samedi 17 août 2019

1515 - Lettre au maire de Saint-Malo

Mardi 21 août 2007

Monsieur le maire,

J’attire votre attention sur la gestion touristique abusive pratiquée actuellement dans la ville de Saint-Malo. Après être passé dans votre commune récemment j’en suis reparti presque immédiatement, excédé par cette forme insidieuse de harcèlement économique exercée envers le visiteur bien intentionné.

Le procédé commercial intensif de la mairie de Saint-Malo consistant à faire payer systématiquement le stationnement des automobiles (non seulement en plein mois d’août mais également aux heures dites « creuses » de la journée, le cynisme allant de pair avec l’esprit de lucre le plus opportuniste…) me semble parfaitement arbitraire, voire franchement inique.

Et même illégal, pénalement répréhensible dans la mesure où le voyageur motorisé se retrouve pris en otage, quadrillé par un vaste système d’imposition automatique particulièrement oppressant et déshumanisant (j’insiste sur ce dernier terme) où il ne lui est pas possible de poser le pied à terre sans y laisser une somme non négligeable dans quelque horodateur « hautain », si je puis me permettre ce qualificatif (1 euro cinquante pour une heure de stationnement)... Et sous quel prétexte ? C’est la question que je vous pose, Monsieur le maire.

Cette exploitation quasi commerciale -à l’échelle de la ville entière- des citoyens et des étrangers en visite n’est pas digne de la république française que j’imaginais plus respectueuse des individus, qu’ils soient estivants ou non. Je ne m’oppose nullement au système de stationnement à péage en soi. Seulement l’application outrancière, mercenaire, exagérément cupide de la loi sur le stationnement des automobiles dans votre agglomération, qui plus est odieusement déguisée sous la forme d’un dû républicain respectable, me paraît injuste et contribue à donner une image détestable de votre ville visiblement prostituée à la cause touristique la plus vulgaire, définitivement vouée à faire progresser verticalement la courbe de ses gains et profits au lieu d’assurer le bien-être, le digne et démocratique accueil de ses hôtes, ce qui devrait être me semble-t-il le premier de ses soucis.

Je vous rappelle monsieur le maire que ce sont les visiteurs et vacanciers qui font prospérer votre ville. Les assaillir de la sorte avec une forêt d’horodateurs, en faire fuir certains par une pratique excessive, agressive, éhontée de la loi sur le stationnement des véhicules, c’est fatalement en lasser un petit pourcentage, faire naître des actes d’incivilité dans le pire des cas, dans le meilleur des cas s’exposer à des réactions courtoises mais courroucées comme je le fais ici. Citoyen lucide, sensible à la dérive de certaines mairies, je me fais un devoir de m’élever contre cet état de fait.

Apprenez monsieur le maire qu’en tant que citoyen au volant de mon véhicule je ne me suis pas senti respecté par la mairie de Saint-Malo dès le seuil de la commune franchi. Juste considéré comme un payeur -non pas potentiel mais obligé- d’un minimum de 1 euro cinquante.

Le principe m’a exaspéré.

En outre, et cela ne relève pas de la responsabilité directe de la mairie je vous le concède, un certain nombre de restaurateurs exerçant dans la vieille ville ont des compétences assez limitées dans le domaine gastronomique, ce qui ajoute au ternissement de l’image de Saint-Malo qui a tendance à ressembler de plus en plus à un authentique « piège à touristes » (expression triviale mais claire, éloquente quant à la réalité des faits) plutôt qu’à l’agréable station balnéaire qu’elle fût jadis. Je n’évoque même pas la présence infâme des marchands de glaces non artisanales ni l’industrie grotesque des vendeurs de souvenirs idiots gâchant le paysage urbain de l’antique cité…

Mon propos pourra certes vous paraître virulent, voire injuste : il est fondé et est simplement à la hauteur de mon irritation face à tant de déceptions lors de mon très bref séjour dans votre ville. J’aimerais que mon avis, même s’il paraîtra déplaisant à son destinataire, ce que je peux comprendre, puisse toutefois contribuer à l’amélioration des choses dans le domaine que j’ai évoqué, et ce pour le bien public.

En attendant, je ne remettrai plus les pieds à Saint-Malo.

Je reste à votre disposition pour éventuellement parler de ce problème et vous prie de croire, monsieur le maire, à ma parfaite considération.

Raphaël Zacharie de Izarra

PS :

Pour information j’envoie également cette lettre au maire de Cancale qui pratique la même politique du « tout horodateur » sur sa commune. Je la publie parallèlement sur Internet dans des sites dédiés au civisme.

Réponse du maire de Saint-Malo à ma lettre :

J'ai bien reçu votre mail du 21 août dernier par lequel vous me faîtes part de votre mécontentement au regard des règles du plan de stationnement en ville.

Tout d'abord, il me semble utile de vous indiquer que le plan de stationnement en ville a été élaboré dans la concertation avec les représentants constitués de la société civile locale, et qu'il s'agit d'un plan d'ensemble qui, naturellement, ne se résume pas à sa seule dimension économique.

La Municipalité a la volonté de préserver la qualité de vie et la tranquillité de ses résidants et visiteurs. Pour ce faire, plusieurs dispositifs se complétant ont été mis en oeuvre. Du parking d'accueil avec navette gratuite jusqu'au stationnement dans la vieille ville, en passant par des parkings de proximité en périphérie, chacun a le choix de sa propre démarche touristique, sachant que naturellement, plus on est proche du coeur de l'intra-muros, plus la pression est forte, et le stationnement puis la rotation des véhicules doivent alors répondre à des mesures de police qui passent nécessairement, comme c'est le cas dans des villes comparables, par des incitations financières.

C'est mal connaître la situation que d'imaginer qu'il était possible de laisser les choses en l'état, et c'est d'ailleurs pour répondre à l'attente si souvent exprimée que la ville va réaliser un parking souterrain de 500 places, sous la place Saint-Vincent, à proximité immédiate de l'intra-muros, et étendre à l'avenir les parkings d'accueil.

Il est également faux de penser que durant la saison, du 15 juin au 15 septembre, il puisse y avoir des heures creuses en journée. Les relevés horaires de fréquentation des parkings, comme des transports en commun, montrent au contraire une pression permanente justifiant d'ailleurs les mesures prises.

A l'avenir, une navette en site propre devrait compléter le système en place pour assurer une meilleure desserte des parkings d'accueil.

Je souhaitais simplement vous informer de notre démarche, de façon à ce que vous ayez une approche plus globale de ce que représente la gestion dynamique des flux de circulation, en tenant compte d'intérêts divers et parfois opposés.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.

François BEE, Directeur Général des Services.

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