samedi 23 avril 2016

1169 - Assisté social

Je ne connais pas l’angoisse des lendemains incertains. Mon réveil ne me fait lever matinalement qu’aux circonstances légères de l’existence.

Je ne m’occupe jamais de quoi seront faites mes journées de fêtes permanentes : des agents assermentés veillent huit heures par jour sur mon bonheur d’éternel passif. Et les semaines, mois, années, lustres passent paisiblement sans que j’aie à me soucier de choses graves et ennuyeuses.

Mon malheur, ou plus exactement le malheur des autres, c’est que je suis heureux dans ma peau d’assisté social.

Aucune ambition professionnelle ne vient perturber ma sérénité princière. Chaque mois mon salaire d’inactif tombe sur ma tête étonnée et réjouie. Avec la certitude d’une horloge perpétuelle qui sonnerait les heures fatidiques de ma vie de roi.

Je suis un technicien du repos, un expert de l’oisiveté, un spécialiste de l’inactivité sociale, un maître dans l’art facile et joyeux de regarder les autres travailler.

Bref, après tant d’années d’expérience dans mon domaine, je suis devenu hautement qualifié pour ne pas turbiner.

Contrairement à tous ces salariés grâce à qui je peux étaler avec jubilation ces mots pleins de gloire, je ne sais rien faire mais je sais ne rien  faire

J’ai le désoeuvrement rieur, l’inoccupation épanouie, le sommeil radieux. 

Mais, malheureusement, ma structurelle aubaine n’est guère communicative : fort peu de ces bosseurs croient aux vertus de mon assistanat social. Ces incrédules sont des rebelles à mon idéal, des réactionnaires à ma félicité, des chicaneurs contestant mon beurre, en un mot des fondamentalistes du labeur.

Ils éprouvent les affres du gagne-pain et les sueurs du devoir dûment accompli. Et s’en plaignent tout en se gardant d’échapper à leur sort. Eux ne sont pas des assistés sociaux comme moi, non...

Il leur manque trop l’intelligence de ma passivité.

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