dimanche 12 janvier 2020

1553 - Mirabelle

Elle se prénommait Mirabelle et n’avait plus d’ailes.

Clouée dans un fauteuil roulant depuis l’âge de dix-neuf ans, à quarante et un ans son unique ciel se résumait à son écran d’ordinateur.

C’est là que je la rencontrai, dans l’espace infini du NET, que l‘on prétend virtuel...

Elle cherchait l’immensité, je rêvais d’océan. Le vent du hasard nous avait réunis.

Très vite je m’épris follement de ce papillon privé d’azur.

Au fil de nos soirées, de clavier à clavier, des mots interdits furent échangés et des flammes charnelles en sortirent.

Nos deux destins s’éclairaient. Nous nous étions promis mille tendresses et autres gestes inconcevables et charmants en voulant passer de la parole à l’acte, c’est à dire du néant à la vie...

Cependant...

Une cause majeure me retenait. En effet, la handicapée vivait déjà en couple. Je ne pouvais décemment pas outrager cet hyménée déjà consacré. Alors je décidai, tout simplement, de rompre ces liens si doux et si sulfureux... Mais finalement illicites !

Et pourtant je pense toujours à elle. Si elle pouvait entendre ces soupirs que je lui adresse, les voici :

Adieu Mirabelle, adieu cher ange, adieu diablesse...

Adieu mon bel horizon intouchable.

Envole-toi très haut dans tes paysages impalpables. Ferme les yeux et décolle de ta chaise roulante, mais je t’en prie oublie-moi si cela t’est encore possible. Moi je ne peux pas t’oublier, je ne le peux plus : tu t’es posée sur moi comme un oiseau blessé et j’ai perçu ta bouleversante fragilité.

Et mon coeur a brûlé d’amour, et mon corps a hurlé de désir.

Mais surtout, surtout... J’ai senti la caresse de ton âme sur mon âme. Un voyage céleste inoubliable.

Va, pars loin de moi, de mes mots, de mon image... Sillonne les espaces bleus à bord de ce delta-plane qui, du fond de ta prison d’immobilité, te sert d’évasion. Là, dans les hauteurs, ce sera plus facile pour toi de me perdre de vue...

Ne te retourne plus sur mon nom, fais comme si je n’avais jamais existé... Retourne à ta branche initiale, un compagnon qui t’aime t’y attend. Ne l’offense pas. Tu n’aurais jamais dû t’échapper de ta cage pour venir jusqu’à moi puisque notre union est impossible.

Ne songe plus à moi, je suis déjà reparti vers mon foyer légitime.

Je te destine un baiser désespéré, Mirabelle.

Je t’aime.

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