mercredi 15 juin 2011

918 - Galaxie

Andromède est à portée de vue : d'un regard borgne j'embrasse l'océan cosmique illuminant ma lunette.

Là, chaque astre est un grain de lumière composant la fresque sidérale dont l'envergure donne le vertige.

Avec ses ailes incommensurables, ce tourbillon galactique nommé Andromède n'est pourtant, à une échelle supérieure, qu'un autre grain de sable perdu dans une autre mer. Îles du cosmos rythmant l'Univers à l'infini...

Vastes systèmes de matière organisée voguant dans le mystère. Etranges conceptions ordonnées errant dans des étendues énigmatiques. Géants et lumineux oiseaux planant dans l'éther. Immenses points d'interrogation jetés dans un vide sans borne...

Mais revenons à l'oeil majestueux qui occupe toute ma lentille.

Par milliards et à chaque instant, à travers les mondes innombrables contenus dans cette structure nébuleuse que je contemple se produisent les événements épars, anodins, grandioses, curieux, mornes ou fabuleux de la vie, se manifestent les faits simples, complexes, inconstants, naturels, baroques, banals, titanesques, dérisoires, mystérieux ou familiers des choses et des êtres qui y grouillent.

Des drames et des merveilles, des naissances et des morts, des cris de bêtes et des chants d'hommes.

Des joies indicibles et des épreuves inouïes. Des platitudes et des prodiges. Des destinées divines et des aventures minuscules.

Des hasards inimaginables et des siècles tous pareils aux autres siècles. Des révolutions invisibles dans des fourmilières et des fêtes éclatantes chez des civilisations de bipèdes éclairés.

Des réflexions sublimes et des rêves monotones. Des individus à l'intelligence suprême et des peuples de crétins. Des guerres paradisiaques et des paix infernales. Des pluies de glace et des orages de feu. Des découvertes inconcevables et d'immuables pensées.

Renouvelé à chaque seconde, le miracle de la vie. A chaque minute qui passe des myriades de têtes nouvelles, humaines ou animales, émergent des astres. Les unes placides avec des bouches ouvertes, les autres levées avec des yeux étonnés.

Collé à la lorgnette du télescope, mon oeil s'écarquille, béat, tandis que mon imagination s'enflamme.

Je demeure longtemps ainsi, immobile, absorbé par le spectacle somptueux des étoiles, oubliant le temps, la fraicheur, et même mon nom.

Soudain des nuages dissimulent le firmament. Je sors aussitôt de ma rêverie.

Il est déjà tard sous la voûte obscurcie. Le sommeil me gagne.

4 commentaires:

filledemnemosyne a dit…

Ben voilà !

L' Izarra de la grande époque est de retour.

C'est là le genre de texte qui me plait.
Poétique, associant les figures de styles, ouvert sur l'Infini.

Le miroir du télescope réfléchissant tant la lointaine et plus proche galaxie, mais aussi, par cet effet magique que seuls accordent les mots, reflétant l'âme du poète.

Les galaxies, petites taches d'encre sympathique, petits nuages de craie, de poudre irisée au ciel d'été.
Je les repère aussi...mais à l'oreille !
Parce qu'elles chantent.

Laure Duval a dit…

Superbe!
Laure

Laure Duval a dit…

De quelle "grande époque" parlez-vous, filledemnemosyne?
Laure

filledemnemosyne a dit…

je suis très attirée par les textes du style de "Sillé le Guillaume", plus poétiques.
J'aime moins le "langage cru" !
Je sens plusieurs "époques" chez Izarra et il y en a que je préfère, c'est tout !