Un jour Violette voulut se promener au bord de la mer. L'idée en soi ne me
paraissait nullement haïssable, bien au contraire, puisqu'en ce genre de lieu
les baignades y ont toujours été totalement gratuites, ainsi que les vagues, le
sable et le vent. Le seul problème dans cette affaire, c'était le transport, la
côte se trouvant fort loin de chez moi. Dans un premier temps je lui proposai
d'y aller à vélo. Sauf que la simple perspective de devoir pédaler pendant des
heures pour se rendre jusque là-bas lui déplaisait manifestement.
En fait je venais de tenter, en vain, de la dissuader d'entreprendre ce
voyage.
Ma ruse ayant échoué, j'essayai de lui faire miroiter les charmes d'une
mare à grenouilles toute proche. La capricieuse persistait cependant à préférer
les séductions maritimes aux chants des hôtes de la barbotière. Elle inventait
mille bonnes raisons pour que je l'emmenasse embrasser l'écume sur le rivage
sans fin situé à plus de cent kilomètres de ma chambre... Et sortait autant
d'excuses pour bouder les mystères de la flaque de boue qui lui ouvrait les bras
à proximité.
Impossible d'y échapper, me dis-je. Puisque je ne voyais nulle solution à cet ennui, il faudrait donc me résoudre à payer le train aller-retour pour deux personnes,
juste pour effectuer une trempette dans ces flots lointains... Ce qui faisait
cher le doigt de pied dans l'eau salée !
Comment éviter un tel gâchis d'argent ?
Je l'entretins doctement des dangers cachés de ces vastes étendues liquides.
L'avertis solennellement des périls qu'elle encourait à s'aventurer de la sorte à
titiller le large. Et même, plus simplement, j'évoquai avec gravité les
possibles accidents du rail. Sans parler, en admettant que nous parvenions à bon
port, des pinces des crabes, du venin des méduses, des morsures de créatures
inconnues.... Enfin, je finis par aborder le délicat sujet des attaques de
requins.
Finalement une grève ferroviaire, qui devait durer assez longtemps pour lui
ôter toute autre pensée balnéaire de la tête, me sauva de ce petit désastre
financier.
Trop heureux de ce coup de pouce du sort, j'invitai Violette à venir visiter les batraciens du coin.
Contre toute attente, elle fut ravie de découvrir tant d'êtres et de choses
en si peu d'espace.