Le son des pas du cheval dans la plaine me fait songer à chaque étoile que
compte le ciel de ma longue nuit. Lorsque je foule la poussière des chemins,
c'est toujours vers le firmament que se tournent mes regards.
Tous les astres du monde sont logés dans mon coeur comme autant de larmes
ou d'émeraudes, selon que je suis triste ou plein de joie. Je porte en moi les
chagrins les plus secrets, les plus futiles de l'univers. Mais je sème aussi des
lumières éclatantes chez les mortels. En quête d'un amour que je suis seul à
concevoir, je parcours la Terre depuis des siècles en infatigable rêveur,
trouvant la force de durer à travers les sensibilités les plus pures. Ma
jeunesse est intacte, préservée par une éternité de vertus.
Mon souci n'est pas l'or, ni le temps, ni même la mort qui effraie tant les
hommes, mais l'azur, la beauté, la poésie. Aussi, je ne puis m'éteindre :
l'infini est mon compagnon de route. Loin de vos lois, je règne en souverain sur
vos insomnies, vos songes, votre imaginaire.
Parfois on me tend la main sous la Lune : je prends la forme d'un paysage,
d'un feu follet, d'une chandelle. Là, j'apparais dans mon ineffable
vérité.
Je poursuis ma route la tête dans les constellations à la rencontre des
esprits subtils.
Je suis un fou d'immensités, de liberté, d'absolu, un spectre, une flamme
traversant les âges, accroché à des incarnés. Je voyage d'âme en âme. L'être
dont je possède le souffle aujourd'hui est l'auteur de ces lignes que vous êtes
en train de lire.
J'ai pris possession de lui et je prends la parole à travers sa
plume.
Mon nom est Pierrot.
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