dimanche 20 mai 2007

621 - Sainte bière

Dans les bars j'aime de temps en temps aller faire pénitence, abstinence, et aussi renouveler mes voeux de chasteté.

La bière blonde est mon onction favorite.

Le breuvage doré me fait pousser des ailes blanches. Quand je bois et que je suis noir, j'ai des anges qui me pissent dans la tête. Dès que je me noie le gosier dans l'urée d'étoiles, je deviens capitaine du zinc. Alors je mets la barre à l'envers et voue le bar à l'enfer. Enfin je veux dire je fous le bar à l'envers et mets la barre aux fers, ou plutôt je mets le feu au verre et vouvoie tout le bar... Enfin je ne sais plus, mais ce qui est sûr c'est que je trinque aux bienheureux terriens qui ont atterris avec moi sur la planète BIERE.

Dans ce monde parfait plein d'écume exhalant le houblon, on balbutie en choeur, on prend le serveur à parti pour des histoires de mirages, on chante faux mais avec sincérité, on radote le plus sérieusement du monde sur la politique, les femmes, les hirondelles et les bulldozers.

Sainte bière, reine des flots sous pression, coulez pour nous qui n'avons que les dimanches pour vous rendre grâces, ayez pitié des assoiffés qui bavent d'envie en nous lorgnant aux terrasses des bars sans oser jamais en franchir le seuil. Mais soyez impitoyable envers les pauvres gens hydrophiles qui passent, indifférents à nos nuages sacrés ! Refusez-leur vos bienfaits. Votre or liquide les rendrait mauvais. Qu'ils meurent sans jamais recevoir une once de votre feu exquis dans la gorge ! Leur bière à eux, celle de leur dernière heure, elle sera faite de quatre planches. Notre salut à nous est au fond des chopes, nous le savons. Eux l'ignorent. Qui viendra faire tinter les verres devant leur tombe triste où l'eau ruissellera sans bulle, sans mousse, sans nulle amertume ?

Nous les pisseurs heureux, nous voyons jaillir des astres dans le regard des chiens, nous conversons en olympiennes compagnies, nous prenons les quincailliers pour des enfants de rois et les caissières du coin pour des bohémiennes. Avec un verre de plus, certains d'entre nous accèdent même au panthéon des bégayeurs et "hoqueteurs". Ils ont parfois des traits de génie.

Ils chantent toujours aussi faux mais de leurs verres à pied de temps à autre sortent des vers en douze pieds, des rossignols de mots, des bulles de savant, des arcs-en-ciel éthyliques et de rondes étincelles qui dans leurs songes pleins de vertiges iront enrichir des constellations imaginaires.

VOIR LA VIDEO :

http://www.dailymotion.com/video/xr654q_sainte-biere-raphael-zacharie-de-izarra_news

5 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

Puisqu'à peine éveillée, une odeur ambrée est venue me chatouiller les narines, j'ai décidé aujourd'hui de faire la tournée “des grands ducs”.

Cela me changera des princes.

On en compte de nombreux dans cette rue. Dans cette avenue. Sur ce boulevard. Dans cette artère ou résonnent encore le déchargement de caisses des épaules de brasseurs d'autrefois.

Au 248, au 335, au 636...

J'ai décidé de faire halte en cette enseigne, après m'être attardée longtemps dans ces autres cafés.

Parce que celui-ci, je peux m'y cacher dans un petit coin. Pour satisfaire à un de mes péchés mignons.
De ces péchés que j'ai appris de mon arrière grand-mère. Maria, (comme ma sœur). Fille de Flandres. Sœur de Raphaël et d'Henri , morts lors de la “der des der”et dont j'ai déjà parlé.

Cette même arrière-grand mère qui nous interpellait à propos de l'âge de raison, dont j'ai déjà parlé aussi. (Finalement, je parle toujours de la même chose)

Ah! Si! Je n'ai pas dit que je l'adorais! Je le dis maintenant, comme ça, c'est fait.

Et bien, mon arrière grand-mère aimait la bière brune. Pas à s'enivrer, que l'on se rassure.

Mais à la fin du repas, elle buvait un verre de cette bière de table vendue en bouteille d'un litre et munie d' un bouchon mécanique qui procurait une agréable sensation auditive lors de son décapsulage.

Moi, je préférai la blonde.
Mais je faisais comme elle.
J'étais âgée de moins d'une dizaine d'année. J'étais donc limitée en quantité.

Dans mon fond de verre, je répétais son geste.

Délicieux!
Le meilleur des desserts.

J'y trempais un quignon de pain!

Je le fais encore parfois. En cachette parce que ce n'est pas “correct”.

Je le fais aujourd'hui. Dans un coin du bar. Chut!

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

filledemnemosyne,

Avec vos confidences éthyliques, vous me mettez le houblon à la bouche...

Raphaël Zacharie de IZARRA

filledemnemosyne a dit…

Journée des saintes marques (décret personnel après la journée des bonniches de la semaine dernière)

"Abbaye de Leffe...Authentique Bière Belge !"

filledemnemosyne a dit…

Pour une tite mousse !

Liliana Dumitru a dit…

L'eau nous tombe réellement du ciel.. l'eau sais faire son voyage céleste pour nous revenir sur la Terre... brillant des étoiles.