samedi 17 octobre 2015

1137 - Les choux-fleurs de mars

Les premiers jours de mars liquéfient l’ambiance, argentent l’atmosphère, bleuissent les âmes : ils enflamment les flaques, glacent le sol, abreuvent les caniveaux.

Dans le ciel, plein d’écume, d’ombres et de chrysanthèmes. 

Ces flots en fleur que sont les nuages arrosent ma face de rat à l’âpre saison, font des larmes de glace sur mon front, frigorifient mes doigts de pieds. 

Et allègent mes semelles : les giboulées me donnent des ailes.

Elles “escargotisent“ le monde d’une seule averse, humectent les alcôves comme les tombes tout en perçant les coeurs de leurs tranchants rayons de pluie.

Mars est le temps des rigoles, non de la rigolade.

Sa blanche tristesse m’emporte dans des hauteurs troubles : avant avril, c’est encore un peu de ténèbres mêlées de neige.

Entre cendre et yaourt, givre et boue, frissons secs et chemins sans issue, il y a l’azur plombé, les terres noyées, le soleil lointain, l’horizon lumineux.

C’est aux derniers froids de l’hiver, à la fonte de ses humeurs, au mois des semailles, sur les cailloux des champs et sous les sillons aériens que je m’éclaircis.

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