mardi 15 mai 2007

61 - Demande d'aide à ma nièce âgée de onze ans

Mademoiselle,

J'en appelle à la puérile tendresse de votre cœur ingénu, ma nièce. Sauvez-moi d'un mauvais coup du sort, et je vous en rendrai mille et mille grâces.

Figurez-vous qu'un méchant individu qu’avec héroïsme j'ai osé provoquer en duel afin de lui mieux apprendre à respecter mon art qu'il dénigrait, a eu l'audace de répondre à mon défi...

Il veut se venger de ma témérité et de mon bel esprit, ce pleutre ! Etant donné que j'ignore le maniement de ce dangereux instrument servant à redresser les torts (je manœuvre avec plus de dextérité le gourdin, le bâton ou le pistolet, mais toujours dans le dos pour plus d'efficacité et moins de péril pour ma personne), je vous propose ma chère nièce d'aller vous faire étriper à ma place. Vous n'êtes qu'une enfant, et qui plus est une enfant du sexe faible. Autrement dit votre âme a bien peu de valeur comparée à la mienne. Votre vie ne vaut assurément pas la mienne. Allons ! Cela ne sera pas, je crois, un gros sacrifice pour vous que d'aller défendre mon honneur au prix de votre petite vie...

Si vous m'aimez ma nièce, ne refusez pas mon offre généreuse. Et flatteuse. Vous ferez un heureux sur Terre, je vous assure, si vous acceptez de croiser le fer avec ce grand lâche qui veut m'occire, moi votre oncle ! De plus, et cela vaut la peine d'être relevé, il faut que vous sachiez bien ma nièce que je n'ai aucunement envie de trépasser dans d'atroces souffrances, percé de toutes parts par le métal tranchant de ce vil contradicteur qui s'improvise justicier ! Pensez donc, moi votre oncle subir un tel supplice. Prenez plutôt ma place, chère enfant.

Vous conviendrez avec moi, j'en suis certain, l'avantage d'envoyer quelqu'un d'autre se faire transpercer pour moi. Ainsi je sortirai vivant de cette joute. Et cela sera bien mieux ainsi, n'êtes-vous point de mon avis ? Bien sûr vous êtes de tout cœur avec moi, alors acceptez de vous battre et de vous laisser massacrer en mon nom. Vous aurez mon infinie reconnaissance en échange de vos services, Mademoiselle.

D'ailleurs ce fat qui a osé répondre à mon défi, je suis sûr qu'il n'aura point de scrupule pour lever la main sur l'enfant innocente et fragile que vous êtes ! Cela sera assurément fort déshonorant pour lui, et j'aurai eu raison de vous envoyer vous battre à ma place, pour mieux me rendre compte de la veulerie de ce faquin ! Il ne vaut pas la peine que je me déplace en personne pour lui, vraiment. Il vous égorgera dès le premier coup de lame, cet assassin !

Ha ! Combien je regrette de ne pouvoir l'humilier de mes propres mains à coup de gourdin, cet apache ! Il aura fallu, pour votre infortune et la mienne, qu'il vît mon reflet dans un carreau et qu'il se retournât avant que j'aie eu le temps de lui briser les os comme un vulgaire lapin ! Ce malheureux concours de circonstances fait que vous voilà aujourd'hui envoyée à l'échafaud à ma place. Allons, courage ma nièce, il en va de l'honneur de votre oncle bien-aimé. Vous vous rendrez sur la place publique sise en la ville de mon assassin, afin que tous les témoins de cette martiale affaire jugent le degré de poltronnerie de mon ennemi.

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