mercredi 20 juin 2012

961 - Les monuments historiques m'emmerdent

Au cours de mes voyages, brefs ou lointains, la rencontre obligée avec les pierres augustes de l’Histoire a toujours été pour moi une corvée. Quand on part accompagné il faut bien faire plaisir au fardeau que l’on traîne... S’il n’en avait tenu qu’à moi, je n’aurais jamais perdu mon temps et parfois mon argent à visiter ces cathédrales d’ennui.

Bref, à part la franchouillarde et rigolote Tour Eiffel, monument de fer et non de pierre qui vaut le détour et surtout l’escalade car au moins cette farce française tranche radicalement avec les innombrables édifices beaucoup plus formels, les autres “merveilles du monde” sont d’une mortelle platitude.

Le temple de Louxor, certes impressionnant par ses dimensions, devient assez vite bassinant.

Passé l’étonnement devant ses colonnes vertigineuses, je me vois mal essayer de déchiffrer les hiéroglyphes qui y sont inscrits. Dans quel but ? Quel intérêt ? Puisque je sais que les croyances des anciens Egyptiens étaient des chimères. 

Les pharaons sont morts, desséchés, disséqués, leurs sépultures violées et leurs dieux de paille tombés en cendre, leurs pyramides déjà effritées, pourquoi devrais-je me passionner pour ces poussières antiques sottement sacralisées quand autour de moi il y a des hommes de chair et d’esprit, des vivants avec qui je peux communiquer, partager, m’enrichir humainement, des êtres vivants accessibles, des contemporains éclairés qui conçoivent des merveilles de technologie miniatures au lieu de ces monstrueuses pyramides qui ne servent à rien ?

Ces édifices titanesques, au regard des fulgurances de l’esprit, ne sont que des poids morts.

Un bipède sensible -mon voisin de palier par exemple- avec qui je parle est bien plus miraculeux en termes philosophiques, humains, spirituels que ces amas de cubes de pierres assemblés de manière bêtement géométriques. Il n’y a que les hordes de touristes idiots et les doctes, secs, stériles archéologues pour les admirer aussi béatement...

Le masque funéraire de Tout-Ank-Amon n’est qu’un glacial caillou jaune en forme de visage idéalisé, c’est à dire irréel. Une pure stupidité. Dans ce monde de vanité les intelligences sclérosées lui accordent une valeur inestimable. Un visage humain qui palpite de vie, un regard à travers lequel je devine une âme est infiniment plus captivant que ce hochet d’or fin, aussi brillant soit-il.

Ainsi mes autres “grandes visites” du monde : la Basilique Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue à Istanbul, surprenantes au premier contact, voire de loin, vite lassantes au bout d'une heure. L’Empire State Building, amusant quand on monte au sommet, oublié dès la première halte au fast-food du coin.

Les vraies rencontres, celles qui me touchent durablement, profondément, sont les rencontres faites avec mes semblables, non avec les pierres.

17 commentaires:

Liliana Dumitru a dit…

Raphaël,
Le texte est bon, vrai, courageux.
C'est outrancier, en effet, mais essentiel de privilegier l'esprit humain vivant face a ses creations du passe.
Liliana

Lucie a dit…

Raphaël,
je vous remercie de ce commentaire sur mon blog. J'avoue qu'il m'a...surprise.
Mais je le trouve un peu réducteur. S'extasier devant les créations du passé n'empêche nullement de privilégier les vivants que nous côtoyons, ni d'admirer l'esprit humain et ses prouesses. Mais ces merveilles technologiques, que seront-elles dans 4000ans? Ces pierres que vous dénigrez (si on s'y intéresse un tant soit peu) sont la preuve que, dès l'époque pharaonique, les hommes ont développé leur esprit (instruments de chirurgie, avancées techniques,etc).
Et en s'émerveillant devant ces pierres, c'est devant l'homme (et les possibilités de son esprit) que l'on s'émerveille. On peut donc s'émerveiller de l'esprit humain devant un vieux monument et devant son voisin de palier.
Si les monuments historiques vous emmerdent, j'espère que ce n'est pas le cas de vos voisins!
Cordialement

Liliana Dumitru a dit…
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Liliana Dumitru a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Liliana Dumitru a dit…

Lucie,
Oui, le texte est outrancier, exclusiviste, mais il ne doit pas etre pris au pied de la lettre. L'outrance ne fait que mettre en evidence l'idee de privilegier l'esprit et non pas la pierre, l'espoir et non pas la creation au Passe. Il est preferable de s'emmerveiller devant les revres de l'homme, devant ses projets que de soupirer de nostalgie ecrase sous la grandeur des ediffices des epoques revollues. Cela dit, le fait d'apprecier, malgre tout, ce texte izarrien vous fait honneur.
Liliana

Lucie a dit…

Liliana,
je suis en accord avec l'idée mise en lumière par le texte mais je trouve dommage que celui-ci donne l'impression que privilégier l'esprit vivant nécessite d'exécrer les créations du passé (par peur de soupirer de nostalgie peut-être? ou de passer pour un touriste idiot?^^).
Cordialement

Liliana Dumitru a dit…

Lucie, pour mettre un bon grain dans la terre il faut la creuser, non? C'est le role de l'outrance, qui fait les gens debattre, regreter telle ou telle impression faite de maniere subjective. C'est comme ca que l'idee reste, pousse et fleurit dans les esprits. Notre discution est donc, tres fructueuse.
Liliana

Liliana Dumitru a dit…

Cette maniere de Raphaël de situer son propos de maniere tranchante, nette, dans la LUMIERE, dans le BLANC, sans l'edulcorer, ni le colorer d'un banale gris de camouflage, c'est une autre magnifique lecon de vie a retenir.

Liliana Dumitru a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Liliana Dumitru a dit…

Ce que le texte dit c'est que ce sont les rencontres humains qui touchent en profondeur, pas les monuments. Ca ne les demolira pas. Soyons serieux, si on pleure en visitant un musee, c'est pathologique, si on pleure en rencontrant un vieux amis, apres une longue separation, c'est beau, humain dans la saine sensibilite.
Le voisin pourrait etre touche par l'aile de l'ESPRIT avec ou sans visite aux pyramides, car l'esprit soufle ou il veut et le conditionner de quelle forme que ce soit serait une stupidite. En cela, face a L'ESSENTIEL, les pyramides, oui, ne sont que des fourmies inutiles.
Le reste n'est qu'un sterile bavardage.

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

Lucie,

L'un n'empêche pas l'autre il est vrai, sauf que dans notre monde où sont stupidement, artificiellement, inhumainement, excessivement sacralisés les monuments anciens (aussi pour raisons purement économiques), les hommes, les autochtones, seront toujours considérés comme des "curiosités" de seconde zone.

Le touriste de base ne va pas en Egypte pour voir des égyptiens mais pour photographier des pyramides.

Parce que des égyptiens, autrement dit des hommes, il y en a partout autour de nous.

Raphaël Zacharie de IZARRA

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

Je me moque d'être conventionnel ou original, seule compte la VERITE, la JUSTESSE ou l'URGENCE de l'idée.

Je ne cherche pas à faire le singe savant mais à être dans le VRAI.

Tout simplement.

Entre une pyramide et un pâté de sable fait sur la plage par un enfant de quatre ans, quelle différence ? L'un durera 10 000 ans l'autre quelques minutes. Pyramide et pâté de sable ne sont que poussière.

Seule la culture fait une distinction entre les deux.

Raphaël Zacharie de IZARRA

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

Les pharaons étaient des pitres : ils construisaient d'immenses pyramides parce qu'ils croyaient, comme des enfants, que leur corps momifié allait revivre dans les étoiles en vertu de la hauteur et de la durabilité de ces
constructions.

Quelle puérilité !

Raphaël Zacharie de IZARRA

Liliana Dumitru a dit…

Je trouve ca, MAGNIFIQUE:
"Entre une pyramide et un pâté de sable fait sur la plage par un enfant de quatre ans, quelle différence ? L'un durera 10 000 ans l'autre quelques minutes. Pyramide et pâté de sable ne sont que poussière.
Seule la culture fait une distinction entre les deux."

Martine Schnoering a dit…

Vous n'êtes pas un tiède, j'adore cet article.
http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bossuet/volume002/008.htm
369-16

Martine Schnoering a dit…

(effacer le commentaire précédent SVP, merci)

Vous n'êtes pas un tiède ! ( Réf. : "Jésus vomit les tièdes - http://www.abbaye-saint-benoit.ch/bossuet/volume002/008.htm
- 369-16 )
J'adore votre article : "961 - Les monuments historiques m'emmerdent".
Je partage entièrement votre avis.

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

Martine,

Votre argumentation (illustrée de photos sur votre blog http://www.martineschnoering.com/article-les-monuments-historiques-m-emmerdent-par-raphael-zacharie-de-izarra-107523753.html) à partir de mon point de vue est certes juste mais en fait pas autant que cela... En effet vous opposez à la vanité des monuments historiques la hauteur de certains arbres, la majesté apparente de la nature. Sauf que dans la nature un esprit éveillé s’émerveillera de TOUT .

Petites ou grandes choses, tout se vaut dans la Création : tout est miraculeux, tout est merveille. Brindilles ou baobab, fourmis ou astres, le miracle est le même. Votre choix de photos n’est pas '”mauvais” à proprement parler, il est juste partiel car il ne montre qu’un aspect des beautés naturelles : le plus spectaculaire. Or tout le reste, même ce qui nous semble banal, participe de la Beauté.

Je m'empresse de joindre ici l'article de Henry David Thoreau trouvé sur votre blog, il est intellectuellement et sur le plan littéraire, fort bien écrit.

" A quelle fin, dites-moi, tant de pierre travaillées ? Les tours et les temples sont le luxe des princes. Les nations sont possédées de la démente ambition de perpétuer leur mémoire par l’amas de pierre travaillée qu’elles laissent. Que serait-ce si d’égales peines étaient prises pour adoucir les mœurs ? Un seul acte de bon sens devrait être plus mémorable qu’un monument aussi haut que la lune. Pour les pyramides, ce quelles offrent surtout d’étonnant, c’est qu’on ait pu trouver tant d’hommes assez avilis pour passer leur vie à la construction d’une tombe dédiée à quelque imbécile ambitieux, qu’il eut été plus sage et plus mâle de noyer dans le Nil. Quant à la religion et l’amour des bâtisseurs, ce sont à peu près les mêmes par tout l’univers, que l’édifice soit un temple égyptien ou la Banque des Etats-Unis. Cela coûte plus que cela ne vaut. Le grand ressort, c’est la vanité. Ce n’est pas par leur architecture, mais par leur pouvoir de pensée abstraite que les nations devraient chercher à se commémorer. Combien plus admirable le Bhagavad-Gita que toutes les ruines de l’Orient !»

SOURCE :

http://biosphere.ouvaton.org/index.php?option=com_content&view=article&id=112:1854-l-je-vivais-seul-dans-les-bois-r-1er-chapitre-de-walden-de-henry-david-thoreau-&catid=39:de-1500-a-1600&Itemid=86

Raphaël Zacharie de IZARRA