mardi 8 octobre 2013

1013 - Mornitude du dimanche

Sillé-le-Guillaume un dimanche morose au bar du coin.

Le patron, des cadavres dans le regard, sert sans conviction des bières aqueuses et éventées à quatre clients désabusés, déprimés et définitivement sclérosés dans leurs habitudes provinciales sans issue, sans espoir, sans joie.

Il est quinze heures et rien ne se passe. Le vide, l’ennui, le silence hantent les lieux. Ambiance mortelle de pot-au-feu refroidi pour vieillards léthargiques...

Personne ne parle, le patron encore moins que la clientèle. Respectant la torpeur des autres, chacun regarde droit devant soi. Les consommateurs n’ont pas l’air de se connaître entre eux, ou alors peut-être de vue.

La télévision est allumée sur une chaîne sportive mais nul ne la regarde ni ne l’écoute. Les quatre buveurs demeurent prostrés devant leur verre, assommés de néant, paralysés par leur mutisme, figés dans cette heure dominicale si particulière où toute vie s’arrête.

J’observe, fasciné.

Je scrute les quatre visages (celui du patron je le connais déjà).

Et sur leur front je lis des pensées plates, aussi fades qu’un almanach de sous-préfecture...

Dans leurs yeux brille la pluie. Sous leur casquette tonne l’INSIGNIFIANCE.

Sur leur table s’étendent des rêves à leur portée, aussi brefs que triviaux : gains au tiercé, météo du lendemain, prix de la salade...

Ces gens immergés dans cet océan de grisaille ne semblent pas conscients de leurs aspects de cercueils, il font juste partie d’un décor fatal et funeste qui leur colle à la peau et les dépasse. Ils sont dans leur monde. Et ne se posent pas de question.

La télévision continue de débiter inutilement des informations sportives soporifiques au milieu du silence général des hommes ensommeillés et des mouches amollies, ce qui produit l’effet d’une grande intimité dans le bar. Et d’un malaise.

En sortant de ce bar, ma mauvaise bière vite avalée, soulagé de changer d’air, je sais que n’oublierai jamais ces quatre taiseux ternes et morbides aux allures d’épouvantails d’un quotidien à dimension humaine, comiquement, tragiquement humaine.

VOIR LA VIDEO :

2 commentaires:

Liliana Dumitru a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Liliana Dumitru a dit…

J'aime ce tableau si humain, les gens du commun "des cadavres dans le regard" ( superbe image poétique ). Moi-même j'aime m'attarder sur ce que les gens ont de plus INSIGNIFIANT, aimer, élever tout, y compris cette attitude de dimanche flasque et sans relief.
Un texte apparemment plat qui laisse dans l'esprit une trace marquante( comme la bave d'escargot sur le sole )un parfum aigre de bière sur les tables endormies et d’étoiles dans l'esprit qui les regarde. Merci de l'avoir écrit.
Liliana