Un monde inconnu s'ouvre à moi.
Les apparences prennent une couleur inhabituelle, un sens différent. Je ne
reconnais plus rien. Ni sous mes yeux, ni intérieurement. Tout me devient
étranger. L'espace n'a plus d'ampleur, les certitudes n'ont plus de poids et les
quatre murs qui m'encerclent sont trompeurs. J'ai perdu mes repères du
quotidien.
En entrant dans ce théâtre inédit du réel, ou du rêve, ou de je ne sais
quelle inexplicable sphère, je me retrouve dans une dimension mystérieuse,
lointaine, supérieure. Au bord du vide. Je ne me rends pas vraiment compte où je
suis, mais je devine que ce royaume, c'est celui des consciences exilées.
Ici pas le moindre événement ne peut advenir parce que tout est figé.
Les objets sont là, l'air m'enveloppe et je puis me mouvoir si je veux,
mais il n'y a aucune signification à tout cela. Il n'y a plus de fondement.
L'endroit où je m'éveille n'est pas un endroit. L'horizon et les éléments ont
beau être à portée de vue, ils demeurent absents parce qu'infiniment loin de ma
compréhension. Je suis sorti d'un univers pour entrer dans un autre, sans
consistance ni saveur ni formes définies. J'ignore toujours où je me situe en
cet instant précis, mais là où je séjourne, je conçois malgré tout que c'est
l'absence, le vide, le désert.
Silence et inertie.
Les choses sont manifestes, mais une sorte de brume les nimbe. Je prête aux
faits une réalité informe, impondérable, une existence sans question ni réponse.
Ambiance bizarre... J'ai l'impression de ne plus faire partie de ce qui
m'entoure. Pourtant je puis encore m'interroger sur cet environnement où je me
trouve, parce qu'à l'instant où j'écris ces mots je commence enfin à y voir
clair...
La conclusion est en train de se former en ce moment-même dans mon esprit
égaré, à la fois simple et terrible. A présent je découvre où je m'attarde. Je
me doute bien comment se nomme cette immensité si particulière, si opaque, si
indéfinissable, et pour tout dire si ennuyeuse... Je perçois enfin où a atterri
mon âme à travers ce lieu.
Je suis nulle part.
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