Violette pouvait être fière de moi.
Pour elle, je m'étais délesté d'une partie de mes économies. Certes, elle
ne m'avait nullement rendu moins avare, comme elle en avait émis le souhait,
mais au moins je m'étais, pour une fois, surpassé.
Je venais, en son nom, de réaliser un exploit dont je me croyais incapable.
Non pas que j'envisageasse de renouveler cette prouesse, loin de moi cette idée.
Je me glorifiais seulement d'avoir accompli l'impensable, tout en me maudissant
secrètement pour ce gaspillage inconsidéré de finances.
Bien sûr, j'aurais pu tenter de convaincre Violette de renoncer à ce
restaurant, mais je risquais, j'en avais éminemment conscience, de la décevoir
au point de détériorer notre relation. Disons que ce plat, payé au prix de mes
larmes de rat, constitua un préjudice nécessaire.
Le seul que j'aurais à faire, je l'espérais.
Il me fallait absolument, et le plus vite possible, amener "Violette la
dépensière" à la hauteur de mes vues, sous peine que j'y abandonnasse d'autres
plumes pour ses beaux yeux.
J'acceptai, bien entendu, de perdre un peu d'argent pour la garder, mais
pas trop quand même. Vider toute ma bourse en futilités équivalait à y laisser
ma peau. J'aimais follement Violette et refusais de dilapider mon bien en
échange de ses faveurs.
D'ailleurs, elle comprenait parfaitement que je cherchais l'amour gratuit,
et c'est cela également qui l'avait séduite chez moi : l'authenticité de mon
radinisme.
Mon plus grand espoir était que Violette partageât mes valeurs, compatît à
ma souffrance à dépenser et finît par devenir économe, elle aussi.