Ma particule est infiniment belle, précieuse, estimable. Elle confère à ma
tête noblesse, grâce, dignité. Cette lumière patronymique est digne de respect,
de fierté, d'éloges. Elle me différencie de ceux qui en sont dépourvus :
sans-naissance, viles extractions, fils et filles de peu, enfants de rien. Ces
derniers cependant demeureront froids face à ma flamme, et c'est tant mieux !
Que chacun se satisfasse de ce qu'il a, de ce qu'il est, ainsi que de sa place
!
L'inégalité en ce domaine n'est pas vaine. Encore moins abusive. C'est
aussi à travers ce genre de différences (certains les appelleront sottement
"injustices") que les uns et les autres se positionnent dans le monde. Et
trouvent leur vrai chemin. L'égalité pure et dure est un enfer en vérité. Le
bonheur n'est pas égalitaire : la misère des uns peut très bien constituer la
richesse des autres et inversement.
Mon titre à deux lettres attise mépris certes, mais également envies.
Il déchaîne orages noirs et passions lumineuses, fait naître maintes
jalousies, inspire indifférence affectée si classique et autres bas sentiments
humains. Ce qui est naturel puisque posséder cet impalpable trésor est un
privilège de salon : le genre de faveur inutile qui exaspère.
Ou fait rêver.
Bref, posséder cette marque d'élection est un véritable dont du sort, au
moins selon mes critères personnels. Ce qui compte à mes yeux, c'est d'avoir été
élu "DE". Peu importe le prix de ce divin agrément. Cette sorte de préfixe, qui
est pour moi un immense honneur, exprime la gratuité céleste par excellence.
Cette raison, futile pour le monde j'en ai bien conscience, suffit néanmoins
pour que je sois heureux d'en posséder une.
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