mardi 12 novembre 2013

1020 - Interview poussée

Une âme avisée me soumet dix questions essentielles. J'y réponds avec coeur et sincérité.

1 - Les cathédrales (essentiellement celle de Chartres), les églises (Sillé-le-Guillaume et la basilique d'Albert notamment) sont de muettes et constantes présences dans vos oeuvres. Vous préférez, de toute évidence, les galaxies aux canapés en cuir, même si les deux représentent de la matière... Cela contredit-il vos articles intitulés “La pierre pulvérisée” et “La marche sur le feu” où vous dénigrez l’aspect sacré de ces érections de pierre ?

Si j’évoque avec respect et admiration certains aspects des oeuvres terrestres consacrées à la gloire de l’esprit, je ne m’interdis pas pour autant la critique lorsqu’elle se justifie. Les représentations (et interprétations) du sacré, aussi somptueuses, inspirées, essentielles soient-elles, ne sont pas nécessairement exemptes d’erreurs, de maladresses, de puérilités. Je ne fais que relever les incohérences et outrances de la religiosité, simples reflets de l’imperfection des mortels. Je suis d’ailleurs fort indulgent à l’égard des travers cultuels. Je ne les condamne pas vraiment, je m’en amuse surtout.

2 - Un des thèmes qui vous inspire particulièrement concerne les déshérités du sort : bossus, vieilles filles, laiderons. Est-ce un simple hasard ou avez-vous une explication ?

Le sort cruel, pathétique et pitoyable, souvent drôle, tragique, toujours singulier des “damnés de l’hyménée” m’inspire. Sur le plan littéraire ce thème est d’une intarissable richesse. A travers les feux suprêmes du coeur en proie aux pires vicissitudes et injustices de l’amour,  je sonde (non sans une délectation faite de frayeur et de voyeurisme, certes malsaine dans les  apparences mais éminemment pédagogique pour moi comme pour les autres) la complexité de l’âme humaine et de ses passions, parfois étranges et magnifiques. Gouffres et sommets, telles sont les “bornes interdites” autour desquelles ma plume se plaît à “papillonner”... C’est dans la férocité des destins les plus âpres, les plus improbables, les plus humbles que j’explore avec lucidité les profondeurs éclatantes -ou bien sombres- de cette créature bipède tellement intrigante, douée d’intelligence autant que de stupidité (mais ne me croyez pas cynique, en réalité je crois en la perfectibilité, l’amélioration, la rédemption de l’Homme, ses pires erreurs n’étant que de douloureux mais nécessaires apprentissages de vie, d’amour, d’humanité). Je suis un pionnier des sentiments enfouis, un débusqueur de trésors perdus, un explorateur des contrées intérieures les plus reculées, voire inconnues. Et croyez bien que s’il m’arrive de m’attarder avec une malicieuse jubilation sur les travers de mes contemporains jusqu’à les enfler exagérément et en faire des monstruosités conceptuelles, c’est bien la lumière que je cherche à mettre en évidence chez mon semblable ainsi scruté, cette étincelle divine éclipsée par des dehors peu flatteurs. Je suis le révélateur de l’éclat dissimulé, de la flamme irradiant sous les haillons que peu de gens savent voir. Je rétablis les vérités abîmées, ce qui parfois déplaît à un point extrême et je peux le comprendre, c’est humain, car je fracasse quelques belles illusions du siècle.

3 - Les fictions sur votre propre mort sont cruelles. Seul Dieu décide de l'heure de notre départ dans la file d'attente vers l'au-delà. Il est injuste d'obliger ceux qui vous aiment a participer -même de manière littéraire- à vos funérailles. N’y avez-vous jamais songé ?

Cette sensiblerie rapportée à ma personne est ridicule et ceux qui m’aiment vraiment n’éprouvent pas ce genre de puérilités. L’amour véritable est viril, marmoréen, voire assez rude. Il cogne, frappe, brûle, surprend, transperce, crucifie. Il n’est point mollesse et pleurnicheries de concierges. L’humour noir est l’apanage des âmes fortes, non des coeurs de limaces.

4 - On apprécie beaucoup l'humour cinglant de vos écrits : vous nous amusez avec vos obsessions de "radin" et vos vieilles filles étranges, mais pourquoi pas une histoire triste sur une vieille fille ? Auriez-vous peur de déplaire à l’époque qui a tendance à occulter la tristesse au profit de la légèreté ?

J’ai abordé le sujet des vierges infâmes aussi bien sous les angles comiques que sinistres, langoureux que mélancoliques. Mes textes mêlent pensées éthéréennes et situations grotesques, cimes olympiennes et bas-fonds d’un quotidien abject et brutal, célestes essors et chutes dans les trivialités de la matière. Une exquise indigestion de perles contrastées. Les hauteurs, exactement comme dans la vie, ne se révèlent que lorsqu’on a les pieds plongés dans la fange. Mes anti-héroïnes de fiel aux rêves furieux et aux désirs inassouvis se situent entre la marmite et l’infini, entre la soupe aux navets et le cosmos, entre le potager de leur jardinet et l’Eden. Vous voyez, le saugrenu côtoie la gravité chez mes “poupées de lettres et de chiffon”, encore faut-il savoir digérer mes textes dans le silence, une fois la lecture achevée, telle la saveur persistante d’un vin aussi fin que fort. Comme chez Mozart dont on dit que le silence qui suit la partition terminée, c’est encore de la musique, je dirais que chez IZARRA, une fois le livre refermé, c’est encore de la littérature. IZARRA, c’est le Mozart des mots, en somme. Le virtuose du verbe. En toute modestie.

5 - Dans vos textes vous vous définissez en tant qu’Esthète. Les traits de ce personnage sont significatifs. Dans quelle mesure cela se reflète-t-il -ou pas- dans votre personnalité ?

Un auteur met toujours plus ou moins de lui-même à travers ses “reflets de plume”, n’est-ce pas ? Ses oeuvres sont à divers degrés imprégnées de son égo. Hé bien ici je mets beaucoup de moi-même, le principal pour tout vous dire.

6 - Quel est le visage de votre personne que vous voudriez que vos lecteurs retiennent en priorité : l’esthète, le Pierrot sensible, timide et inadapté, le dandy ou le magicien des mots ?

Contre toute attente, le Pierrot sensible. La Poésie que je porte en moi surpasse toutes les autres facettes de ma personnalité. Pierrot incarne le mieux cet idéal désincarné qui fait vibrer le monde et les astres. Ce personnage est l’essence de ce que je suis profondément, intimement, définitivement.

7 - Certains pourraient vous reprocher de vouloir réduire l’esprit à des usages pragmatiques étriqués, d’exploiter ses principes divins pour des desseins triviaux, par exemple dans vos positions pédagogiques où vous vous donnez la mission d’"éduquer les ânes”, de “réveiller les abrutis de la Terre" etc... Que pensez-vous de l'Amour inconditionnel et de la liberté d'individu de faire son chemin, même si c'est une fausse route ?

Peut-être bien que le Ciel a mis IZARRA sur le chemin des ânes de la Terre afin de les guider... Qu’en savons-nous ? Pourquoi ma mission ne serait-elle pas là ? L’étoile que je représente (mon nom IZARRA signifie d’ailleurs “ETOILE”, dois-je le rappeler ?) aurait été déposée sur la route des sots afin de les illuminer. Ou pas. En ce cas j’endosse volontiers le rôle de redresseur de torts. Ou plutôt, d’éveilleur de consciences. On se forge son destin comme on peut, à sa mesure... Et moi, je vois grand.

8 - Quel thème vous enflamme le plus ?

Celui de l’amour sous la pluie de mars. Plus largement, les sentiments amoureux trempés de fol espoir et en même temps paralysés par le froid des habitudes, pris entre les flaques d’eau, déprimantes, et les nuages, libérateurs mais inaccessibles. Cela dit, ce qui m’enflamme n’est pas ce qui me séduit le plus. La Poésie, je le répète, est ma substance fondamentale. Elle ne m’enflamme pas mais me glace. La Poésie n’est pas rouge mais bleue. Elle n’est pas une jungle étouffante mais un paysage de givre.

9 - Si vous pouviez rencontrer en réel un des personnages de vos créations littéraires, lequel serait-il ?

Et si je vous disais : moi-même ? Je veux dire, rencontrer tel ou tel personnage, après tout ne serait-ce pas me rencontrer moi-même en partie ou en totalité ? Mes créations, ne sont-ce pas les projections de ce que je suis, en germes ou en désirs, mais aussi, plus subtilement, de ce que je n’aimerais pas être ?

10 - Vous analysez de manière fort incisive (et controversée) les faits de l’actualité et vous êtes également le créateur de situations et personnages imaginaires très marqués, outranciers, banals, dérangeants, héroïques, inhumains, admirables, répugnants, poétiques... Où vous sentez-vous plus a l'aise: dans la sphère du quotidien ou du fantastique ?

Chez moi fiction et réalité se rejoignent, en définitive. Les deux sont imbriquées. Je m’inspire du quotidien dans mes écrits. Que vous répondre de plus ? Le réel sera toujours plus surprenant que l’imaginaire et ce que j’écris, je ne l’invente pas : ça vient de loin, de très loin. Et de très près puisque ça vient du fond de moi-même. Du Ciel diront certains.

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2 commentaires:

Anonyme a dit…

https://www.youtube.com/watch?v=BokotUSdjNI

Liliana Dumitru a dit…

Vos réponses sont non seulement sincères, mais encore pleines de générosité , car, par exemple, la réponse a la question numéro 8, va plus loin, plus en profondeur que la question aurait pu mener.