mardi 25 février 2014

1043 - Soupe de Farrah Fawcett

Mon assiette de nouilles jaunes me rappelle sa chevelure aux reflets de beurre et dans mon verre d’eau mêlée de sirop de menthe je retrouve son regard trouble.

Lorsque je bave du jaune d’oeuf sur mon col, ses yeux légèrement globuleux m’apparaissent, s’imposant en mon esprit comme deux cocos azurés.

Plus concrètement, l’image de Farrah Fawcett se cache aussi dans ma soupe aux navets et légumes jardiniers quand, aux heures aériennes de ma vie de gastronome avisé, le haricot vert bien cuit se mêle avec délices à la frêle tomate des derniers jours d’août.

Les trésors de mon potager sarthois me font songer à sa beauté germinale.

Tandis que la citrouille dorée me fixe avec placidité depuis le sol, je plaque sur sa face acide le sourire horticole de la vénusiaque conception.

Le visage séraphique qu’entouraient les mèches solaires de cette trépassée, je le perçois encore dans la suavité de mon gâteau melliflu.

Mais depuis que le ver rongea sa chair morte et que la terre nécrophage anéantit ses restes, elle renaît dix, cent fois en prenant d’autres apparences terrestre : à travers la fraiche chlorophylle et la vive fibre végétale qui verdissent les cimetières.

Car, comme tous les êtres dévorés par la tombe, sa présence sur Terre se dilue ou se concentre, se ramifie sous les aspects lyriques d’herbes folles et de fleurs sauvages.

Mais aussi, potentiellement, sous formes utiles de feuilles de laitues et de chair de patates dans les mets que je savoure lentement avec des rêveries étranges en tête, les soirs de longues dégustations pensives...

Et c’est là que mon humble potage du soir prend un sens singulièrement fawcettien.

A travers ce bouillon d’éléments recyclés par la bienfaisante nature, très indirectement mais très réellement j’avale de la lumière, m’alimente de symboles, me gave de beauté.

5 commentaires:

Stella Anna a dit…

Merci, cher Maître, pour ce magnifique partage de votre Olympe littéraire. Une Ostie de lumière pure.

Stella Anna a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Stella Anna a dit…

Mon esprit a vu la Création. Blotti comme un chat dans du plumage angélique il s'est laissé baptisé sous la pluie du Ciel.
Quand le poète écrit, les anges chantent: il faut se taire et les écouter.
Quand le poète écrit, les aigles blancs de l’empyrée dessinent des cercles de fumée laiteuse dans mon âme, mettent du baume dans mon cœur et changent mes larmes en fleurs de pommier.
Quand le poète écrit la foret de ronces disparaît et j'en pleure: de joie sainte.Je n'ai plus besoin de rien, ni des étoiles de zinc, ni des étoiles sur le firmament parce qu'elles sont toutes descendues dans ma tête: tout chante, tout change car l'esprit a sa victoire sur la matière. Toute les forces de la Résurrection sont magiquement rassemblées et œuvrent dans mon esprit.
L’écriture c'est la vraie alchimie c'est l'incarnation de la LUMIÈRE, en VERBE, pour nous.
Perdue entre les mots qui dansaient avec les anges, je n’étais plus du tout: j’étais une plume de plus, planant dans l’éthéré, égale aux anges et cet humble chant n'est qu'un remerciement , une révérence devant les ailes de l’écrivain.
Liliana

DZ a dit…

change de pull

Raphaël Zacharie de IZARRA a dit…

DZ,

Aucune importance mon pull.

Ici je ne suis pas dans l'artifice, les apparences, la vanité mais dans le verbe pur.

Au contraire je fais volontairement, parfois, des fautes de goût vestimentaires pour mieux afficher mon total mépris des apparences de la mode.

Raphaël Zacharie de IZARRA