mercredi 29 juin 2016

1183 - Chunibala Devi

Issue des brumes du monde -née en Inde en 1872 ou 1875 en fait, on ne sait pas trop la date exacte-, c’était, à l'heure de sa consécration, une souche aux racines sèches, aux doigts crochus, à l’oeil ardent

Avec un sourire de sorcière.

Actrice du cinéma indien de son état, rendue célèbre en 1955 dans le film “LA COMPLAINTE DU SENTIER” à l’âge canonique -et approximatif- de 80 ans, qui fut également l’année de son trépas, Chunibala Devi est une statue d’un temps reculé.

Une momie de la cinématographie enfouie dans un passé de lumières mais aussi de fumées. Voilà pour la renommée publique.

Et, sur un plan plus personnel, une ombre du néant, un spectre de cendre, une tombe désagrégée, une pierre enterrée, un rêve érodé, bref un songe immensément lointain selon les vues aseptisées et fusantes de notre époque faite pour l’octet, réglée à la milliseconde, taillée au laser.

Une silhouette morte, une vague ensevelie avec des milliards de vagues semblables dans l’océan des siècles, un fantôme disparu et archi-oublié du reste de la planète.

Un visage effacé de la surface de la Terre. Réduit en cendre dans le souvenir des hommes.

Sauf dans un recoin de mémoire de quelques fins cinéphiles et avisés connaisseurs.

Ce vieil arbre anguleux, cette face de fable aux rides bibliques, cette écorce humaine sortie d’un peuple immémorial, cette femme immortalisée par la technologie, mais dissoute depuis si longtemps dans l’air, le sol et les jours anonymes, rendue au Cosmos depuis belle lurette, ces traits d’une humanité éloignée, qui aujourd’hui nous sembleraient effrayants, permettez que j’en parle avec ravissement.

L’image de l’édentée aux cheveux couverts de givre surgie d’un univers à jamais révolu, d’une société disparue, périmée, me hante et m’enchante.

Cette chandelle usée aux allures folkloriques, figure ancestrale d’une Inde légendaire, transportée jusqu’en 2016 par le miracle de la photographie est comme l’incarnation des dix mille ans nous ayant précédés qui plongerait son regard -figé sur la pellicule- dans notre futur.

Une ricaneuse qui nous fixe avec insistance, nous et ceux de demain. De ses prunelles de chouette déplumée se sachant proche des cailloux, des pissenlits et... Des étoiles.

Celle qui nous adresse son air malicieux fut la star d’un autre système, celui d’avant Bollywood, c’est à dire le fruit défraichit d’une industrie d’artifices ayant perdu de vue ses gloires éteintes.

Pour toutes ces raisons que j’ai dites mais aussi pour celles que je n’ai pas dites, communes à chacun d’entre nous, cet épouvantail est fascinant parce que bientôt papillon.

Vieille peau vouée à la poussière qui symbolise l’éternité du sable formant le bord de la mer humaine.


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