lundi 20 janvier 2020

1556 - Une question de lumière

Sur la plage j'aperçus une silhouette féminine dévêtue, frêle, qui mollement s'étirait, se prélassait sur le sable.

Les jeux d'ombres produits par le soleil cru de mi-journée accentuaient les angles de ce corps osseux.

Et je crus voir une sorcière !

Vision d'autant plus effrayante que sa chevelure éclatante faisait ressortir ses lignes sèches et ternes.

Cette femme coiffée avec soin et recherche, mais aux formes spectrales, m'apparut grotesque. Comme un cadavre paré des artifices de la vie. 

Je l'observais de loin d'un oeil moqueur, partagé entre franche consternation et fol amusement...

Je me dis que cette estivante devait être bien sotte pour se croire rayonnante...

Sa laideur en effet n'était nullement dissimulée, pas même amoindrie mais bien plutôt mise en valeur à travers cet apparat ridicule et simiesque. Un squelette affublé d'une perruque, voilà ce qui gâchait mon horizon !

L'épouvantail sommeillait sous l'azur, roulant bientôt sur lui-même pour exposer  à ma vue l'autre face de son horrible incarnation.

Cependant, ébloui par les feux féroces de l'astre et encore trop éloigné de mon objet d'étude, n'y tenant plus je voulus aller vérifier de plus près les comiques outrances de ce phénomène inesthétique, tenaillé par une curiosité certes pas très saine mais après tout humaine, compréhensible.

Je me dirigeai vers le monstre, l'air de rien, le regard furtif, le pas faussement flâneur.

A mesure que je m'approchais du laideron, ma perception de la lumière changeait. Le sujet de mes railleries, en devenant plus net, semblait étrangement moins austère.

En m'avançant encore, ses courbes qu'avec le recul je pensais affreuses car mal éclairées, s'adoucissaient de plus en plus...

Arrivé à sa hauteur, ce fut le choc.

Finalement je dus me rendre à l'évidence : le crabe que je distinguais  depuis une certaine distance était en réalité une sirène !

Et, comble de ma surprise, cette sirène portait le nom de Farrah Fawcett.

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