samedi 19 mai 2007

553 - L'insignifiance de la pierre

Blanchir des cathédrales noircies, reconstituer dans l'esprit des époques révolues des monuments en péril conçus il y a deux, quatre, cinq siècles, mille ans par des architectes morts et depuis longtemps réduits en poussière, mettre des béquilles à des châteaux de toute façon voués à la disparition, faire des moulages de têtes perdues... A quoi bon toutes ces gesticulations de restaurateurs éblouis par des illusions de grandeur ? Recoller les morceaux érodés du patrimoine historique vaincu par le temps : vaine mission !

Notre siècle plus que tous les autres sacralise le passé. Cela est sot, cela est profane, cela est superflu. L'essentiel n'est-il pas d'admirer ce qui est vif, proche, présent ? Ce qui doit être respecté, n'est-ce pas la chair plus que la pierre ? Ce qui doit être glorifié, n'est-ce pas le coeur palpitant mieux que les crânes jaunis ? Ce qui doit être vécu, n'est-ce pas notre quotidien plutôt que par procuration ces chimériques âges d'or des anciens ?

Que vaut un vitrail de cathédrale devant un souffle humain ? Les "trésors" médiévaux tombent en ruine, et alors ? Faire tant d'histoire pour restaurer les ouvrages du passé, quelle onéreuse indécence ! Je ne crois pas au poids hypertrophié que le passé donne aux choses. Ce qui fait le prix des cathédrales, des pyramides égyptiennes ou même de la Tour Eiffel, est-ce véritablement leur lignes, leurs dureté, leurs hauteurs ou bien simplement leur âge ?

Hier le centre Beaubourg à Paris était considéré comme un ratage. Aujourd'hui on commence à le regarder d'un oeil bienveillant. Demain ce sera une merveille.

Les cathédrales ne valent rien. Les pyramides sont caduques. La Tour Eiffel se fout du monde entier. En vérité la vie est dehors, au soleil, sous la pluie, dans le vent, parmi la foule des hommes, loin des pierres, au coeur de nos viscères, au fond de nos âtres, sous nos draps, tout proche de nos pieds, dans le creux de nos paumes, au bout de nos lèvres, à deux doigts de nos cheveux. La vie est là, dans les détails les plus banals, les plus insignifiants de nos journées. Le reste n'est qu'artifice de pierre et de métal.

Blanchissez vos cathédrales, restaurez vos monuments, sondez vos pyramides, moi je contemple l'escargot sous sa coquille frêle qui mollement, de son pied unique glisse sur ma feuille de salade, plein d'un baveux, universel, vivant mystère.

2 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

Dans le fond...c'est sûr !

Le vivant en priorité.

Mais la sauvegarde du patrimoine c'est aussi, non seulement se rassurer devant l'angoisse de l'avenir en soignant nos racines mais c'est également conserver la mémoire des bâtisseurs qui sont passés.
Ces vivants qui sont ailleurs.

Et puis, aussi, c'est beau.
C'est de l'Art.

Pas forcément blanchir, puisque ça, c'est gommer l'histoire des vivants de l'entre deux, ceux qui n'ont pas construits mais qui ont transformé, ou détruit parfois.
Ceux qui ont laissé un peu d'eux, en effleurant la pierre de leur souffle ou de leurs doigts.

Pour l'escargot, oui, c'est une merveille.Il y en a, pas loin du banc et de l'arrosoir, dans mon jardin secret...Qui bavent!
C'est vrai que c'est joli un escargot qui bave. Plus en tout cas qu'un homme ivre. Mais ça, c'est juste une question de goût!

filledemnemosyne a dit…

Pour l'art. Pour les cathédrales. Pour les bâtisseurs.

Et...beurc, un peu pour vous...beurc...aussi !