mardi 15 mai 2007

73 - Lettre à un défunt

Vous voilà donc mort Monsieur X.

La cigarette tue. A petit feu certes, mais elle tue. Vous avez fini par le comprendre et finalement réussi à cesser de fumer. Mieux vaut tard que jamais... Vous avez pris de bonnes résolutions, c'est le moment de vous expliquer certaines choses.

Vous ne m'aimiez guère. Moi non plus. Je vous saluais avec condescendance, avec une authentique moue de supériorité. J'avais pitié de cet éternel manuel incapable de la moindre profondeur de vue, de grandeur de sentiments, de noblesse d'âme. Pitié de votre infirmité d'esprit, pitié de vos manières grossières, de vos poumons enfumés. J'avais pitié, c'est pour cette raison que je ne vous haïssais point. Vous étiez un brave type. Un travailleur honnête, ponctuel. Moutonnier, apolitique. Enfin un peu à droite. Et même plutôt à l'extrême droite. Vous étiez légèrement raciste aussi. Et même franchement.

Et puis vous étiez un fin épicurien aussi. Enfin ivrogne pour nous comprendre... Maintenant que vous êtes mort, il ne faut pas dire ivrogne. On restera donc sur "épicurien".

Jusqu'au bout vous aurez incarné la médiocrité. Vous n'aspiriez qu'à de modestes choses en ce bas monde : confort et biens matériels. Des choses à votre portée. Pas exigeant... Aujourd'hui vous êtes servi, vous avez le Ciel devant vous. Ca va vous changer de vos petits meubles et de votre télé. Finalement je crois que je vous aimais bien Monsieur X. En fait non, je ne vous aimais pas.

Ne m'en veuillez pas Monsieur X, c'est juste pour rire. Vous comprenez, rire ? Le sens de l'humour, vous connaissez ? Non pas le vôtre, pas votre humour à vous. Je veux parler des gens qui savent rire sans montrer les dents. En finesse, subtilité, délicatesse. Ce qu'on appelle l'esprit.

Votre plus belle réussite fut involontaire : votre fille. Vous savez, votre fille que j'ai rencontrée un jour, que j'ai sortie de son milieu... Cette personne qui ne vous ressemble décidément pas. Intelligente, fine, cultivée, pleine d'esprit, diplômée. Tout le contraire de vous. A se demander si vous êtes bien son père...

Vous êtes mort, et je me devais d'attendre ce jour pour vous dire tout ça. Vous comprenez, vous m'auriez interrompu si j'étais venu vous raconter ça sur votre lit d'hôpital. Mais maintenant que vous êtes mort, quelle importance ? Ca ne vous fera pas plus de mal. Et ça me soulage tellement de pouvoir vous dire toutes ces choses bien en face...

Allez, cette fois je vous laisse Monsieur X. Je vous souhaite tout de même un bon voyage vers l'infini. Adieu donc. Adieu et sans rancune. Je vous laisse à votre destin, voguez donc en paix dans votre éternité. Je vous pardonne. Pardonnez-moi, vous aussi. Je vous donne ma paix. Ma paix.

Adieu.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

beaucoup appris

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

Bonjour Anonyme,

Qui êtes-vous ?

Pouvez-vous me donner une explication sur votre bref commentaire ?

Merci.

Raphaël Zacharie de IZARRA