Le ciel me tomba sur le dos ce jour fatidique où Violette suggéra que je
lui achète une bague, c'est-à-dire deux semaines après notre première
rencontre.
Elle souhaitait recevoir de ma part un anneau d'or...
Cette minuscule chose tellement commune et légère sur le doigt dont le coût
s'annonçait d'emblée exorbitant... Cette idée saugrenue de lui payer une
alliance à grands frais afin de fêter notre union se tenait si loin de mon
esprit qu'elle ne l'effleura pas une fois. Bref, je fus pris au dépourvu. Que
répondre à un tel séisme ?
Je devais de toute urgence lui faire changer d'avis. Si je cédais à son
caprice, il était évident que la totalité de ma bourse y passerait. Je savais
que je pouvais éviter cette catastrophe, même si le défi s'avérait difficile :
j'avais en face de moi une femme, autrement dit la pire des créatures
engloutisseuses d'argent.
Il fallait simplement que j'eusse le courage de ne plus alimenter ce panier
percé et que je trouvasse n'importe quel prétexte pour annuler cette pensée de
sa tête. Et toutes les autres de ce genre qui viendraient éventuellement s'y
implanter. J'essayai de la persuader de l'inutilité d'une telle dépense :
— Violette, le plus pur joyau que je puis t'offrir s'appelle l'amour et il est logé au fond de mon coeur. Nul besoin d'aller chez le bijoutier pour te
prouver que cette flamme me brûle et m'éclaire de l'intérieur. Ces mots que tu
entends de ma bouche devraient te suffire, non ? Ce n'est pas quelques onces de
je ne sais quel métal précieux qui apporteront davantage de poids à mes paroles.
Ce qui compte, sois-en certaine, c'est la qualité de l'âme, non celle de ces
onéreux artifices qui ne brillent que de l'extérieur !
Contre toute attente, elle fut éblouie par mon piètre argument. Je ne
croyais pas tant que ça moi-même à cette entreprise désespérée, mais n'ayant
rien à perdre je voulais absolument tenter le coup. Et cela avait marché !
J'estimais m'en être bien tiré.
Avec une facilité surprenante, je venais d'échapper de justesse à
l'anéantissement de mes économies, ce trésor de ma vie. Alors que je redoutais
de devoir mener une longue et épuisante bataille intellectuelle pour défendre ma
cause...
Elle avait renoncé à ce cadeau hors de prix. Mon soulagement fut à la
hauteur de la cherté de ce futile ornement...
Ainsi je découvris, à mon bénéfice, que son point faible résidait dans sa
propension à se laisser désarmer par le lustre relatif de mon verbe.
Pour l'avenir je pourrais mettre à profit cet avantage et limiter la casse
en lui destinant les jets spontanés de ma verve.