samedi 19 mai 2007

576 - Mal-aimé

Vous me détestez.

Vos crachats tombent sur mes chaussures laquées comme des jets fâcheux que je fais ôter avec dédain. Vous n'ignorez pas que mon cuir rongé par votre fiel vaut de l'or... Nul ne le respecte pourtant. C'est à ce point que vous me méprisez... Qui aura pitié de ma semelle précieuse ?

Vous me destinez les plus noires pensées. Qu'ai-je fait pour mériter votre rage ? Mes souliers ont le malheur de vous déplaire... Il est vrai qu'ils sont sertis de pierres fort coûteuses. Votre oeil est chargé de sang mauvais lorsqu'il se pose sur mon chapeau. N'est-ce pas parce qu'il est disposé avec soin sur ma tête et que sa hauteur vous offense ? Vous ne répondez jamais à mes bonjours sous prétexte que mes allures sont trop hautaines pour vos petits matins médiocres... A moins que ma domesticité, mon cheval ou les ronds argentés autour de mes doigts ne vous semblent choses peu aimables ?

Faites-vous de moi un bandit simplement d'avoir beuglé comme un diable aux funérailles de mon banquier ? Oublieriez-vous, détracteurs, que vous me devez dettes et respects ? Je suis fortuné, je vous ai prêté. Aussi je chante quand je veux, enterre qui je veux, fais la morale à l'heure qui me plait. Ca vous enrage, comment pourrais-je l'ignorer ?

A la messe je fais claquer ma canne au premier rang. Cela vous autorise-t-il à me souhaiter voir mort plutôt que vif ? C'est moi qui ai financé la dorure du clocher. L'écho public de mon ivoire est le prix à payer à ma générosité. Marteler la dalle le dimanche est mon plus cher plaisir, de quel droit me l'ôteriez-vous ? Allez vous plaindre, moi qui ai acheté jusqu'à votre patience ! Ingrats que vous êtes !

Mal-aimé j'ai toujours été parmi vous. Mauvaises gens qui ne savez pas vivre en ma compagnie, soyez persuadés que je vivrai plus que centenaire sous ma perruque poudrée avec mon grand chapeau par-dessus. Je lustrerai encore longtemps ma canne, mes bottes et ma ceinture. Je porterai mon monocle jusqu'à quatre-vingt-dix-sept ans avant d'adopter le binocle cerclé de quelque étincelant métal qui vous fera braire, braire, braire à n'en plus finir.

Vous pourrez toujours attendre... Jusqu'à plus de cent ans je ne me ferai pas oublier.

Mal-aimé mais bien portant, j'aurai votre peau.

VOIR LA VIDEO :

http://www.dailymotion.com/video/x2c9sdn_mal-aime-raphael-zacharie-de-izarra_school

https://www.youtube.com/watch?v=bQPay-ggiFc&feature=youtu.be

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