Avec les étoiles, au moins je ne risquais pas de passer à la caisse : le
spectacle était offert par le Ciel !
Je pouvais inviter Violette à la fête nocturne en toutes occasions sans
crainte de me ruiner. Ces étincelles sidérales, lointaines, mystérieuses,
inextinguibles, brillaient comme des écus dans la nuit d'un coffre-fort. Elles
me rappelaient ma fortune placée en sécurité dans le secret de la banque.
Dans le velours du soir, je voyais les astres brûler dans l'infini. Chacune
de ces pointes d'or éparpillée dans le firmament représentait également, selon
moi, chaque centime composant mon trésor. Par leur nombre et leur lustre, ces
corps célestes étaient les reflets idéalisés de mes sous. Et je savais qu'il y
en avait des millions et des millions qui luisaient ainsi au-dessus de ma tête.
Je conservais autant de pièces de monnaie dans ma vaste bourse.
J'avais l'impression de posséder l'équivalent du Cosmos sur mon compte
bancaire. Il me semblait avoir acheté la Voie Lactée et être riche de tous ces
soleils qui, de si loin, ressemblaient finalement à de la poussière.
Ces feux stellaires avaient-ils réellement quelque chose de commun avec mes
biens consciencieusement comptés, pesés, stockés ?
Tout en serrant la main de Violette, je contemplais les innombrables
particules de lumière constituant la toile de notre galaxie. Je m'interrogeais
sur le sens de mon argent épargné. Mes économies étaient-elles un poids ou une
légèreté ? Mon patrimoine planqué se résumait-il à du plomb ou à de la fumée ?
Mon héritage enterré chez le banquier méritait-il d'être dépensé ?
Mes questions n'attendaient pas vraiment de réponses. Et ces problèmes
m'importaient peu, en vérité.
L'essentiel est que je me sentais à ma place là où je me trouvais, aussi
vivant qu'un avare.