mercredi 4 février 2015

1096 - Lettre d'adieu à mon voisin Pierre

Tu pars donc, mon voisin du dessous...

Tu pars et moi je reste. Je reste comme restent les pierres.

Toi Pierre tu vas rouler ta bosse ailleurs, loin, là-bas, je ne sais où, à l'autre bout de la Terre. Ou bien sur une autre Lune. En haut d'un escalier différent. Dans le creux d'un songe plus profond. En bas d'une colline plus verte, là où coulera la source de tes jours nouveaux. Une onde à travers laquelle, crois-tu, tes reflets seront clairs, ta vie lumineuse.

Oui et non. Je ne sais pas. Peut-être. Tout changera certes. Mais tout restera figé, tout sera comme avant, tout fera croire à un rêve pétrifié, à un train faisant du sur-place. Comme une roue qui se meut et qui pourtant dans sa course autour d’elle-même revient exactement au même endroit, sempiternellement. Tout part, tout passe, tout tourne et tout revient. Seules les illusions changent.

Bref tu seras loin d’ici et ton fantôme demeurera à jamais sous mes pieds.

Parce que moi, vois-tu, je prends racine sous mes ailes. Je suis un grand oiseau, de plus en plus vaste. Tu en ris oui mais tu le sais. Et plus je m’alourdis, plus mes ailes grandissent. Cet escalier que tu quittes, c’est mon piédestal. Pour m’élever toujours plus haut, je ne dois plus en redescendre. Je te regarde donc t’envoler avant l’heure, Pierre. Tu pars et je t’accompagne de ma plume. Elle est légère, timide, mélancolique un peu.

Je penserai à toi, à ton nouveau toit, à ton ciel d’avenir là-bas et à tes nuits passées dans ton nid ici, invisible. Et de temps en temps j’irai voir l’écume de tes vols poétiques laissée dans l’azur de la Toile. Par curiosité, intérêt, par envie peut-être...

Un hôte te remplacera, au 2 Bis. Et ce hibou peuplera mes insomnies d’interrogations nouvelles. Ce chat-huant sera -qui sait ?- une ardente créature hautement sexuée qui me fera baver comme un vieux crapaud pustuleux d’un désir follement impur. Ou une sorte de Farrah Fawcett qui fera vibrer ma fibre esthétique à en avoir la diarrhée. A moins que ne niche sous mon sol un pur laideron... Que je devrai néanmoins faire souffrir d’un espoir d’amour cruel et beau, par sens du devoir lyrique.

Alors que tu es sur le point de t’évanouir dans le monde, me voilà prêt pour une neuve aventure izarrienne avec celui ou celle qui te succédera.

Pierre, mon denier mot pour toi ne sera pas une surprise. Tu t’attends à cette chose ultime que je vais t’adresser car elle m’est chère, tu ne l’ignores pas.

Ce n’est pas banalement de l’amitié que je t’envoie (nous n’avions d’ailleurs aucun rapport d’amitié à part d’insipides “bonjours”), ce n’est pas non plus une pomme, pas un serpent, pas une étoile, pas plus mes initiales ou même un encrier en forme d’entonnoir, non ce n’est rien de toutes ces bêtises, ce n’est rien qui vienne de moi non plus, c’est bien mieux, infiniment mieux car ça vient d’ailleurs, nul ne sait d’où exactement...

Mais c’est un diamant.

C’est impersonnel, éternel, froid et suprême : ce trésor que je te destine, c’est la Poésie.

VOIR LA VIDEO :

http://www.dailymotion.com/video/x2gffw7_lettre-d-adieu-a-mon-voisin-pierre-raphael-zacharie-de-izarra-1

https://www.youtube.com/watch?v=_Ly1Xoi60Tk

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Silence eloquent
Paroles muettes
Amour passionnement
Existence discrete
Encre rouge vif de sang
Ecrit sur le diamant
"je t'aime"
Forever perpetuellement