Je chéris et loue la bêtise. La sottise est une haute qualité, une
authentique vertu, le rempart absolu contre la souveraine et tyrannique
intelligence qui l'écrase, la méprise, la persécute. La nullité est l'apanage de
ceux qui sont totalement dépourvus de lumière, et qui sont par conséquent
remplis de saines certitudes, d'inébranlables convictions, de salutaires
illusions. La lourdeur d'esprit empêche de trop cogiter, elle pousse à l'action
irréfléchie. Elle éloigne et préserve fatalement l'homme de la pensée stérile,
creuse, futile.
L'ineptie rend toujours serein tandis que la réflexion provoque
l'angoisse.
L'idiot en finit définitivement avec les incessants embêtements de la
raison en éliminant tout simplement le raisonnement. Il fallait y penser !
Le penseur, quant à lui, s'invente des problèmes. Sa lanterne est
inconfortable parce qu'elle lui montre sans voile, sans artifice, sans aucun
détour les choses les plus embarrassantes de la vie. Et puis ces êtres éveillés
cherchent toujours à régler des difficultés insolubles. Ce qui est fort peu
judicieux de leur part... Comment peuvent-ils si mal utiliser leurs précieux
neurones dont ils font si grand cas ? S'il étaient plus rationnels, moins
incompétents, ils s'ingénieraient plutôt à résoudre des affaires solubles...
Preuve de leur inutilité.
Alors que les gens sots ne s'interrogent tout simplement jamais : voilà le
secret de leur bonheur.
Les sujets stupides cultivent leur jardin sans plus se poser de questions.
Les âmes éclairées se préoccupent plutôt du temps qu'il fait au-dessus de leur
tête bien faite et en oublient totalement leurs activités horticoles. Ils s'y
désintéressent parfaitement, préférant se torturer le cerveau pour des causes
qui, aux yeux des bêtes personnes, n'en valent pas la peine.
D'où la supériorité de l'ânerie sur la finesse, qui force l'heureux élu à
cultiver son jardin. Et avec coeur encore. Alors que l'aigle supérieur dans ses
hauteurs abstraites ne fait rien pousser du tout sous ses pattes déconnectées du
sol fertile.
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