Pierre, le contrefait et Marie la soignante finirent par s'installer
ensemble chez cette dernière.
Sous le toit de l'infirmière, le feu était désormais quasi permanent. Sa
chambre à coucher, hier si chaste, se transformait peu à peu en autel sacré
dédié à ce monstre insatiable, à cet ogre libidineux, à ce loup lubrique logé en
ses flancs femelles et réclamant son dû quotidien.
Pierre lui octroyait sans faiblir la part de bonheur phallique que méritait
sa conjointe. Et lorsqu'il la besognait ainsi face à face, elle voyait sa bosse
danser au-dessus d'elle. À mesure qu'elle recevait les mâles assauts entre ses
reins, elle pouvait suivre du regard le mouvement chaloupé du dos de son
amant.
Alors, deux causes majeures et opposées l'agitaient en même temps. La
beauté ravageait délicieusement sa chair, pendant que la laideur lui offrait le
tableau ignoble et grotesque d'une chorégraphie simiesque.
Elle râlait de plaisir tout en contemplant le spectacle affligeant de ce
corps odieux s'essoufflant sur le sien. Elle avait parfois l'impression d'être
pénétrée par les os tordus de celui qu'elle aimait, plus que par son membre
viril, tant l'image de ses omoplates calcifiées s'imposait à elle en ces moments
intimes.
À son ivresse se mêlaient des sentiments troubles et des pensées
ambiguës.
Une étoile noire la rendait heureuse. Une lumière de rat la faisait se
sentir femme. Le visage du cauchemar lui apportait le rêve. À sa façon, le bossu
incarnait l'amour, et toutes les interrogations de mari devenaient finalement
inutiles.
À ce stade, ce qui dépassait des épaules de Pierre avait peu d'importance à
ses yeux. Seules comptaient la puissance, la chaleur, la démesure de ce glaive
qui battait son hymen.