samedi 19 mai 2007

578 - Les cruautés de l'amour, les inconvénients de la Nature

Dans le salon de Madame de la Brissolière je brillais comme d'habitude, jouant de la dentelle et du chapeau avec affectation. Lorsque je la vis. Blanche, triste, la taille fine, les poumons larges dans leur étoffe aérée, elle écoutait mes frivolités avec gravité.

Je continuai à débiter doctement mes fadaises aux convives qui étaient plus de vingt, feignant de demeurer insensible à cette vestale mamelue qui me fixait avec un air mélancolique et fantasque.

Qui était cette juvénile créature aux imposants appas à demi dévoilés ? Prétextant une diarrhée subite, je m'éclipsai vers les lieux d'aisance, invitant la belle à me suivre d'un regard hautain accompagné d'un geste discret mais assez explicite pour qu'elle n'ignorât point mes desseins. Je n'eus guère longtemps à attendre. Deux minutes après ma sortie honteuse la triste demoiselle me rejoignit. Nul n'osa me porter secours dans mon état d'indisposition supposé... Et dans la surprise générale produite par ce mensonger mais fracassant aveu, qui se serait aperçu de la disparition de la muette ? Censé me vider les viscères loin de l'assemblée mondaine, j'avais l'assurance qu'on me laisserait en paix.

Nous nous éloignâmes immédiatement du cabinet de toilette. J'emmenai l'amoureuse dans la chambre de Madame de la Brissolière, occupée à faire bonne figure au salon. La porte était close mais je la défonçai sans peine.

L'alcôve était d'autant plus délectable que l'accès nous en était interdit. Là, la morose beauté me fit les honneurs du contenu de son corsage, ainsi que de son coeur, qui était plein de larmes.

- Quelle est la raison de ce chagrin en pareille circonstance, ma belle ?

- Mon beau Monsieur, mon cher, mon tendre ami, Ô Seigneur de la plume que vous êtes, vous qui êtes si fier de votre particule et qui savez si bien briller en légère société, ces larmes sont pour vous. Ce sont des larmes d'amour, car enfin mon coeur s'est enchaîné à votre haute personne ! Mais je n'ignore pas que vous êtes fort cruel Monsieur, et sais par conséquent que jamais vous n'acquiescerez à mes élans les plus chers. Votre égoïsme est légendaire, et votre odieux mépris pour la gent puérile anéantit tout espoir d'avoir de vous quelque digne progéniture. Je suis réduite à ne vous donner que ce que vous voudrez bien prendre de moi. Et vous ne voulez de moi que l'hymen et le giron. Ne suis-pas à plaindre ?

- En effet, aimable demoiselle. Vous êtes bien à plaindre. Mais descendons plutôt rassurer Madame de la Brissonière car mes humeurs en vous se sont répandues et la serrure de la porte de sa chambre est brisée. Je dois m'arranger pour faire porter la responsabilité de cet incident sur quelque domestique. Vous êtes bien jolie Mademoiselle, à la vérité. Mais réajustez votre corsage voulez-vous ? Vos tétins m'indisposent. Et puis cessez de sangloter, vous avez l'allure d'une fille de ferme avec votre joue enflée et votre toilette en désordre ! Et puis votre coiffure, est-elle bien laide ! Qui donc vous a si mal poudrée ? Changez de bonne ou bien entrez dans les ordres Mademoiselle ! Tenez, vous êtes si peu aimable que je sens sourdre en mes intestins quelque chiasse carabinée... Vous me faites bien mauvais effet. Ha ! ôtez-vous prestement de ma vue, scélérate, odieuse vipère, détestable catin !

- Monsieur, je vous aime tant...

- Taisez-vous et disposez vous dis-je ! Vous ne faites qu'empirer mon mal ! Votre présence m'importune et ma colique est violente. Allez plutôt annoncer aux belles gens d'en bas que le Maître es plume est en train de se vider les tripes, ainsi mon mensonge de tantôt n'en sera plus un et nul ne saura que nous nous sommes livrés au commerce charnel sur le lit de notre hôte.

- Bien Monsieur.

Quelque temps après j'apparus dans le salon, éclatant de satisfaction, le teint frais, les intestins apaisés, les glandes séminales allégées.

Un audacieux osa tout haut la question que nul ne se serait permis, même tout bas :

- Alors mon cher, allez-vous mieux ?

D'un regard plein de morgue je lui répondis d'une voix forte afin que tous pussent m'entendre :

- Fort bien Monsieur. Je me suis dégorgé les couilles dans la chambre de Madame de la Brissonière avant de me vider les tripes dans ses chiottes.

Par dessus son épaule j'aperçus l'amante éplorée, les yeux fixés sur moi, qui de plus belle brûlait d'amour.

VOIR LA VIDEO :

http://www.dailymotion.com/video/x1dltkp_les-cruautes-de-l-amour-les-inconvenients-de-la-nature-raphael-zacharie-de-izarra_news

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