dimanche 20 mai 2007

616 - Lettre à l'amante envolée

Christine,

Aujourd’hui 10 juin 2006, je songe à vous avec fièvre et tendresse, insistance et mélancolie. Souvenir obsédant, vous êtes l’astre chartrain aux charmes blafards qui m’est resté cher, année après année.

Figure douce et violente, amère et suave de mon passé, vous incarnez Christine le trouble de mon âme en proie à ses blancs démons et oniriques éblouissements. Je vous aime toujours Christine. La flamme est la même. Le fruit odieux de vos entrailles chéries n’y a rien changé. Cela dit, je respecterai votre hyménée avec votre compagnon. Mes mots ne violeront pas cette intimité amoureuse et charnelle sur laquelle je n’ai aucun droit. Je sais trop la force du verbe pour en abuser. Moi-même victime de l’infamie d’un indélicat, touché en plein cœur par quelques mots illégitimes, je prends garde à ne pas offenser votre aimé qui pourrait à juste titre se sentir atteint par mes écrits.

Je placerai donc mon discours sur de chastes, olympiennes hauteurs, là où ordinairement l’homme vulgaire ne dirige jamais le regard. C’est depuis mon nuage idéal que je m’adresse à l’oiseau de grand vol que vous êtes. Ma voix aux échos azuréens rejoint votre aile pleine d’éclat : c’est dans le silence grandiose qui règne au-dessus des nues que je souhaite échanger avec vous des mots immortels, loin des pesanteurs et trivialités terrestres. Que nos voix résonnent, cristallines, dans cet espace éthéréen dédié aux œuvres des âmes supérieures !

Laissez-moi vous dire mon Amour pour vous Christine. Amour lyrique, désincarné, quasi angélique. Amour pour un être accessible à mes sommets, un être qui comprend mes feux, aime mes étoiles, un être dont je sais la profondeur de vue, la délicatesse de cœur…

Par-delà ma simple personne écrivant en ce jour de juin à la chartraine exilée en terre du sud, c’est la Lyre qui parle à la Muse.

Christine, Christine, vous êtes le lien entre le luth et le Ciel, l’arc lumineux qui me relie à l’essentiel. Vous êtes mon salut poétique. Votre visage sans artifice est un marbre ambigu de grand prix.

Croisement étrange et fascinant du roc tangible et du divin immatériel, vos traits austères et doux, entre sculpture voluptueuse et stèle mortuaire, sont une merveille de beauté inédite que peint ma plume avec des couleurs graves et crues pour en mieux révéler l’éclat funèbre.

Cela suffirait déjà à votre humble gloire et à ma satisfaction d’esthète. Seulement, votre âme Christine est une cause qui me tourmente exquisément.

En vous je ne vois pas qu’une statue de choix, je vois également une lueur sacrée qui m’éclaire et me pénètre, avivant ma propre flamme originelle pour me rendre plus lumineux que je ne le suis.

En vous je vois un souffle à travers lequel je me reconnais. Vous et moi sommes une commune chandelle et, sur le plan poétique voire spirituel, nous brûlons d’Amour l’un pour l’autre.

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