de Hénencourt, gravissant l'ultime côte raide et sèche qui précède la formidable plongée vers le bourg, vous surplombez soudain un monde qui semble s'annoncer à part. Au sommet de cette pente vous êtes sur le bord d'une cuvette naturelle et embrassez du regard une plaine vaste tachée de toits et de briques rouges d'où s'érige un clocher massif, le tout entouré, protégé par de grands carrés de terres aux sillons beaux et droits... Vous êtes à Warloy‑Baillon !

A l'horizon gauche de l'endroit où vous vous trouvez, vous apercevez un moulin abandonné, relique irréelle, poétique, décor suprême d'un univers pastoral lyrique et joyeux... Derrière un voile de brume, l'apparition sera saisissante ! Depuis cette hauteur enchanteresse, l'oeil attentif et indiscret retient de ce tableau paisible tout un univers intime, retiré et mystérieux, un petit monde où semblent s'être réfugiés les secrets champêtres les plus charmants.

Déboulant de ce versant pittoresque qui mène à la cité, vous pouvez goûter les premiers charmes bucoliques de Warloy-Baillon. En fait vous êtes là à Baillon... Un petit pont vous salue dès l'entrée et, arpentant bientôt la montée sinueuse qui démarre de l'église pour finir sur la rue du Général Leclerc, vous débouchez par là-même dans Warloy (« par en haut », a-t-on coutume de dire). Et vous avez alors traversé en son coeur l'agglomération, reliant ainsi en quelques pas flâneurs ‑ si vous êtes à pieds ‑ les deux parties graduelles du village.

Puis vous vous dirigez vers "le chemin d'Harponville" et là, vous pénétrez dans un domaine autrement secret, celui qui a marqué à l'encre de la Vie une jeune âme : la mienne. Onirique, mélancolique et radieuse, telle fut mon enfance à Warloy-Baillon.

Oui, mon pays, mes marques, mes nostalgies, c'est Warloy‑Baillon. C'est le chemin d'Harponville, ruban de craie immaculé, bordé de coquelicots. Enfant, ce chemin me semblait se perdre à l'infini vers des horizons fabuleux, idéals inaccessibles...

Exilé de ce berceau de mes vertes années, je repense avec tendresse à mon village. Warloy‑Baillon c'était pour moi comme une personne, un ami. Son sourire c'était le clair azur, sa voix le vent du nord, ses pleurs les pluies mornes. Profonde était la sérénité lorsque tombait sur les toits la lumière des étoiles... J'étais heureux à Warloy‑Baillon, premier paradis de ma vie, verger de mon enfance.

Mais Warloy‑Baillon c'est aussi une plaine mélancolique et pesante, c'est des hiboux que l'on dérange près du "bois Darras", des peupliers et de la craie blanche ‑ éclatante au soleil d'été -, des papillons, blancs eux aussi... Au détour de quelque chemin poussiéreux, des coquelicots encerclent des blockhaus. Les grandes chaleurs parfois sont solennelles et profondes : dans un silence de mort perce la flore et repose la ruine.

Au loin, le chant des alouettes. Sous les pieds, les soupirs de l'Histoire. Partout, des terres semées de feu et de fer. Oui, la "Der des der" est passée à Warloy... Et c'est peut-être à cause de ça que vous tiendrez encore plus à ce pays de plaine et de vent.

Et lorsque de ce pays qui est le mien vous lèverez les yeux le soir vers les étoiles, vers ces constellations mythologiques qui brillent éternellement au-dessus du monde, n'omettez pas de leur adresser une ou deux pensées pour moi, elles me parviendront. De mon pays d'exil, je les regarde chaque soir.

3 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

“La vallée des roses,” voilà la traduction de ce qui était plus qu'un hameau. C'était une commune à part entière avant 1972. C'était une commune quand j'y suis née. Quand j'apprenais sur les bancs de son école à en écrire le nom à l'encre encore violette.
Ville maraichère festive abritée des invasions sablonneuses par les oyats de la dune dans laquelle une fois l'an, les petites betteraves lumineuses recherchaient l'âne de Saint Martin.
Cité horticole qui s'invitait sur les marchés des environs, dans une ambiance toujours joyeuse.
Son corps sentait bon la bière et la limonade blanche. Et elle avait le goût du sucre et de la chicorée.
Et celui des petites crevettes grises aussi qu'il fallait mériter. Non qu'elles se fissent rares mais dont le décorticage était bien fastidieux et laissait en guise de trésor un pourcentage infime.

Ses enfants étaient souvent pauvres ...et pêcheurs. Dans tous les sens du terme. Et ils faisaient “la bande”

La friponne tournoyait ses jupes du mardi gras à la dernière des ducasses. Son chant était paillard à l'ombre des géants.


C'était une commune à part entière avant 1972. A cette date, en compagnie de deux autres voisines, elle fut rattachée à sa grande sœur sous le regard de son célèbre corsaire. Maintenant elles font la fête, toutes ensembles.

J'y retourne une ou deux fois l'an.
Il n'y fait pas beau, il y fait bon vivre. On la dit polluée mais je ne sens que l'iode. Elle n'a pas vieilli. Elle est devenue grande. Et j'ai toujours un immense plaisir à la revoir, à en saisir une image au vol.

Je me souviens...Les plus beaux rosiers de sa vallée étalaient leur port tout autour du cimetière et profitaient de ce que le temps soit arrêté pour promener leur regard sur le canal.
Ils sont moins jolis maintenant, peut être parce qu'on les délaissent...

filledemnemosyne a dit…

on les délaissE... avec un E!
Que d'inattention!
C'est comme le verS qui n'a pas de S lorsqu'il est seul dans le fruit!
Faute que je corrige bien en amont de l'endroit où je l'ai faite, donc la corrigeant en amont vaut à ce qu'elle disparaisse "virtuellement" en aval, non?

Bref...Quand je ne lis pas de poésie au sens "poétique" du terme, il m'arrive de lire des textes qui pourraient être extraits du "Compost des bergers", version manuscrite puisque datant d'avant ce brave Gutemberg. (ou de tout autre corps de métier rural, peut importe ...cela parle de la vie de la ferme en général)

Poésie à l'état brute!

Et là, je pique un fard!
C'est pour cela AUSSI que je dois rendre visite à Notre Dame des dunes.
C'est pour cela que je suis sur cette page...non loin de ma vallée.

Article intéressant sur la taille à deux yeux.
Et qui analyse rétrospectivement un texte ancien.
C'était inscrit... lisible? Le paysan propriétaire de Marcel avait lu ...?

Les anciens savaient des choses que nous avons perdues.
et si cela parait dans ce calendrier séculaire...ce doit être...vrai!
ou alors je fais erreur de rose...
Je me fourvoie.


Dans le doute, je profite de cet arrêt chez moi, dans ma chapelle pour demander à la Vierge de passer sur cet instant d'égarement. Faire des fautes d'orthographes par distraction...c'est pardonnable. cela ne nuit pas à la lecture Mais que les miroirs de l'âme d'un texte soient ainsi "lisibles", à portée d'atteinte du lecteur...pas bien!

filledemnemosyne a dit…

Pour...le NOOOOOOOOOOORD !