mardi 1 mars 2016

1160 - J'attends ma Dame

J’attends ma Dame qui arrivera bientôt. Et quand je la verrai passer la porte, le Soleil s’inclinera.

Mon aimée que j’attends, tout comme moi, se voit au centre de l’Univers  Elle est égoïste, capricieuse, hautaine, éduquée. Elle est dure envers les chiens, méchante envers les enfants, méprisante envers les sans particules, mais très douce, très amoureuse à l’égard des grands fats de mon espèce qui morguent la gueusaille et giflent la valetaille.

Et c’est parce qu’elle me ressemble tant que je l’aime tant. Et c’est parce que je suis un astre de vanité fracassante qu’elle m’aime à ce point.

En échange de sa flamme qu’elle me crache à la face, je l’éblouis de ma lumière. Et lorsqu’elle m’offre ses larmes, je lui joue.un air faux sur un violon de fumée. Quand deux hypocrites s’adorent, la musique grince, les pantins gesticulent et la pluie arrose leurs coeurs en fête.

Elle a la bouche sensuelle, la mine fraiche, la taille mince, le corps élancé, la chevelure ténébreuse, le regard féroce. Sa toilette est fort sophistiquée, extravagante, pleine de codes complexes, d’artifices coûteux. Ma Dame que j’attends est une beauté pompeuse.

L’heure du rendez-vous approche, je tremble de bonheur. Pour ses beaux yeux, j’ai remplacé mes laines rapiécées de jeune avaricieux par de la dentelle neuve, lustré mes lames rouillées, tué toutes les araignées de mes salons. Ma Dame pense à ma bourse comme je pense à son immense chapeau à plumes : avec désintérêt forcé, détachement factice, négligence affectée et même avec franc humour.

Elle sera là dans un instant. Sous mes lambris nous danserons sur des pas savants avec un air grave dans un bal triste et confidentiel, sans orchestre, où seuls ma Dame et moi serons présents.

Une chorégraphie monotone et douloureuse juste pour nous deux, sous les regards figés de mes ancêtres dans leurs cadres dorés que je n’ai pas songé à dépoussiérer.

Mais je l’entends souffleter ma bonniche dans la cour... Mon sang de seigneur-persifleur est en ébullition ! Ses souliers moqueurs claquent à l’entrée de ma maison. Elle approche... Je vais défaillir d’aise.

Elle vient. Elle paraît.

Et rayonne.

Je lui souris. Elle me regarde avec courtoisie. Je lui adresse la parole en ces termes :

- Je vous attendais, ma Dame. Vous voici donc arrivée.

Elle me répond tendrement :

- A présent que je suis là, vous ne m’attendez plus. Alors allons souper, avant de pleurer yeux dans les yeux sur l’heure de mon départ, demain, après le diner. Ainsi, vous pourrez vous amuser à m’attendre encore et encore dans les plus délicieux frissons d’un amour spécialement conçu pour vous plaire et vous déplaire tout à la fois, tourments contrariants mais enivrants que je partage avec vous dans la joie et l’honneur de ma virginité préservée pour votre contentement d’esthète nombriliste dénué de scrupule à mon endroit et de sentiments altruistes à l’égard des gens de peu. Je vous aime, Seigneur IZARRA.

Et je conclus son bavardage ampoulé sur ces mots secs :

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Sublime rencontre en attente !
Et quelle tendresse dévoilée
avec des mots d'amour inhabituels
pour un être insensible... à l'Amour !
Eglantine

Anonyme a dit…

L'amour est incontrôlable!
Le cerveau ne peut que participer
aux sentiments veritables en deversant
des hormones en syndrôme feedback!
Hormone du bonheur ou de mauvaise humeur
Que celui qui n'a jamais aimé
lui jette la première pierre !

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