Dernièrement j'ai emprunté les petites routes champêtres plutôt que les
itinéraires principaux pour aller à Paris. J'ai choisi les tracés blancs sur la
carte au 1/50 000 au lieu des rouges, où chaque ferme isolée est répertoriée. Je
suis allé à la rencontre de la province profonde, paisible, inconnue des
citadins, un peu mystérieuse.
De charmantes chapelles perdues dans la campagne ponctuaient mon chemin. Je
suis entré dans l'une d'entre elles pour me rafraîchir et me recueillir. La
canicule est moins désagréable dans l'herbe et la fraîcheur des sous-bois que
dans le béton de la banlieue parisienne. Je me suis mis à détester encore plus
la capitale et sa sombre périphérie lors de cette excursion bucolique.
Nul besoin de s'exiler à l'autre bout du monde pour trouver le dépaysement
: il est à nos portes. Il suffit de s'écarter des grands axes routiers, de
pénétrer dans le coeur du pays via ses voies vicinales. L'estivant moyen ne sait
pas : il part dans le sud chercher du soleil stéréotypé et des loisirs falsifiés
alors qu'à deux pas de chez lui sont cachées les vraies richesses de l'hexagone.
Il faut juste savoir regarder.
Au fil de ces étapes j'ai croisé maintes églises admirables, entourées de
champs et de pâturages. Humbles, historiques, pittoresques, elles m'ont laissé
une saveur de bonheur simple et authentique. Moi-même issu de terres reculées,
j'ignorais qu'il pût exister de semblables endroits épargnés par la civilisation
urbaine. Ces modestes villages forment une véritable mosaïque d'Arcadies.
Précisément, ces choses qu'on ne remarque pas, en consultant la mappemonde, sont
les plus précieuses.
Autrefois on appelait les coins encore inexplorés de la planète "terrae
incognitae".
On pourrait dire que ces espaces verts que j'ai traversés sont les zones
blanches du tourisme de masse. Ces parties vides sur le plan dépliant sont en
réalité de véritables trésors. Préservés de la bêtise des vacanciers. Le
touriste de base ne voit aucun intérêt à explorer ces profondeurs rurales : trop
proches de chez lui, pas assez exotiques à son goût. Dieu merci, cette belle
France est boudée par ces idiots en shorts !
J'ai l'intention de retourner m'égarer dans ces royaumes de verdure aux
mille clochers, dans ces lieux bénis où tout est "terra incognita".
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