lundi 13 janvier 2020

1555 - "Les Fleurs du Mal"

Les “Fleurs du Mal”, c’est l’odyssée des destins. 

A travers ces pages pleines de plume et de plomb, d’or et d’urée, de vents et de flots, les minables aussi bien que les géants y trouvent leur place.

Dans ce recueil qui parle de vous et de moi, et même du trou du cul puant des uns et du bec de rossignol des autres, des vivants d’hier et des morts de demain, tout ramène aux vanités comme aux sommets de chaque existence.

Dans cette oeuvre totale, pourriture et miel se côtoient, vinaigre et ambroisie se mêlent, azur et boue entrent en scène pour nous offrir une danse poético-macabre du plus méchant effet.

La chorégraphie est tantôt ogresque, tantôt céleste.

Et les champs de fleurs que l’on piétine d’une lecture innocente dégagent le doux parfum des scandales à la naphtaline.

En cette époque de scléroses cupidonesques et névroses esthétiques où il est né, le chant baudelairien apparaît comme une déculottée magistrale de la poésie !

L’Art y a perdu son slibard.

De toute façon il n'avait qu'un kiki riquiqui à cacher !

Les étoiles se torchent désormais avec le cache-sexe de la Beauté, devenu superflu. Et l’Univers montre ses couilles. Enormes, impudiques, pleines de semence d’immortalité.

Là, la lyre allégée des molles vacuités du genre est, par ailleurs, lourdement lestée d’un verbe en proie à une fièvre de cheval !

Dans ces hauteurs inédites, rose et merde y dégagent des odeurs d’idéal. De quoi incommoder quelques vieux chnoques à la foi éditoriale fragile...

Baudelaire nous montre un chemin vertical fulgurant, mais ce n’est pas sans risque. Le prix à payer est celui du vertige. Voire pire : lorsque l’Albatros nous désigne les nues, c’est aussi une manière pour lui de nous chier sur la gueule. Une autre façon en somme de nous mettre le nez dans notre propre caca. C’est précisément ce qui fut reproché à l’auteur de ces orages poétiques lors de son procès : de chanter le beau sans fard. Donc le vrai.

Et c’est cela qui nous effraie, nous enchante, nous provoque une gastro esthético-littéraire carabinée ! Pour ne pas dire “asticotique”.

Avec lui la charogne est belle en effet. Et c’est exactement ce qu’elle est : brillante au soleil, lumineuse aux yeux du poète. Puisqu’elle vient du Verbe originel, comme tout le reste la Création...

Non le Ciel et la Terre fades, édulcorés, niaiseux des frileux et des châtrés de l’esprit, mais le Cosmos couillu des éveillés. Lequel chez l’écrivain est non seulement semé de marguerites, parsemé de femmes, peuplé de papillons, teinté d’anges mais aussi maculé de foutre épais, taché de bile visqueuse et enrichi de bien d’autres humeurs indélicates plus ou moins grumeleuses, et même parfaitement éthériques, dont il a voulu se faire le chantre maudit.

Tout point culminant a son abîme, c’est le revers de chaque chose en ce monde. Toute montagne projette une ombre. Le brin d’herbe également. Et ces obscurités s’abrègent quand l’astre est au zénith. Ce qui amoindrit les mystères. Ou les épaissit, selon le point de vue...

Bref, l’immensité a ses étroitesses et la petitesse a ses profondeurs. Et lui là, le “poétard”, il a osé ! Faire sauter le caleçon de marbre d’Homère et baisser le froc de dentelles de du Bellay à coups de vers qui puent des pieds, il faut le faire !

Il a dit ce qu’il ne fallait pas penser et n’a pas plus pensé à ce qu’il allait écrire : il a simplement pondu la lumière de la vérité. Celle qui s’adresse non aux hommes mais aux âmes.

Son siècle l’a crucifié, l’éternité l’a embaumé.

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