Vous êtes devenue une vieille dame.
Quatre-vingt ans, n'est-ce pas l'âge de la grisaille, de la poussière et de
la cendre ? Vous aviez vingt-cinq printemps, jadis. Avec la beauté pour
certitude, le monde à vos pieds, une sorte d'éternité dans le regard.
Vous avez traversé plusieurs générations, telle une flamme.
On vous a vue briller, monter, voler, semblable à une lumière proche du
siècle, pareille à un éclat enraciné dans les jours. Puis ressemblant à une
étincelle de loin en loin. Brûlante au début, bleue ensuite, invisible à la
fin.
Blanche cependant.
De plus en plus abstraite. Peut-être spectrale pour le futur. Présente,
toujours.
Aussi dérangeante qu'un cierge.
Pieuse et repoussante pour les uns, lumineuse et en vogue pour les autres.
Vous êtes passée du Soleil aux brumes de l'horizon. Pour disparaître lentement
hors du ciel de France. Avec votre face de vierge et votre corps de femelle,
j'ignore si vous incarnez un ange ou bien une femme, une ailée ordinaire ou un
visage d'ailleurs.
Mais je sais que vous demeurez sous ces nues royales que je fixe
encore.
Française de naissance, chanteuse à vie, croyante jusqu'à la mort.
Au bout de ce texte très trouble, un peu vague, parfois lunaire, il ne me
restera qu'un mot à écrire, un seul : l'amour.