Violette suivait assidûment la mode. Coquette et ancrée dans son siècle.
Elle n'était insensible ni aux idées ni aux vêtements en vogue. Elle en
incarnait même le reflet le plus fidèle, aussi bien à travers ses pensées
allégées que dans ses allures féminines. Tout chez elle reluisait de ces
pacotilles passagères.
Avec un pied dans son monde de mondanités et un autre dans mon antre
d'avare, elle se sentait tiraillée entre son univers rutilant et soyeux et les
charmes terreux de ma piaule de pingre. Savait-elle où se trouvait véritablement
la lumière à suivre ? Celle issue de mon trou austère, ou bien celle émanant des
néons flatteurs des marchands de futilités ?
Elle avait manifestement conscience de la valeur du modèle extrême que je
représentais. À ses yeux, je personnifiais un but âpre et estimable. Sous les
dehors ignobles, sordides et mesquins de mon personnage, elle percevait un
sommet.
Elle voyait en moi un idéal épineux, un amant dégageant une authentique
saveur, plein d'une vraie odeur d'humanité. Loin de ces héros proprets et
insipides que l'on croise dans la vie ordinaire. Ces derniers sentaient bon le
parfum des salons feutrés, tandis que je puais le camembert fermenté et le jus
de poubelle. Je roulais sur un vélo préhistorique et fréquentais la gent
ratière. Je vivais sur les restes de la rue, tout en amassant une fortune à la
banque.
Seules les orties, les caniveaux et les vieilles boîtes de sardines
ouvertes pouvaient me comprendre, non ces humains guindés que je côtoyais chaque
jour.
Depuis qu'elle me connaissait, Violette appartenait à deux planètes
différentes : une bleue et une rugueuse.
Une qui brillait de ses mirages et une qui tournait au rythme des rats.
Dans quel théâtre, finalement, déciderait-elle de danser ?
Lorsqu'elle se blottissait contre moi, une ombre apaisante semblait
l'envelopper. Elle ne disait mot et ne se posait plus de questions. Quelle sorte
de rêve hantait alors son esprit ?
Dans ces moments, elle n'était sûre que d'une chose : elle aimait ce foutu
radin qui doucement l'enlaçait.
Je l'étreignais amoureusement, en effet. Avec mon cœur assurément logé dans
ma poitrine.