À vingt et un ans, mes géniteurs décidèrent que je devais quitter le cocon
parental et trouver un travail.
Je dénichai immédiatement un emploi à temps complet dans ma propre piaule
afin de m'adonner à une activité d'économie me permettant d'éviter de me
fatiguer En somme, un retour astucieux à la source gratuite de ma chambre
d'adolescent où je n'avais pas de loyer à payer.
Mes parents jouant pour moi leur rôle d'état-providence estimèrent la
solution peu originale. Et cependant efficace, il durent le reconnaître. Et, en
effet, mon système semblait plutôt bien fonctionner. Certes, je ne recevais pas
de salaire. Qu'importe ! En échange je n'avais aucune charge à régler. Il ne me
restait plus qu'à me vouer à ma passion de l'épargne sans me soucier de subvenir
à mes besoins, lesquels continuaient à être toujours aussi sobres.
Je voulais faire de ma vie une œuvre pie constituée de dépenses
minimalistes pour mon portefeuille et de profit maximal en termes de jouissance.
Me contenter de peu, voilà déjà une excellente affaire ! Quel bon départ ! Je
pouvais agir encore mieux... Bonus absolument non négligeable : m'ouvrir à
toutes les opportunités me tombant dans le bec. De quoi me combler mon coeur de
ladre.
Boire mon eau avec parcimonie et avaler tant que possible le vin des
voisins en abondance, tel était mon credo de radin.
Je me rendis compte que la vraie priorité dans ma situation consistait non
pas à fonder un foyer mais à tenter au contraire de réduire les gros points
d'investissement de débours d'argent pour ne garder que les plus vitaux.
En y réfléchissant sérieusement, avoir des enfants était-il absolument
nécessaire ? Ça mange énormément de pain, la progéniture !
Et si vraiment je désirais vivre avec une compagne, nulle force majeure ne
m'empêchait d'en rencontrer une maigre, dotée d'un appétit d'oiseau. Il me
suffisait simplement de chercher l'amour dénué d'opulence, celui que l'on
cueille loin des jardins fleuris : dans les friches et les ronces.
Pour l'heure, l'urgence pour moi se résumait à me maintenir perché sur ma
branche, en sécurité dans mon nid d'assisté. Je concevais d'épatants plans de
pingre pour mon avenir et n'avais par conséquent pas de jours à perdre à me
consacrer à autre chose.
J'avançais ainsi dans l'existence sans femme.
Sauf que l'avarice était ma seule flamme.