dimanche 29 novembre 2015

1145 - La boiteuse, l'aristocrate et l'ange

Depuis les brumes de son pays obscur une méchante boiteuse aux traits ingrats et à la taille porcine s’était follement éprise d’un bel aristocrate de France découvert au cours de ses lectures : coq superbe, séduisant, cruel, inaccessible et férocement hautain à la plume d’acier.

Elle, n’était qu’un laideron au coeur sombre et à l’âme envieuse. Elle n’ignorait point cette mortifiante vérité, ce qui rendait sa flamme à l’égard de ce soleil français encore plus coupable.

La gueuse, stupidement intrépide mais fort ladre, avait parcouru à pieds les mille lieues la séparant de son auteur favori pour venir habiter aux abords de son manoir, ce qui avait définitivement -et comiquement- accentué sa claudication. Décidément avaricieuse, elle logeait dans un taudis comme un rat pour mieux voir, de son trou, l’être lumineux quelle admirait. Cette existence malhonnête la rendait encore plus négligente et bientôt elle baigna dans la malpropreté en compagnie des rongeurs... La recluse dégageait une forte odeur de saleté mais n'en éprouvait pas la moindre honte.

S’étant bien vite manifestée à l’esthète, celui-ci, étant donné les circonstances, la traitait avec la hauteur et la rudesse qui le caractérisaient, ce à quoi il fallait s’attendre.

Fruits amers qu’elle méritait d’ailleurs, ne serait-ce que pour lui faire payer son extraordinaire vanité de croire qu’une lépreuse comme elle pût séduire un seigneur comme lui.

L’horrible coche à la patte débile vivait donc dans l’ombre du sybarite guindé, lequel ne manquait jamais une occasion de ganter bruyamment, d’humilier publiquement cette admiratrice grotesque que par l’effet d’un mépris prodigieux il assimilait sans nuance,  avec force ricanements, à une bossue, tant sur le plan physique que moral.

N’importe ! L’importune à la vilaine apparence avait des prétentions amoureuses sur ce prince maniéré plein de promesses, paré d’or, de vertus et d’intelligence. Lui, partageait sa vie intime, particulièrement brillante, avec une angélique américaine à la chevelure vive et au sourire magnétique. La créature lui vouait un amour idéal et ce couple illuminait de ses seuls feux le monde des gens bien nés.

Jalouse de cette amante à la beauté triomphante qui, pensait-elle sottement, détournait la lumière de l’astre majeur à son profil, et donc à ses dépens à elle, la perfide conçut de poignarder celui qu’elle aimait en secret.

La guenon avant d’exécuter ce funeste projet, n’ayant plus rien à perdre sinon son honneur (ce qui de toute façon était déjà fait), tenta de voler un baiser à l’aristocrate en présence-même de sa légitime et blonde accompagnatrice, tous deux de sortie ce jour-là en quelque société choisie. La première était en guenilles, l’autre en robe de soirée. A se demander comment l’intruse avait pu entrer en cet endroit afin d’y souiller les lustres de sa face affreuse ... Toujours est-il que l’audacieuse n’eut pas le loisir d’achever son geste impie : sa rivale la stoppa d’une gifle magistrale, tandis que l’offensé vint aussitôt à sa rescousse en assénant à l’agresseuse une autre gifle encore plus retentissante suivie d’un crachat au front qu’il aurait voulu aussi fatal qu’une balle de revolver.

La misérable chuta à terre sous les moqueries de la belle et les injures de son cavalier. Son  membre chétif en fut considérablement amoindri. Cette fois, inguérissablement blessée par ces flèches reçues en plein visage et dont la plus douloureuse consistait en ce jet de salive et de fiel mêlés, la criminelle s’en retourna en boitant comme jamais (héritage de ses vices) vers ses terres lointaines d’où, elle le savait, elle n’aurait jamais dû sortir, abandonnant à la vermine son ignoble masure et à la fangeuse légende le souvenir de son passage en France.

Peu à peu on l’oublia dans les salons, bien que sa puanteur y ait laissé longtemps son empreinte.

Sauf l’élégant qui, en hommage à sa mémorable laideur et fabuleuse bêtise, accrocha son portrait dans une étable recyclée en lieu informel d’engraissage de truies malades, seul endroit au monde où son image dûment encadrée ne pouvait outrager personne.

A part, peut-être, les pauvres truies en convalescence.

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=bz64iKEVgSs&feature=youtu.be

http://www.dailymotion.com/video/x3g4nob

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