Ainsi que toutes les femmes, Violette rêvait de diamants, de luxe et
d'artifices, et je crois que pour elle, j'incarnais une forme de ce lustre
convoité.
Mon avarice représentait à ses yeux un bijou à part entière, un jouet
unique, une rareté à exhiber avec fierté. J'étais sa parure, son habit de
sortie, son joyau sans égal. Il me semblait qu'elle donnait du prix à ma misère,
et en ce sens, me disais-je, elle tenait à moi, sachant la valeur inestimable de
ce personnage qu'elle avait déniché au fond d'une poubelle.
Elle voulait faire de moi, pensais-je, un objet en vogue, d'une certaine
manière. Elle se distinguait de ses semblables non en affichant un collier
étincelant sur sa poitrine, mais en tenant un radin à son bras. Un trésor qui
avec le temps vaudrait cher de soirée en soirée, de salon en salon, et qui
serait très demandé en ville, peut-être.
À travers ces folies que j'imaginais à son sujet, n'y avait-il pas une part
de vérité ?
Moi-même, ne considérais-je pas cette Violette comme une rose à montrer, un
faire valoir, une belle image sociale ornant ma vie de rat ? Bien sûr que oui !
Chacun de nous tirait bénéfice de cette union hors norme. Après tout,
n'étions-nous pas deux bêtes curieuses, opposées, qui venaient de se rencontrer
sur Terre ? Moi issu des ordures, elle venue d'un champ de verdure.
Nous n'étions pas du tout faits l'un pour l'autre. Et c'est cela qui nous
avait réunis. Moi le jeune grigou, elle la jolie mondaine. Moi si près de mes
sous, elle si loin de ses mesquineries.
Je l'aimais aussi fort que possible cependant.
Je désirais ardemment être et sa flamme et son ombre, tout en refusant farouchement de
devenir son tiroir-caisse. J'estimais avoir assez donné lors de l'épreuve du
restaurant. Plus question de perdre mon argent de la sorte.