Quand Violette me souriait, c'était comme si je gagnais une faveur de haut
prix.
J'avais l'impression de recevoir un colis gratuit par la poste, un billet
de banque en échange de rien d'autre que ma gratitude, un cadeau offert par le
soleil.
Je me trouvais devant une machine à sous où je ne perdais jamais.
J'expérimentais une sorte de système ouvert ne distribuant que des
avantages. Un sourire sincère ne coûtant pas un centime à produire, le fait d'en
être le destinataire me donnait le sentiment de bénéficier d'un cercle vertueux.
Tout cela fonctionnait bien entendu hors du monde bancaire, sur des bases
différentes que celles des interactions purement économiques, exactement à
l'image d'une graine que l'on plante : elle germe toute seule pour présenter une
fleur à l'univers.
Certes l'on peut toujours monnayer la rose qui sort de terre, l'empaqueter,
l'emballer sous du cellophane, l'étiqueter et la déposer sur un étal dans une
boutique. Mais ces artifices à but mercantile n'ôtent ni le charme ni le
caractère miraculeux du bourgeon issu du terreau.
De même l'on pourrait faire payer aux hommes le spectacle naturel du clair
de lune, une promenade sous la pluie ou une soirée en solitaire à la chandelle.
Ce serait absurde et cependant envisageable : il existe bien des lois qui
interdisent à quiconque de chanter une chanson publiquement s'il n'en possède
pas les droits d'auteur. À moins que l'oiseau chanteur n'achète cette
permission, le tribunal lui coupera le sifflet.
Fort de ces considérations, je voyais les choses de manière gratifiante.