vendredi 22 mai 2026

2627 - Bêtise ou grandeur ?

Il ne doutait nullement de cette rencontre providentielle avec sa prochaine amante et future mère de ses enfants. Il se demandait simplement de quel côté de sa vie surgirait cette belle jeune fille idéale à laquelle il rêvait depuis toujours et qu'il désirait de toute la hideur de son dos et de toute la disgrâce de son visage. La séduirait-il en mettant en valeur sa bosse ou au contraire en tentant de la recouvrir d'artifices ? Agirait-il de manière franche et risquée ou bien habilement détournée ? Lui sourirait-elle ou lui adresserait-il sa plus repoussante grimace ?
 
Il ne remettait pas une seconde en question le fait qu'il s'octroyait le droit de réclamer le meilleur en proposant le pire. Il souhaitait ardemment échanger la beauté d'une femme contre sa laideur. D'autorité, il s'accordait sans aucun complexe ce qui à ses yeux n'était qu'un dû universel, une sorte de formalité naturelle. Même si pour le monde sa réalité passait pour une audace, voire un abus.
 
Bien qu'il fût parfaitement conscient de sa hideuse incarnation en cette misérable peau de bossu, cette histoire semblait aller de soi pour lui. Selon ses critères personnels, il méritait de trouver une compagne aux charmes inversement proportionnels à la répulsion qu'inspirait sa triste personne. Non pas spécialement parce qu'il était laid : pour la simple raison qu'il estimait être sur Terre dans le but essentiel de vivre l'amour conjugal. Et ce, indépendamment de sa naissance. Il ne voyait pas plus loin.
 
Tout cela lui paraissait légitime, évident, banal. Il se disait que s'il y avait des déshérités de son espèce qui naissaient sur ce globe riche de tant de diversités et de contrastes, fatalement c'était pour que ceux-ci décrochent le gros lot. Mais guère plus impérieusement que les gens normaux et les favorisés nés avec tous les dons.
 
Avec la possibilité de l'échec pour lui-même comme pour tous les autres humains, afin d'ajouter encore plus de sel à leur sort. Que ces hommes soient communs ou singuliers, n'affrontaient-ils pas tous des épreuves ici-bas ? Handicapé ou valide, chacun avait sa chance de gagner. Et prenait également le risque de perdre. Sauf que lui voulait absolument se donner les moyens de réussir.
 
Pierre considérait ainsi les choses.
 
Et en ce qui le concerne, il pensait que ce trésor qu'il convoitait consistait précisément à tomber dans les bras d'une créature... Ni plus ni moins. Certes il avait conscience de la difficulté de l'affaire, de la rareté de ces féminités disponibles pour se mettre à la portée de son infirmité, il ne se décourageait pourtant pas. Preuve d'intelligence ou de bêtise, qui saura le dire ?

Après avoir été battu, humilié, éconduit, il s'ingéniait à jouer dans la cour des vainqueurs.

jeudi 21 mai 2026

2626 - Une flamme en plein jour

Il se demandait comment il allait pouvoir entrer en contact avec de nouvelles potentielles conquêtes, à présent que ses vingt ans prenaient un visage définitivement repoussant. Son apparence s'empirait de mois en mois. On pouvait lire de la gravité, percevoir des ténèbres, sentir des lourdeurs sur son front encore juvénile. Sa jeunesse accentuait considérablement les reliefs de sa disgrâce. Dans la peau d'un vieillard, il eût semblé moins laid : ce genre de hideur est plus naturelle sur le dos d'un centenaire que sur celui d'un garçon de son âge.
 
Bref, le crapaud cherchait sa princesse.
 
Toute jeune femme en attente d'amour, d'idéal, de sommet, était en droit d'exiger un minimum de beauté, de force, de lumière. Lui n'avait que sa bosse à proposer en premier lieu, ensuite la hauteur de ses vues, la flamme de ses désir, la valeur de ses épines, l'authenticité de ses cauchemars.
 
Pierre avait l'envergure des êtres minuscules par leur physique et démesurés par leur pouvoir.
 
Il ressemblait en vérité à une fièvre maîtrisée : une pensée brûlante froidement raisonnable. Comparable à l'énormité d'un cumulus de feu, il incarnait la folle épaisseur d'un phacochère chassant des papillons. S'il y avait en lui objectivement de quoi choquer, surprendre, effrayer, interroger, à travers d'autres aspects plus subtils de sa personne il provoquait également rires, émois, enchantements.
 
Finalement il charmait, séduisait, éblouissait. Mais pas n'importe qui, pas tout le monde, loin de là.
 
Ainsi contrefait et aussi involontairement outrancier qu'il était, avec son regard plein de rocaille, sa tête pas belle, ses bras ballants, ses épaules de chauve-souris, fatalement il ne faisait rêver que des âmes d'exception. Des demoiselles de rang céleste, des vierges venues d'ailleurs, des créatures issues de royaumes obscurs, des paysannes nées sur des terres sombres, des ingénues descendues de crépuscules étranges. Rien que des corps légers et des esprits gonflés d'azur. Avec des ailes prolongeant leurs ovaires, de la plume à la place du poil, des bulles d'air en guise d'appas. Il désirait changer les femelles pesanteurs en aériennes conceptions.

Il ne voulait devenir le père que d'enfants qui braillent comme des étoiles.

mercredi 20 mai 2026

2625 - Fracassantes platitudes

Les mois de solitude qui suivirent cet échec sentimental furent propices à la réflexion, même si beaucoup de temps dans sa nouvelle vie fut également accordé à la vacuité. Pierre traînait son ennui et ses regrets de son lit ataraxique à la rue indiscrète, du jardin familial où germait la ciboulette aux vastes champs des alentours, allant et venant entre rêves stériles et réalités pragmatiques, songeant aussi intensément à Estelle qu'aux étoiles brillant au-dessus du potager parental, cachant pudiquement ses secrets dans les profondeurs de sa bosse.
 
Il passait ses journées à marcher en pensant à ses ex-conquêtes improbables, qui en soi étaient déjà fort miraculeuses compte tenu de cette "croix de singe" qu'il portait sur le dos. Il se considérait malgré tout chanceux d'avoir pu bénéficier de cette expérience précoce et se sentait réellement privilégié par rapport à son passé de "séducteur maudit".
 
Il déambulait ainsi en vain dans la campagne et parfois dans certains quartiers calmes de la ville, ne dévoilant son affaire qu'aux oiseaux, au vent et aux heures vides. Et cela, tout en espérant confusément faire d'autres rencontres fructueuses sur ses routes de hasard, faisant confiance à la providence, ouvert à toute opportunité pouvant surgir de ses vagabondages.
 
Sauf que, concrètement, il se heurtait à des ombres silencieuses, s'exposait à des regards obliques, se confrontait à des présences distantes : en prenant de l'âge son infirmité devenait de plus en plus outrancière. Ses lourdeurs s'accentuaient, sa démarche simiesque s'empirait, sa tête penchée se rapprochait inexorablement du sol, si bien qu'à force de se courber il semblait vieillir à très grande vitesse. Et faisait encore plus peur à voir.
 
Il cultivait énormément d'idées rassurantes sur lui-même, sur sa situation, son avenir, son destin de bossu. Il lui arrivait de croiser des filles peu avenantes, voire franchement laides. Alors il détournait le pas, fuyant résolument ces tristes représentantes de la malédiction esthétique, pressé de s'envoler vers des horizons plus flatteurs. En aucune façon il n'acceptait de percevoir ses "égales de misère" à travers les visages ingrats de ces laiderons mais plutôt ses exactes opposées, lui qui glorifiait la beauté par-dessus tout. Il éprouvait d'ailleurs un franc mépris pour ces déshéritées indignes de ses aspirations d'esthète.

Pierre savait parfaitement où il allait. Certes il s'égarait à droite et à gauche, stagnait ici et là, s'attardait sur de pesants souvenirs... Pour autant, il ne perdait pas de vue son but. C'est le reste de l'Humanité qui ignorait le sens de son chemin. Pour le moment il tournait vertigineusement en rond dans son ciel peuplé d'effarantes certitudes, loin des terrestres assises des gens visiblement raisonnables qui l'entouraient. Il se voyait comme le plus sage des éconduits, le monde le regardait du coin de l'oeil.

mardi 19 mai 2026

2624 - Entre abysse et ciel

À vingt ans, Pierre avait le meilleur et le pire devant lui. Et surtout l'impossible à mettre sous ses pieds, l'impensable sur lequel s'appuyer pour mieux s'élancer vers un nouveau sommet. Tout de difficile à entreprendre et rien d'ordinaire à espérer.
 
Repartir, courir, s'envoler et briller jusque dans les plus hautes nues. Porter sa bosse et croire aux choix du ciel, défendre quand même la beauté qu'il ne possédait pas lui-même, faire de son fardeau une ronce féconde, une ortie éclatante, une épine perçante. Bénir la malédiction qui permet d'ouvrir d'autres portes. Écouter ce chant secret de la laideur qui ne réclame nullement la justice, l'égalité ou la norme, mais qui accepte son sort et assume son tort d'être né ainsi.

Pierre ne cherchait pas à se rebeller contre la cruauté de sa naissance, au contraire. Il ne demandait aucune faveur de la part de quiconque et rendait grâces à la vie pour sa dureté à son égard. Son combat ne consistait pas à fuir son définitif statut de bossu mais à trouver le bonheur là où celui-ci l'attendait réellement, et non ailleurs. 

Il savait que dans son cas il devait se diriger vers un horizon éminemment personnel. Et peu importe que ce royaume fût fait d'ombres ou de flammes, d'astres ou de poussière, d'or ou de charbon, pourvu qu'il eût la mesure exacte de son âme. Il ne s'efforçait plus bêtement, comme jadis, à tenter d'effacer sa hideur : il aspirait simplement à être à sa place. Celle du roi nécessairement, puisqu'il y serait heureux.

Un poids l'écrasait cependant : il se réveillait chaque matin avec ces belles idées et souffrait pourtant d'avoir perdu d'Estelle. L'urgence n'était pas le futur mais le présent. Il ne s'égarait pas dans l'illusion, il s'enfonçait dans son chagrin.

Après la soupe, les larmes.

Une fois passé le répit dérisoire avant l'orage, la maigre consolation culinaire, il lui fallait affronter le feu de la déprime, supporter le soleil brûlant de la tristesse, endurer la sécheresse de sa solitude sans joie sous le plafond impassible de sa chambre devenue son enfer.

Heureusement, il arrive souvent que les forces fatales qui s'opposent s'équilibrent avantageusement : depuis les profondeurs de son trou de pauvre rat crevé, cette peine incommensurable lui donnait également des ailes démesurées.

Pierre se retrouvait dans la situation d'un papillon pris en étau entre la pesanteur d'une montagne et l'immensité de l'azur.

dimanche 17 mai 2026

2623 - La soupe pour baume

Arrivé au foyer parental, plutôt que d'aller s'enfermer dans sa chambre ainsi que l'aurait fait n'importe quel amoureux en peine, il décida de donner sa chance à la soupe à la ciboulette. Pas parce qu'il avait particulièrement faim, non. Simplement pour ajouter un sel inattendu à son sort, offrir des ailes à l'insignifiance, laisser la parole aux choses modestes, s'accrocher aux jours qui brillent malgré tout à travers leurs plus humbles aspects, se replacer à la hauteur du réel. En somme, afin de créer de l'espoir dans un moindre espace tandis qu'il se trouvait au ras du sol. Comme un rat chassé d'un salon qui, désormais privé de ses festins de luxe, au lieu de se morfondre et de crever bêtement la tête dans les nues choisirait de s'engraisser joyeusement de pain noir au fond de la cave, le nez dans des affaires davantage à sa portée.
 
Après tant de heurts et de caresses, de sommets et de chutes, de gloires et de misères, Pierre en était là dans son existence de bossu en quête d'amour, là et pas ailleurs : savourer pleinement un bon bouillon qui tient au corps. Revenir à des bases solides et rassurantes, le coeur froid, les pieds sur terre. Loin des douleurs sentimentales, proche des sensations primaires, les pensées vides, l'âme anéantie mais le ventre plein.
 
Et puis il lui fallait bien reconnaître une évidence que beaucoup de jeunes gens dans son cas auraient eu tendance à oublier en un tel contexte : l'excellence du mets qu'on lui avait servi à la table de son quotidien. De quoi maintenir son humeur au-dessus de ses semelles. Si à la suite de cet échec avec Estelle il ne pouvait follement remonter son moral à un niveau aussi élevé qu'hier, au moins il ne se noyait pas aujourd'hui avec déraison dans un chagrin stérile. Au contraire il nageait fort avantageusement dans un bol fumant de légumes frais et d'herbes aromatiques aux vertus réconfortantes et régénératrices.
 
Il ne se situait pas ici dans des abstractions romantiques.
 
Ce liquide chaud et grassement épais qui coulait dans sa gorge, ces primeurs finement coupés qui passaient sous son palais d'esthète, ces épices qui brûlaient délicieusement sa tristesse, ce fumet clair qui repoussait les lourds nuages de son crâne enfin, devenaient les seules réalités de l'instant. Tout cela contribuait à mettre de la lumière dans son crépuscule, du feu dans sa journée glaciale. Estelle n'existait plus pour lui. Il lui restait ce breuvage nourricier entre les mains, cette possibilité de bonheur simple et vrai, cette opportunité de déguster encore la vie.
 
Quel meilleur remède pour un foutu déshérité de naissance de son espèce qu'une soupière frémissante de saveurs jardinières ?
 
Ce nouveau départ, Pierre le dût aux dons de cuisinière de sa mère. Impénétrables voies de la providence !

samedi 16 mai 2026

2622 - L'épouvantail vainqueur

Ils se revirent le lendemain à l'ombre de l'épouvantail, loin des bruits du monde.
 
Estelle voulut résolument revenir vers la grande figure de bois verticale, si fièrement dressée vers les nuages. La vision de la veille l'avait définitivement heurtée.
 
— Pierre, ta bosse me blesse et je ne veux plus la voir. Ta laideur est dure à supporter. Je croyais trouver de la légèreté sur ton dos, je n'y ai découvert qu'un outrage à la beauté. Juste une douleur, aucun éclat.
 
Elle préférait visiblement les rêves troubles aux jours clairs d'une réalité trop triviale. Elle était faite pour les fleurs et les spectres, les songes et les orages, les fables et les hurlements des loups, toutes ces choses effrayantes et charmantes appartenant à son univers crépusculaire et onirique. Et non pour les nabots de son espèce condamnés à demeurer têtes baissées. Elle cherchait du panache, de la plume et de la flamme dans les ronces, les souches, les astres et les visages ! En face d'elle il n'y avait plus qu'un bossu incapable de lui offrir rien d'autre que sa hideur dénuée d'artifice. Elle s'était trompée.
 
— Va quérir ailleurs un ciel à ta véritable mesure. Le mien est peuplé de géants quasi éthérés aux belles ailes azurées. Et je crois bien que le tien comporte surtout des rats réels, à ton image. Je doute que nous soyons faits pour partager le même théâtre.

Ces mots fatidiques accablèrent Pierre très épris de la jeune fille. Sa peine fut toutefois un peu atténuée par cette franchise qui lui allait droit au coeur. Il appréciait par-dessus tout les expressions directes de la vérité. Ces paroles féroces qui aurait fait pleurer n'importe quel garçon sensible le caressaient, en ce qui le concerne. Il n'en éprouvait que davantage d'estime à l'égard d'Estelle : elle lui parlait avec cette sincérité cruelle qu'il considérait comme une vraie marque de respect à son endroit. Il ne tenta pas de la convaincre. La triste idée de se vautrer lamentablement à ses pieds pour la supplier de sauver cette relation ne l'effleura nullement. Elle avait le droit de penser ainsi. Et puisqu'elle le percevait de telle manière, le plaçant au rang des rampants, il s'éloignera de celle qu'il aimait en se montrant le roi des ragondins. Faute de hauteur correspondant aux critères irréels d'Estelle, l'infirme éconduit aura au moins l'envergure maximale des petits de sa condition.

— Estelle, je te comprends. Je souffre de te perdre mais c'est le jeu de la lumière et de l'obscurité, de la joie et des larmes, de la vie et de la mort. Si ces lois sont pénibles, elle sont également glorieuses. Sur l'échiquier du bonheur, l'on gagne ou l'on échoue. Et lorsqu'il faut que l'on tombe, il est toujours possible de se relever. Adieu donc Estelle, je me dirigerai vers des horizons nouveaux pour voler en compagnie d'oiseaux à ma taille et monter vers des nues plus accessibles à la poursuite d'étoiles moins lointaines.

En prononçant ces phrases pompeuses, il lisait un reste d'admiration dans le regard de son amour brisé. Il était content de cet ultime effet qu'il pouvait encore produire sur elle. Cela ne suffisait cependant pas pour qu'elle lui demande de rester. De toute évidence Pierre avait progressé dans l'art de l'éloquence, lui qui jadis fit tant de fois preuve de bêtise et d'ignorance ! Il souhaitait partir en brillant. 

Ils se quittèrent sur une dernière étreinte, tous deux pudiques. Puis Estelle le regarda disparaître derrière les gerbes de blés à présent séchées. Il ne se retourna pas. Il ressemblait à un feu qui s'éteint progressivement.

Ce qu'elle ne sut jamais, c'est que sur son chemin du retour Pierre sanglotait en silence.

vendredi 15 mai 2026

2621 - La bosse de la discorde

Ils se quittèrent en se disant "à demain", comme d'habitude. Sur le chemin du retour Pierre pensa aux conséquences de cet effeuillage avorté. Il venait de franchir la première étape importante de son histoire amoureuse. Une aventure nuptiale audacieuse, aussi émouvante que périlleuse. Une expérience ambiguë, troublante et incongrue avant l'embrasement, la fuite ou l'inertie. Ou plus exactement, un prudent effleurement des corps afin d'éprouver et la chair et les âmes. Une tentative de rapprochement, grotesque mais nécessaire, de deux êtres singuliers. L'un ému par la beauté, l'autre par la laideur.
 
Il avait immédiatement senti qu'Estelle avait été ébranlée par la vision de sa bosse dénudée. Comment aurait-elle d'ailleurs pu faire abstraction d'une telle énormité ? Le constat, certes cruel, fut néanmoins sans surprise pour lui. Il s'attendait à ce choc.
 
Le soir au dîner ses parents l'interrogèrent. Son père, sous prétexte d'humour, osa une question indiscrète :
 
— Tu ne t'es pas mis à dos la pauvre fille que tu fréquentes, à en juger par ton air contrarié ?
 
La mère intervint :
 
— Laisse-le manger sa soupe tranquillement, pour une fois qu'elle est bonne ! J'y ai ajouté un peu de ciboulette, ça relève le goût.
 
Pierre regardait son reflet dans le bouillon sur lequel il était penché. Et en effet, il trouvait sa mine soucieuse. Il ne cessait de songer aux fâcheuses répercussions de ce dévoilement dorsal. La belle allait-elle préférer s'envoler vers de plus flatteuses hauteurs, l'abandonnant à sa solitude de bossu, ou accepter de continuer d'explorer cette voie si peu engageante, la seule qu'il pût lui proposer ? Allait-elle retourner à son initial épouvantail, beaucoup plus séduisant que lui, finalement ?
 
Par bien des aspects l'effigie de bois, son double idéalisé en somme, lui faisait concurrence dans le coeur de l'amante. Au début cette dernière avait tout naturellement compris l'immense avantage de remplacer la caricature par l'humain. Sauf que le vivant se révélait davantage puant, trivial et inesthétique. Parfaitement conscient de cette rivalité entre l'éclat de l'inanimé et la misère de son anatomie débile, Pierre s'inquiétait. Il ne remettait nullement en cause le possible choix d'Estelle de se jeter dans les bras rassurants de son amour spectral, demeuré planté au même endroit, fidèle au poste, droit dans ses bottes de vigile pétrifié.
 
Après avoir ingurgité son bol, ayant perdu tout appétit le jeune infirme partit se coucher.

jeudi 14 mai 2026

2620 - Point sensible

La découverte du corps de l'autre se termina brièvement sous le regard silencieux du mannequin des vents. Aucun des amants n'alla plus loin que cette défloration visuelle. La porte des délices ne fut point franchie, tous deux s'étant arrêtés juste à l'entrée sans insister. Estelle, rebutée par la vision crue de la bosse se contenta pour sa part d'une étreinte superficielle. Quant à Pierre, il sentit de son côté la réticence de sa partenaire et, compréhensif, n'eut pas l'indécence de réclamer son dû charnel.
 
Ils se rhabillèrent.

À cet instant le bossu prit conscience de l'ampleur grandissante de sa difformité dans sa vie : même sa "folle étoile" qui semblait pourtant pouvoir surmonter cet aspect prétendument secondaire de sa personne en était finalement émue. Ce qui en disait long sur la subjectivité des êtres humains et la valeur de leurs paroles. Les faits venaient de prouver l'importance de l'apparence, cette réalité essentielle contestée par ces âmes trop légères se croyant profondes. Cette vérité n'avait pas échappé à Pierre :

— Ma laideur te choque, n'est-ce pas ? 

La jeune fille ne répondit pas. 

Il reformula :

— Mon dos de lycanthrope te choque ?

Estelle n'était pas sûre du sens exact de "lycanthrope". Néanmoins en baissant les yeux elle elle avoua son dégoût :

— En effet, ce n'est pas beau à regarder.

À travers ses pensées, ses mots, son attitude et toute sa personnalité, depuis le début Estelle avait laissé entendre au garçon handicapé qu'il incarnait précisément ce qui était cher à son coeur, à savoir la singularité et non la norme. À présent qu'elle avait vu de près cette hideur qui la charmait tant à "distance respectueuse", de toute évidence celle-ci lui paraissait moins désirable. Elle représentait tout ce qu'il cherchait : beauté, douceur, esprit. Mais beauté avant tout. Beauté par-dessus tout. Pierre ne voulait pas perdre ce joyau trouvé au bord de son chemin comme un pur enchantement.

En utilisant le terme "lycanthrope" pour évoquer sa malformation dorsale, il avait tenté d'apporter un peu de lustre à son malheur. En vain. Il se retrouvait bêtement face à Estelle avec ses os tordus entre les épaules. Un fardeau plus actuel, plus visible, plus monstrueux que jamais.

mercredi 13 mai 2026

2619 - La rose et la pierre

Les idéaux, les rêves et les beaux sentiments sont une chose. La crudité du réel est une tout autre affaire !
 
Estelle, si loin du sol, si grande avec ses airs d'oiseau libre, supérieure dans ses vues, si haut perchée dans ses nues venait finalement de se fracasser contre un rocher. Cette anormalité qu'avec beaucoup trop de légèreté dans le coeur elle avait pris pour une cime se présentait soudain sous les traits d'un visage horrible. De retour sur Terre, déçue de son voyage au royaume des illusions, elle regardait Pierre de manière plus réaliste. À présent qu'elle voyait sa bosse sans artifice, elle n'y percevait plus rien de séduisant. Elle effleurait à peine le dos difforme de ses doux doigts de fée faits pour les fleurs, non pour les furoncles.
 
— Cela ne te fera pas mal si je la touche ?
 
Sa question amusa Pierre. Bien sûr que non, au contraire. Son échine était certes brisée mais nullement douloureuse. Était-ce là un chemin de fuite pour Estelle, un prétexte pour éviter de prolonger le contact ? Il contemplait en même temps la beauté affolante de ce corps de femme qui lui faisait face. Il répondit :
 
— Si tu caresses le loup, il ne te mordra pas et se laissera faire. Docile et conciliant, il a déjà enduré tous les coups, jusqu'au sang tu sais, et redoutera encore moins tes faveurs...
 
Comme cela était joliment formulé ! Pierre se montrait si inspiré qu'il se mettait à parler aussi naturellement qu'un personnage de roman. Ces quelques mots suffirent pour éblouir la jeune fille. Et à ce moment il put lire une pointe d'admiration dans les yeux de celle qui n'osait l'étreindre. Cette séduction verbale l'aida à dépasser sa répulsion première et elle s'enhardit dans son geste : ses mains se posèrent avec plus d'assurance entre les épaules de Pierre. Et là, sous ses paumes, elle sentit toute la laideur du monde.
 
Et pendant qu'elle frémissait sous son âpreté dorsale, il s'extasiait devant ses femelles éclats.
 
Le couple semblait à la fois intimement uni et totalement désaccordé. On aurait dit un duo de cordes incompatibles : une harpe aux allures célestes et un violon au buste rompu.

Ils jouaient tous deux une musique grinçante, touchante et pitoyable. Belle malgré tout. Isolés dans ce coin de nature, enlacés au milieu des herbes, entourés de verdure et de solitude, seul l'épouvantail figé dans sa contemplation du vide entendait leurs secrets dans le vent.

mardi 12 mai 2026

2618 - La minute de vérité

Et puis les choses se précipitèrent. A force de s'ennuyer dans les herbes à échanger des gestes désespérément chastes, au fil des rendez-vous ce qui ne devait jamais arriver finit par arriver quand même : lassés par toutes ces indécisions, les corps se rapprochèrent enfin, les lèvres se rencontrèrent et les feux charnels s'allumèrent.

L'heure était venue pour Estelle de franchir un cap délicat : dénuder le dos de son aimé et faire face à sa bosse. La regarder vraiment, sans le voile pudique des vêtement. Se confronter au réel après s'être tellement adonnée aux enchantements intangibles du rêve. La voir dans toute sa crudité, la toucher, la caresser, tenter de transformer cette hideur en objet de désir. L'apprivoiser, la rendre amicale, l'accepter contre sa peau, comme on le ferait avec une bête affreuse que l'on aime. 

En un mot, mettre la main sur le loup. Plonger dans la gueule hurlante. Embrasser la laideur.

Elle avait portant pensé que cela lui aurait été facile de dépasser ces simples "aspérités physiques". Elle se rendit compte en cet instant que ses doctes et jolies théories amoureuses ne résistaient pas totalement à l'âpreté des faits. Et qu'autant de contrariété esthétique n'était pas si secondaire qu'elle l'avait cru...

Pierre devinait la gêne de l'amante. Lorsque de ses doigts tremblants celle-ci commença à lui découvrir les épaules, elle eut une hésitation. Elle n'osait plus... Elle semblait vouloir se préparer avant de poursuivre. On sentait son appréhension. Ce qui au début s'apparentait à un frisson intime devenait à présent une véritable épreuve. Le bossu ne l'aida pas. Il laissa sa partenaire aller jusqu'au bout de son calvaire.

Pendant ce temps, ce dernier avait lui aussi déshabillé la jeune fille. Chacun d'eux s'affairait à dévêtir son complice. Et tandis que la belle tournait autour du pot, de son côté l'infirme lui déboutonnait son corsage. 

Estelle se décida finalement à se heurter au pire. Elle baissa entièrement la chemise du disgracié pour ne plus rien ignorer de cette monstrueuse nudité. Et au moment exact où la malformation dorsale de Pierre lui éclata au visage, sa poitrine de femme apparut également aux yeux du garçon.

Le premier fut émerveillé, la seconde horrifiée.

lundi 11 mai 2026

2617 - Passeport pour l'amour

Isolé dans ses hauteurs, ignoré du monde, Pierre se retrouvait à tourner en silence autour de son unique étoile.
 
Misérable selon les critères de la société mais glorieux en cachette, il brillait derrière les murs de sa chambre. Qui aurait pu croire qu'un tel boulet pût inspirer un cygne ? Qu'une carcasse de gargouille pût séduire le coeur d'un ange ?
 
Condamné par les apparences à traîner ses chaînes de perdant, il s'envolait loin des regards. Il disparaissait de la Terre vulgaire des mortels pour mieux s'élever dans son ciel d'esthète. On lui prêtait des pesanteurs de sanglier, des petitesses de rampant, des joies de chiot idiot. En réalité, il avait l'envergure d'un oiseau fabuleux.
 
Du moins, aux yeux de la jeune fille éprise d'épouvantails...
 
Avec ses ailes de corbeau, il planait dans le sillage des géants.
 
Splendide et effrayant, lugubre et rocailleux, fatal et augural, il rayonnait de toutes ses ombres.
 
Estelle ne voulait voir de lui que ces feux, rien que ces feux, alimentant à bon compte son imaginaire d'un autre siècle. Bercée par les images d'Épinal auxquelles renvoyaient les disgrâces de Pierre, elle aspirait à vivre avec lui un amour à la mesure de sa folie. Lorsque son infirme adoré arrivait sur le lieu habituel des rendez-vous amoureux, il apparaissait à l'horizon aussi minable qu'un cafard, pour se transformer progressivement en spectre radieux.
 
Sa laideur agissait comme une flamme auprès de la rêveuse.
 
Sous la lumière d'Estelle l'amant à l'ossature étriquée se muait en un mythe vivant. La rencontre entre l'astre éclatant et le corps brisé produisait des étincelles. En la présence de cette créature, l'infortuné à la bosse se montrait involontairement sous un jour flatteur.
 
Étrange et beau.
 
L'on pourrait penser que son admiratrice se faisait décidément beaucoup d'idées sur ce crapaud qu'elle avait elle-même changé en prince charmant... Sauf que sous les lois supérieures qui régissent le Cosmos, certaines vérités s'imposent prioritairement. En effet, en vertu du seul fait qu'elle était belle, Estelle donnait fatalement raison à Pierre.

Elle lui octroyait le rôle valorisant de miroir : il reflétait sa beauté que lui-même ne possédait pas.

L'impossible alchimie devenait alors crédible, parfaitement valide. Le bossu était digne de l'intérêt de la demoiselle. Et par conséquent, autorisé à jouer dans la cour des grands.

samedi 9 mai 2026

2616 - La gloire du polichinelle

Était-il donc condamné à véhiculer une image si pitoyable de sa condition de bossu ? Quoi qu'il fasse, ne serait-il pas systématiquement prisonnier de ces apparences ? En essayant de se donner des airs plus dignes, il ne faisait qu'empirer les choses, versant involontairement dans la caricature du nabot se prenant pour un géant...
 
Pourtant aux yeux d'Estelle il n'apparaissait nullement ridicule, au contraire. Lorsqu'il se retrouvait seul en sa compagnie, il montrait un visage flatteur de sa personne, sans se forcer, tout naturellement. Et elle le prenait avec gravité, au premier degré. Dans les bras de sa bien-aimée une réelle transfiguration s'opérait : il devenait beau.
 
Beau et crédible.
 
Ce qui n'était pas le cas dans les autres circonstances de sa vie. Les regards divergeaient radicalement à son sujet : perçu tantôt comme un Polichinelle, tantôt comme un personnage plein d'envergure, il révélait surtout l'état d'esprit ou la qualité d'âme de chacun. 

En général les hommes, majoritairement médiocres, le regardaient de haut et pitoyablement. Souvent comique, parfois insignifiant, rarement émouvant selon qu'on le rencontrait en public ou en privé, sous le soleil de la vérité ou dans l'ombre des comédies sociales, il laissait la plupart des coeurs incertains. Il fallait faire preuve d'une profonde acuité pour toucher l'essentiel à travers le voile de ses singeries car lui aussi faisait partie intégrante du théâtre humain. Au nom de quoi aurait-il échappé à la règle ?

Bref, bien qu'il demeurât puéril et risible vu depuis l'extérieur, la jeune fille le considérait avec sérieux. De fait, il ne s'affirmait que dans l'intimité de sa relation. Pour le reste du monde qui voyait avant tout sa bosse, sa disgrâce et son apparente incompatibilité avec les réalités amoureuses, il était réduit d'office à la misère de son infirmité, de ses limites, de sa laideur. Même si, par ailleurs, tous ces gens affichaient scrupuleusement une façade pétrie d'humanisme, dans le secret de leurs pensées il passait non pas pour un adulte à part entière mais pour un être inachevé. 

Pour ne pas dire, pour une demi-portion. 

Non pas qu'ils avaient tort de le penser car objectivement ils étaient dans le vrai : Pierre présentait en effet tous les aspects du naufrage congénital. Sauf qu'ils se trompaient, en toute bonne foi.

En l'état actuel Pierre avait également accédé au sommet de l'échelle conjugale. Le problème c'est qu'aucun témoin ne pouvait constater ce succès.

vendredi 8 mai 2026

2615 - Question de point de vue

Durant cette période de grâce et d'hésitation où les deux flammes se cherchaient, pour ces dernières les choses se présentaient d'une façon radicalement différente sur quasiment tous les plans.
 
Pierre s'engageait dans une nouvelle routine. Son quotidien devenait de plus en plus céleste. Certes il tournait en rond autour d'Estelle, mais il s'allégeait également. Ses parents se doutant à ses airs d'oiseau ahuri qu'il s'était envolé dans ses plus hautes nues, l'interrogèrent lors d'un déjeuner. Son père entra dans le vif du sujet :
 
— Pierre, tu as une relation, n'est-ce pas ? Tu te hâtes chaque jour à la même heure dans la même direction, il est évident qu'une fille t'attend au bout du chemin.
 
Sa mère ajouta :
 
— Il s'agit, je suppose, de cette folle qui parle aux épouvantails que tu évoquais l'autre fois ?
 
Ce drôle d'amant courbé vers son assiette ne ressemblait décidément pas à un séducteur. Avec son échine saillante et ses épaules anguleuses, il faisait plus penser à une chauve-souris qu'à un joli coeur. Aussi sa réponse contrastait-elle comiquement avec son apparence :
 
— Je vais bientôt avoir vingt ans. L'âge des grandes amours. Les forces de la vie m'emportent malgré moi là où je dois aller.
 
Comment pouvait-il être crédible ? Il avait prononcé ces mots avec l'assurance de ceux qui se croient au-dessus de la mêlée, lui qui se situait si bas sur l'échiquier amoureux !
 
Après un silence, il reprit :
 
— En effet, c'est bien d'elle dont il est question et cette demoiselle s'appelle Estelle. J'ignore si elle a l'esprit égaré ou non. Je ne nie pas qu'elle semble hors du monde, aussi éloignée de la Terre qu'une étoile. Enfin, l'essentiel à mes yeux, ce ne sont pas ses pensées... Seules ses ailes m'intéressent vraiment. Oui, ce papillon me plaît. Le reste a peu d'importance. Elle vole, tout comme moi. Ou plutôt, elle demeure perchée dans ses sommets. Et n'en redescend point.
 
Il avait employé le terme "point" au lieu d'utiliser un banal "pas". Étant donné sa situation, il se sentait en droit de mettre une pointe de lustre dans son langage. Sauf que la réaction de ses géniteurs fut le contraire de celle espérée : ce "point" qui sonnait d'une manière tellement saugrenue en ces circonstances les firent rire.
 
Pierre vivait là les moments cruciaux de son existence.

Il voulait se donner des allures sérieuses mais sa bosse le rattrapait systématiquement et rendait la moindre de ses postures grotesque.

mercredi 6 mai 2026

2614 - Entre sol et ciel

Étaient-ils sûrs de leurs beaux sentiments ? Elle l'âme poétique éprise d'épouvantails qui tremblait à l'idée d'en voir un se déshabiller, lui le conquérant d'étoiles aux allures de phacochère hésitant à se montrer sous ses flammes de bête...
 
Ils se virent de manière parfaitement chaste durant un mois. Pour Pierre ce furent des allers-retours entre les murs de sa chambre et l'espace illimité du "champ verdoyant de l'amour". Pour Estelle, des attentes fébriles afin d'assister au spectacle de la "bosse ambulante" apparaissant à travers les flots de blé. D'ailleurs ces derniers, en croissant, finirent par dépasser entièrement le marcheur au dos voûté, si bien que la jeune fille l'observait non plus à distance, progressivement, mais se trouvait soudainement en sa présence, de près, comme l'intrusion d'un cauchemar.
 
Une fois réunis, tous deux entreprenaient alors une chorégraphie embarrassée et informelle dans laquelle ils évoluaient entre la platitude des honnêtes étreintes et l'incertitude de leur issue. Au final, il ne se passait pas grand-chose.
 
Leur ivresse se situait là. Dans le vertige de la retenue. Ils remplissaient leurs heures précieuses de ces riens qui voulaient dire beaucoup. Certes, mais quoi ?
 
N'importe quel témoin qui aurait vu repartir ces amoureux à la fin de la journée chacun chez soi la mine fatiguée, les cheveux en broussaille, le pas traînant, aurait conclu qu'ils faisaient quotidiennement acte charnel au milieu des herbes. En réalité leurs rendez-vous épuisants d'ennui, décevants de stérilité, monotones de répétitivité ne débouchaient que sur des rêves sans lendemain.
 
Ils s'étendaient dans la végétation et se roulaient dans les nuages, s'envolaient dans l'azur, se rejoignaient dans les nues, s'approchaient l'un de l'autre, effleuraient leurs corps...
 
Pour se retrouver très concrètement au même point de départ. Allongés sur le sol, main dans la main. Et pas davantage de geste.
 
Ils n'allaient pas plus loin que les hauteurs virtuelles de leur idéal désincarné. On aurait dit qu'ils repoussaient sans cesse le moment fatidique de se découvrir enfin.

Avaient-ils si peur de se regarder dans leur vérité, de se dévoiler dans leur trouble, elle le papillon trop léger, lui le rocher trop lourd ?

mardi 5 mai 2026

2613 - Feux prudents

C'était entendu, la "belle" s'alliait donc avec le "bossu".
 
Par ces mots leur relation spontanée se scellait implicitement : la fille avait trouvé son palpitant épouvantail, Pierre sa brillante étoile.
 
L'une jouait à la poupée cassée, l'autre admirait sa merveille. La rêveuse avait son vivant hochet de chair, l'esthète sa potiche à contempler.
 
Les deux jeunes gens se revirent régulièrement dans les prés, en pleine verdure. Pierre volait chaque jour depuis chez ses parents pour la rejoindre aux alentours de la ferme familiale. Ils se cachaient ensemble dans les herbes hautes comme des enfants espiègles. Elle l'attendait avec fébrilité en début d'après-midi. Et le voyait arriver de loin avec sa démarche si particulière.
 
En fait, c'est sa bosse qu'elle apercevait en premier.
 
Celle-ci dépassait de la ligne mouvante d'un champ de blé bercé par la brise. Tel un monticule surplombant le reste de son corps, elle apparaissait et disparaissait au gré des vagues de céréales sous le vent. La tête baissée de Pierre ne devenait visible qu'au bout d'un certain temps : au fur et à mesure qu'il s'approchait d'Estelle, son visage ingrat venait s'ajouter au tableau grotesque de sa difformité dorsale.
 
Le monstre s'acheminait vers les flammes du rendez-vous quotidien, Estelle était aux anges.
 
Ils s'enlaçaient, heureux de se retrouver après une nuit de séparation. Puis s'ennuyaient assez vite.
 
Ils n'osaient pas encore s'embrasser, se caresser, se découvrir plus intimement. La peur les empêchait de se déshabiller. Estelle, bien qu'elle se sentît attirée par son "loup de laideur", appréhendait tout de même la vision d'une réalité trop crue : peut-être qu'en dénudant les épaules du disgracié allait-elle se confronter à une vérité choquante ? De son côté Pierre redoutait de succomber à ses ardeurs de garçon, c'est-à-dire de passer pour un épais sanglier. De fait, avec son échine proéminente, il ressemblait déjà à la grossière bête des bois. Il aurait eu l'air fin à grogner d'aise en compagnie de cette folle fée !
 
Étendus sous les nuages, entourés de grands espaces champêtres, ils avaient beaucoup de chemin à faire pour se connaître sous le vrai soleil de l'amour.

lundi 4 mai 2026

2612 - Deux astres

Les mots que les deux solitaires s'échangèrent furent à la hauteur du choc de la rencontre. Pierre prit la parole le premier :
 
— Je suis une ombre errante, un caillou perdu, une épine dans la nuit et je cherche une étoile. Je porte en moi la marque de l'infamie et pourtant j'aime la beauté par-dessus tout.
 
Il regretta presque immédiatement cette emphase en se demandant comment sa potentielle interlocutrice allait réagir... Celle-ci prit le propos au vol comme une drôlerie et entra sans hésiter dans le jeu :
 
— Et moi je suis l'amie des réprouvés, le chantre des esseulés, l'ange des maudits.
 
Ils s'étonnèrent d'avoir prononcé ces phrases théâtrales aussi spontanément. La jeune fille poursuivit plus banalement, sur un air anodin :
 
— Vous vous promenez ?
 
Pierre, rassuré de constater que cette personne se montrât saine d'esprit après cette entrée en matière surréaliste, répondit sur le même ton convenu :
 
— Oui, je passais dans les environs. Hier je vous ai surprise en train de monologuer avec l'épouvantail et je suis revenu aujourd'hui, j'étais trop intrigué par cette affaire. Une histoire de fou qui me plaît beaucoup en fait... Je souhaitais en savoir plus.
 
— En effet, j'ai l'habitude de m'adresser à la gent inanimée. J'apprécie leur compagnie. Ces têtes de bois m'écoutent toujours attentivement et ne m'interrompent pas, contrairement aux humains. Je fais ça en cachette d'ailleurs parce que c'est plutôt mal vu. Je ne suis pas si folle que ça en réalité : je ne leur parle guère en public, j'attends d'être vraiment seule avant d'ouvrir la bouche en leur présence. Et vous venez d'où ?
 
— Je viens de loin.
 
— Oui je vois ça : je ne vous avais jamais croisé auparavant. Vous devez habiter sur la Lune, des visiteurs dans votre genre ça se remarque !
 
— Je loge dans ma chambre, on peut dire que ma bulle ressemble au globe lunaire. Là où je dors, c'est mon repère. "REPÈRE" avec un "È" accent grave, je précise. Tous mes rêves partent de mon lit et s'envolent assez haut, je dois le reconnaître. Et vous, qui êtes-vous ?
 
— Moi je suis issue d'une terre pleine de légèreté. Mes parents sont fermiers, j'ai pour soeurs les vaches de notre étable et pour frères les spectres plantés dans les champs. Je pense être née pour découvrir ce qui brille derrière les choses.
 
Pierre conclut ces échanges qui firent sourire la demoiselle.
 
— Vous êtes belle et je suis bossu, ne sommes-nous pas faits pour nous entendre ? Je m'appelle Pierre.

— Et moi je me prénomme Estelle.

dimanche 3 mai 2026

2611 - Choc en plein champ

Le jour-même, juste après le déjeuner, le temps de s'enivrer d'eau plate et de rêves vertigineux, il décida bon d'aller retrouver cette étrange fille là où il l'avait découverte : au sommet de son envol de nabot. Plus précisément en pleine campagne, entre un troupeau de vaches endormies et un tas de fumier croupissant. C'est ainsi qu'il repartit vers ses nuages, le pas leste, le dos altier. Il repassa à la même heure à l'endroit où la veille il vit la merveille. Et elle était encore là, folle, mystérieuse, irréelle, toujours à parler à la lugubre marionnette. Cette fois la belle inconnue aperçut Pierre qui l'observait.
 
Son regard passa de la carcasse de bois à l'épouvantail de chair.
 
Et là, ce fut pour elle une sorte d'éblouissement. Un choc. Elle fixa le bossu, l'air incrédule. La jeune femme venait de rencontrer sa propre folie : à quelques dizaines de mètres d'elle se tenait la parfaite incarnation de ses songeries.
 
Bien mieux qu'une simple poupée d'effroi grandeur nature et totalement inerte, à travers cet intrus tordu elle avait affaire à un vivant personnage issu des fables ancestrales. Une délicieuse figure de cauchemar de nature à alimenter son goût de la littérature folklorique : de toute évidence, cette solitaire des champs était versée dans l'univers des contes fantastiques. Il fallait avoir la vue fine pour se rendre compte que son attitude extravagante reflétait ses feux profonds.
 
Elle s'approcha de Pierre et ce dernier put l'examiner distinctement. Vêtue à l'ancienne, ses traits de porcelaine et son corps de déesse impressionnèrent le disgracié. De loin elle paraissait féérique, de près elle devenait humaine. Il frémit : son monde d'ombres et de fantômes se matérialisait subitement. Il ne s'agissait plus désormais pour lui de poursuivre des chimères mais d'affronter la brutalité de la beauté incarnée.
 
Une louve affamée de lumière lui faisait face, qui réclamait sa part de ciel. Il allait lui offrir sa bosse, sa laideur et son sort maudit pour concrétiser ce festin de flammes.

Entre ces deux êtres singuliers le contact fut étincelant.

vendredi 1 mai 2026

2610 - Pierre "présente" l'apparition à ses parents

Le lendemain au déjeuner Pierre se confia à ses parents.
 
— Hier j'ai surpris une étrange fille dans un champ. Elle paraissait être éprise d'un épouvantail et lui adressait des paroles insensées. Elle exprima les choses les plus folles que j'ai jamais entendues. J'ai cru comprendre qu'elle lui racontait des histoires irréelles, des sortes de contes des temps anciens... D'où peut-elle sortir ?
 
Son père devina le secret de son coeur et décela même une flamme dans son regard :
 
— Une pauvre gamine qui a dû perdre la raison à force de vivre dans sa cambrousse, assurément. Ça arrive plus souvent qu'on ne l'imagine, tu sais. Elle était comment ?
 
— Belle ! Belle et mystérieuse à la vérité. Je l'ai aperçue de loin, depuis de bord de la route. On aurait dit qu'elle se tenait en retrait du monde, là en plein milieu des sillons en compagnie de son drôle de compagnon fait de bâtons et de haillons...
 
— Ha oui ? Et si tu la revois, que comptes-tu donc faire ?
 
À cette question, Pierre demeura silencieux. Sa mère intervint :
 
— Seule une tarée de cette envergure pourrait s'intéresser à un bossu aussi laid que toi. Si en plus elle est vraiment avenante, comme tu le prétends, alors tu décrocheras le gros lot ! Les deux autres bécasses que tu as connues, Marguerite et Rose, ne semblaient pas assez timbrées pour rester durablement aux côtés d'un chameau de ton espèce.
 
— En effet, reprit son mari. Avec cette dingue de haut niveau tu as tes chances. Profites-en pour l'aborder. Elle est peut-être capable de tomber sincèrement amoureuse de ta bosse. Si sa folie est profonde, elle se montrera moins superficielle que les précédentes blondinettes animées de sentiments bien légers.
 
Ses géniteurs, spirituellement éveillés, aux antipodes de toute pensée aseptisée, parlaient non pas avec la mièvrerie des tempéraments tièdes ou l'idéalisme forcé des hypocrites, mais avec la franchise des âmes viriles. Ils étaient lucides et répondaient à leur fils de manière réaliste. Ils ne comptaient nullement ménager leur enfant infirme, au contraire : ils souhaitaient l'aguerrir, l'initier sans détour aux dures réalités de la vie. Et surtout ne pas lui mentir. Selon eux la vraie pédagogie consistait à tenir ce genre de discours courageux et pragmatique.
 
Dans son emportement, n'avait-il pas seulement un peu trop idéalisé cette personne ressemblant visiblement à un rêve ? Cette dernière brillait-elle d'un si précieux éclat ? En parfait esthète, Pierre pouvait facilement s'émouvoir de beautés que, par ailleurs, le reste de l'Humanité jugerait fort discutables...

À la fin de repas, il n'avait presque rien mangé.

jeudi 30 avril 2026

2609 - Elle parlait à un épouvantail

C'est ainsi que plein de flammes nouvelles dans le coeur et de rêves renforcés dans les semelles, il reprit la route vers d'aléatoires aventures amoureuses, sillonnant sentiers boisés et chemins de campagne, traversant villages inconnus et hameaux perdus au gré de ses pas de cloche brisée.
 
Et puis, alors qu'il marchait depuis des heures vers son but hypothétique, en passant au bord d'un champ il aperçut un étrange personnage qui parlait seul. Ou plutôt, qui s'adressait à un épouvantail planté au milieu des sillons.
 
Une femme.
 
Un bel ange féminin, une enfant de la Terre venue d'on ne sait quel horizon. Une créature née d'un ciel idéal ou issue d'une ferme aux alentours, comment savoir ? Peu importe son origine : Pierre avait affaire ici à un être précieux, assurément.
 
Il s'arrêta et l'observa de loin, intrigué. Elle était effectivement en grande conversation avec cette chose inanimée. Plus précisément, il s'agissait d'un monologue. Il ne saisissait pas tous les mots qu'elle disait mais d'après les bribes de phrases qu'il parvenait à capter, il comprenait à peu près ce quelle racontait : des histoires folles, des faits extraordinaires, des pensées d'un autre monde. La bavarde avait l'air convaincue que le bonhomme de bois l'écoutait.
 
Tournée vers l'objet de son unique attention, l'improbable apparition semblait ne pas avoir vu le jeune bossu. Trop occupée à "dialoguer" avec son muet interlocuteur fiché comme un pieu sur la parcelle de terrain, elle était ailleurs, plongée dans ses nues. Et ne cessait de destiner ses paroles de feu au mannequin de chiffons et de paille.
 
Elle évoquait des voyages fabuleux, des envols vers des sphères supérieures. De sa bouche sortaient des immensités radieuses, des royaumes ensevelis sous les brumes, des paysages énigmatiques et des châteaux lointains... Visiblement un univers intérieur secret, dense et fécond l'habitait.
 
Pierre resta un moment à épier cette drôle de fille. Elle se concertait toujours avec l'immobile silhouette qui lui faisait face. Cela dura assez longtemps. Impressionné par la beauté de la demoiselle mais également par la situation hors norme, il n'osa pas s'approcher et préféra continuer discrètement à vagabonder.
 
Il parcourut encore une longue distance en repensant à cette curieuse rencontre. Puis une fois son trajet hasardeux effectué, selon son habitude il retourna chez lui, fatigué. Arrivé le soir au foyer parental, la vision de cet incompréhensible duo champêtre le poursuivit jusque dans son lit.
 
Qui donc était cette vénusté conversant avec ce spectre pastoral parfaitement impassible ?

Cette nuit-là ses songes furent peuplés de chants d'amour et de visages effrayants.

mercredi 29 avril 2026

2608 - Bête et bossu ?

Il avait réfléchi toute la nuit dans le cocon de sa chambre. Il devait se jeter dans le vide sans filet.
 
Sa décision était à la hauteur de son drame : puisqu'il se trouvait en état mental de ne pas faire autrement que conquérir l'impossible, il affronterait l'inévitable. La chute dans les flammes pour ne pas passer à côté de son sort, pour tomber d'encore plus haut, pour mourir sous le Soleil peut-être. Surtout, pour se retrouver là où il devait être, sous peine d'inertie. Oser se dresser devant l'indicible, impérieusement, fatalement. Se tenir au bord du vertige, entre éblouissement et anéantissement.
 
Choisir l'action, rester dans le danger, demeurer en pleine tempête, tremblant mais la tête relevée. Courbé mais debout. Ecrasé mais vivant. Fier de braver l'insurmontable au lieu de le fuir prudemment.
 
Seul avec sa bosse et ses rêves, face à son destin.
 
Tant de laideur chez lui justifiait un tel défi : exécuter le saut périlleux jusqu'à prendre le risque de s'exposer au ridicule. Après l'épreuve mortifiante de sa raclée publique quelques années auparavant, ne pouvait-il pas se permettre ce feu magistral ? Brûler dans l'échec ou briller dans la gloire, à ce degré ultime la folie serait la même.
 
Pierre voulait tenter le plongeon des imbéciles. Quand le matin il se sentit prêt pour la démonstration du pire, il entreprit une énième sortie hasardeuse en direction de l'inconnu. Une fois de plus partit chercher une femme, rencontrer la foudre, se fracasser contre l'amour. Ou l'indifférence.
 
Dès qu'il franchit le seuil de son foyer, il vit son ombre matinale. Nette, mince et bien allongée.
 
Une forme si reconnaissable... Son double d'infortune. Son égal brisé.
 
Le fantôme glissa longuement, lentement sur la route. Sa destination : la lumière. Ou le crépuscule. Loin, ailleurs, nul se sait où.

Un voyage aléatoire vers lui-même. La progression de la bêtise inspirée par l'espoir : cette lueur lointaine qui donne des ailes aux pierres.

mardi 28 avril 2026

2607 - Campagne triste

La solitude, cette âpre compagne que j'aime tant ordinairement, me pèse certains jours. Surtout aux heures de pluie. Je m'enfonce alors dans la boue des chemins, traîne dans les champs, m'ennuie dans la campagne, pleure sans témoin. Et mes rêves de vagabond sont écrasés sous le poids du ciel, se brisent contre les pierres, disparaissent dans les flaques.
 
Et je me retrouve nu au coeur de la grisaille. J'ai froid et la tristesse m’envahit. Je sombre dans un monde de deuil. Je me demande ce que je fais dehors, trempé, égaré parmi la végétation. Cette existence d'errance vaut-elle le prix de ce soudain accablement ? Ne serais-je pas mieux au chaud dans un salon à lire ou causer en fumant la pipe, me dis-je ?
 
Je regarde autour de moi et ne vois qu'une vaste étendue déserte. Nulle âme : rien que le silence et la mortelle verdure.
 
Serais-je donc né pour cette misère ? Les nues profondes me pénètrent et je sens en moi une immense mélancolie. J'ai envie de hurler ma peine aux nuages, de crier ma détresse à l'horizon, de verser mes larmes au vent. J'ai l'impression d'être seul à souffrir au sein de cette nature. Mais ma tristesse ne dure que le temps d'une averse.
 
Quelques oiseaux passent au-dessus de moi, les herbes s'agitent sous une brise et puis le crépuscule arrive. Les brumes se déchirent et des flammes percent les hauteurs. Mon spleen s'estompe sous l'effet de ce nouvel azur de feu.
 
Les lueurs du couchant chassent les ténèbres de ma tête et mon chapeau de paille se met à briller. Mes pensées redeviennent légères, mes pas m'emportent comme des ailes, et je m'envole.

Mes semelles restent cependant enlisées dans les lourdeurs de la terre et je ne quitte pas cet univers champêtre. Je demeure toujours au même endroit et pourtant je suis déjà loin.

lundi 27 avril 2026

2606 - Une chance sur mille

Laid, abandonné, bossu, et cependant plein de flamme, il ne lui restait plus qu'à affronter plus fort, plus grand, plus beau que lui.
 
À la fois déclassé et débordant de panache, il jouait ses cartes maudites. Ces dernières étaient noires, certes. Sauf qu'avec cette misère qu'il tenait en main, il pariait le ciel. 

Les nues, le firmament, son âme et sa vie. Rien de moins.

Il avait pour lui le lot de la malchance, le poids de l'injustice, la malédiction de la naissance : sa bosse, sa laideur, sa solitude. Ses trois meilleures armes pour perdre et briller, se briser et s'envoler, mourir et brûler. Tenter le tout pour le tout et finir comme une étoile, quoi qu'il en soit.
 
S'écraser au sol pour renaître à travers des éclats de feu, se fracasser en produisant un éclair  suprême et jouir de cette lumière, tout achever sur la Terre dans une beauté finale : voilà ce qu'il pouvait encore offrir au monde et à lui-même. Échouer aussi magnifiquement qu'un astre.
 
Pierre ferait donc des étincelles.

Mais il voulait proposer beaucoup mieux : le choc, l'inattendu, le hors norme.
 
Son unique option, la plus glorieuse en vérité, se résumait à avancer sans masque, à marcher droit devant lui, à foncer les bras ouverts. Pourquoi prendre le risque du malheur lorsqu'on est assuré du pire ? Entre la caresse ordinaire et la blessure éclatante, le choix ne se présente pas nécessairement de manière tranchée pour tous.

Accueillir le jour ou lutter contre la nuit. Faire face au Soleil ou entrer dans les ténèbres. Aller en direction de sa chute avec le courage du lion et l'espoir du condamné. Ces réflexions sur sa situation lui paraissaient tantôt oiseuses, tantôt essentielles. Pourtant elles lui permettaient de progresser, de dépasser les murs de sa chambre, de trouver la force d'en sortir, de goûter à la folie des chemins, de s'enivrer de ses rêves. Accéder aux hauteurs, même peuplées d'ombre et chargées de poussière, telle était la priorité de Pierre.

Il opta pour le coup de dés. Pas pour gagner, non. 

Juste pour essayer.

dimanche 26 avril 2026

2605 - S'écraser ou s'envoler

Soudain, sa bosse devenait le problème central de sa nouvelle existence. Il n'avait pas encore vingt ans et découvrait ce que signifiait réellement le drame humain. Jusqu'alors il avait pensé ne traîner qu'un sac d'une relative importance entre ses épaules, un fardeau secondaire à rendre invisible au fil des années à travers de simples pirouettes verbales. Un poids à alléger avec le temps et des mots choisis, donc. Et si toutefois il ne réussissait pas à cacher totalement cette partie simiesque de son anatomie, il croyait que les adultes finiraient par s'habituer à son apparence de singe.
 
L'évidence était autre.
 
À cet instant Pierre se mit à songer avec sagesse et pénétration, peut-être pour la première fois de sa vie. Il émit pour lui-même des réflexions à peu près en ces termes :
 
— Les enfants finissent vite par trouver les monstres normaux à force de les voir autour d'eux. Et à leurs yeux un bossu, un nain, un être malformé, après un ou deux jours d'étonnement deviennent banals : ces âmes puériles intègrent plus facilement l'anormalité. Tandis que les grandes personnes, moins pures mais beaucoup plus lucides et raisonnables, ne parviennent jamais à admettre que l'on puisse traiter la laideur à égalité avec la beauté. Cela n'a rien d'anodin, contrairement à ce que prétendent les irresponsables et les hypocrites. La preuve : Hugo a créé une oeuvre immortelle sur le sujet, inspirée par cette dualité. L'union entre le cafard et le papillon représente une telle énormité dans l'esprit des hommes que l'illustre auteur s'est penché sur ce thème en y mettant tout son art. Aucun mortel équilibré sur Terre ne considère cette situation naturelle. S'il en était autrement, le génie littéraire français n'aurait pas daigné raconter une pareille histoire.
 
Pierre, d'habitude assez médiocre, voire franchement bête, se rendait subitement capable d'intelligence, au moins pour aborder son cas personnel.
 
Les menteurs, les négationnistes, les imposteurs de tous bords lui affirmeraient à renfort de bons sentiments et de mythes invérifiables que l'amour véritable est aveugle. Ils crieraient au ciel, aux siècles, aux cimes, aux abysses, aux vivants et aux morts qu'une bête et une fée peuvent naturellement former un couple idéal... Ces prophètes du faux sont légion et les sots qui les écoutent également. Lui ne voulait pas céder à cette facilité. Il assumait pleinement son sort et préférait regarder la réalité sans artifice, montrer son visage de chameau plutôt que porter un masque. Seul le vrai l'importait : se jeter dans le feu de la vérité au risque de se brûler, mais refuser la tiédeur, le toc, le falsifié.
 
Il savait que le monde des illusions était fait pour les faibles. Et c'est précisément parce qu'il demeurait fort qu'en pleine tourmente, tout changeait pour lui.

Sur son dos courbé il ressentit la présence d'ailes immenses.

samedi 25 avril 2026

2604 - Retour sur Terre

Piteux, il alla se réfugier dans sa chambre de solitaire en cachant ses bleus à ses parents. Il aurait eu honte de leur montrer les marques de son naufrage. Son déshonneur était immense. Frappé au visage par le fermier mais surtout sur sa bosse, son âme en fut la première touchée. Là, au bord de l'évidence, Pierre commença enfin à comprendre la situation réelle de sa vie.
 
Il eut le courage de regarder la vérité en face : il se mit devant un miroir, nu. Et il se jugea.
 
Il se trouva laid, gringalet, plus courbé qu'il ne pensait.
 
La maturité physique avait accentué ses traits ingrats. Son corps en grandissant devenait progressivement une carcasse étriquée, une sorte de foetus osseux, une chose informe et inesthétique, un assemblage anatomique anguleux et désarticulé.
 
Concrètement, qu'avait-il pour lui ?
 
Pierre se basait sur beaucoup de flatteuses certitudes à son sujet. Et là, dans la glace, il découvrait une bien maigre matière. L'illusion des hauteurs lui procurait maintenant le vertige de sa misère.
 
Le pauvre garçon se trompait depuis trop longtemps. Il croyait que sa seule flamme intérieure pouvait attirer dans ses bras les délicieuses filles de la terre, par le simple effet sur celles-ci de son éclat supposé. Juste parce qu'il les désirait avec la force de ses rêves d'infirme. Sauf qu'en réalité les papillons ne viennent danser qu'autour des fleurs saines.
 
Les faits lui montraient que ce flambeau qu'il brandissait ne suffisait pas. Marguerite et Rose, envolées en peu de temps, prouvaient que son infirmité agissait tel un repoussoir : après la curiosité, la débandade ! Pour retenir ces demoiselles il fallait ajouter du miel à la ronce qu'il incarnait.
 
Naïvement, il avait estimé aisé de faire de sa disgrâce une "richesse". Quoi de plus faux que ce tiède idéalisme ? Dans le monde, la beauté règne en maître. Et cette loi seulement demeure la bonne. À prendre ou à laisser. Et qui n'adopte pas les règles du jeu est impitoyablement fracassé. Le reste ne consiste qu'en de stériles vues de l'esprit : des balivernes destinées à berner des romantiques inconsistants, de purs mensonges inventés pour plaire à un siècle flasque.
 
"Ce n'est rien..."
 
Le songe le hantait encore. A présent ces mots résonnaient cruellement en lui. Il se surprit à douter. Et si, finalement, son dos tors n'était pas rien ? Et tout au contraire, le centre ultime de son être ? Un trou au coeur de son univers ? Le lieu même de sa propre mort ?
 
Et pourquoi pas, l'enfer des autres ?

En effet, qui donc a déjà entendu parler de "beau bossu" ?

vendredi 24 avril 2026

2603 - Loin

Parfois j'explore les profondeurs banales de la sylve en quête d'ombre et de recueillement.
 
Aux heures creuses de mes journées paisibles, sur un coup de tête je pars à la rencontre des choses ordinaires de ma vie de vagabond. Le plus près possible de mes semelles : juste au bord de mes chemins de routine. Pas la peine d’aller au-delà de ce qui se présente à moi, cela me suffit.
 
Il ne m'en faut pas beaucoup pour me sentir heureux : la friche et les buissons me séduisent, les branches mortes et l'humus m'attirent. Plein de joie à l'idée de m’engager dans des aventures florales, j'avance en toute confiance vers ces folles broussailles qui m'attendent. Pareil au hérisson, je plonge avec délices dans ces paradis végétaux.
 
Et je me retrouve au bout du monde, entre la fin de ma route pédestre et le début de mon envol. Je me faufile dans les fourrés et disparais au fond des bois.
 
Et là, au coeur des réalités communes, tout devient fabuleux. Ce qui est humble dans la Création brille à mes yeux. Pénétrant dans l'espace d'un lointain ailleurs, je vois ce que nul mortel ne soupçonne, entends ce qu'aucune oreille ne perçoit, sens des présences à la hauteur de mon chapeau, devine sous mes pas des secrets plus grands que moi.
 
Comme si je venais d'atterrir dans un rêve, tout en incarnation : avec la lourdeur de mes bottes et l'épaisseur de ma carcasse.
 
Attentif aux plantes, aux pierres, à la faune formant mon entourage anodin aux couleurs rassurantes du quotidien, je mets la main sur des trésors à portée de ma vue, à la mesure de mes désirs simples, au prix de mon bonheur de loup. Et je contemple ce que le ciel me montre, m'enivre des petits riens de la terre, prends ce que m'offre la nature.
 
L'herbe sèche me caresse et sous la piqûre de l'ortie fraîche je chante de douleur. La fleur me fait songer aux étoiles et le caillou tranchant sous ma peau m'éveille davantage. Je suis dans mon élément.

Je ramasse un morceau d'écorce sur lequel le drôle de hasard a dessiné un visage effrayant : j'en ferai cadeau à la mère Garbichon qui, j'en suis sûr, après s'être exclamée d'étonnement le jettera dans son feu ! Dans ma poche j'ajoute une pomme de pin, histoire de m'alléger encore d'un peu de poésie. Je m'imprègne jusqu'à l'ivresse des parfums de la végétation. Et puis je m'étends sur un lit de gerbes arides. Enfin, je médite.

Et finis par m'endormir autour des feuilles et des épines.

Mon voyage commence.

2602 - Le choc de la chute

Et puis un jour en cheminant ainsi à tort et à travers entre terres et nues il finit quand même par rencontrer une jeune colombe, ce qui était le but originel de ses expéditions nébuleuses. Noyé dans ses nuages tout en demeurant courbé vers le sol, il en avait en effet presque oublié ses idées amoureuses.
 
Il l'aperçut au détour d'une route de campagne, non loin de la ferme où elle habitait. La demoiselle était jolie, bien faite, mince, blonde, fort à son goût. Détail affolant pour l'infatigable quêteur de trésors : la flatteuse apparition arborait une gorge épaisse.
 
Il l'aborda directement, selon sa manière habituelle. Conscient de l'énormité de sa bosse aux yeux de l'inconnue lors de ce premier contact, en guise de diversion il pensa pouvoir se permettre une crudité de langage susceptible de passer pour de l'humour :
 
— Ha ! La charmante petite génisse que voilà ! J'irais volontiers jouer du piston à coulisse sur cette belle peau de vache à l'heure de la traite, moi !
 
Et ce qui devait arriver ne se réalisa point.
 
Certes, la pauvre enfant à la vue de l'épouvantail et en entendant ses mots choquants s'alarma, effrayée et outrée. Une fois la surprise passée, très vite elle se rendit compte d'avoir plus affaire à un drôle de personnage qu'à un pitoyable goujat. Rassurée, elle répondit :
 
— Si vous voulez me sortir votre trompette sous le museau, il faudra d'abord me montrer si la partition est bonne.
 
Non seulement la blondinette avait de l'esprit, mais également une sacrée audace... Enhardi par sa réponse, Pierre en profita pour ajouter :
 
— Soyez certaine que ma chandelle ardente est à la hauteur de votre autel zénithal !
 
Peut-être comprit-elle "hôtel génital". Il n'eut pas le loisir de le savoir : à ce moment précis le père surgit. S'étant approché en silence, il eut le temps de capter l'essentiel de la scène. Furieux de voir cet affreux bossu compter fleurette à sa fille, il le frappa à coups de bois vert en l'injuriant.
 
— Sale nabot ! Je vais t'apprendre à dénicher des poulettes de luxe moi ! Vilaine bête que tu es ! Ma princesse ne cherche pas un crapaud de ton espèce ! Non mais regarde-moi ce dos à faire peur, une vraie horreur ! Va plutôt fourrer ton cornichon de chauve-souris dans les chiottes du diable si tu veux ramasser de la femelle qui soit à ton niveau !
 
Le fermier battit copieusement le malheureux qui, blessé dans son corps disgracié autant que dans son orgueil de galant en galère, s'enfuit en abandonnant derrière lui ce rêve incarné à peine effleuré dont il ignorera le prénom... Ce qui lui faisait le plus mal, c'est que le paternel ne déraisonnait pas : se croyait-il donc si attirant que ça, lui la cloche fêlée, pour oser séduire de pareilles beautés ?

Liste des textes

2627 - Bêtise ou grandeur ?
2626 - Une flamme en plein jour
2625 - Fracassantes platitudes
2624 - Entre abysse et ciel
2623 - La soupe pour baume
2622 - L’épouvantail vainqueur
2621 - La bosse de la discorde
2620 - Point sensible
2619 - La rose et la pierre
2618 - La minute de vérité
2617 - Passeport pour l’amour
2616 - La gloire du polichinelle
2615 - Question de point de vue
2614 - Entre sol et ciel
2613 - Feux prudents
2612 - Deux astres
2611 - Choc en plein champ
2610 - Pierre "présente" l'apparition à ses parents
2609 - Elle parlait à un épouvantail
2608 - Bête et bossu ?
2607 - Campagne triste
2606 - Une chance sur mille
2605 - S’écraser ou s’envoler
2604 - Retour sur Terre
2603 - Loin
2602 - Le choc de la chute
2601 - L’amour loin du sol
2600 - Fantômes d’azur
2599 - Les rêves de Pierre
2598 - La hauteur du ciel
2597 - Le stage
2596 - Libération
2595 - La chair et l’esprit
2594 - Beauté de bossu
2593 - Dos de gnome et tête de rat
2592 - Un rêve d’amour
2591 - La femme de ménage
2590 - L’ascension de la bosse
2589 - Marcher pour s’envoler
2588 - Le trou pour gagner le ciel
2587 - Le prix du vrai
2586 - La punition
2585 - Au sommet du trou
2584 - Asile de bossu
2583 - Retraite éducative
2582 - Fuir la honte
2581 - La raclée
2580 - Bulle de verre
2579 - Deux étincelles
2578 - Etreinte
2577 - Des flammes et des ombres
2576 - La bosse au centre du débat
2575 - Choc des contraires
2574 - L’union de la discorde
2573 - La tare et la star
2572 - Première conquête
2571 - L’éclat de sa bêtise
2570 - Dur réveil
2569 - Première épreuve
2568 - Juvénile bêtise
2567 - Entrée fracassante ans l’adolescence
2566 - Le bout de ma route
2565 - Quelques oiseaux sur une branche
2564 - Pluie de joie
2563 - Polir Pierre
2562 - Redresser la barre
2561 - Mauvais garnement
2560 - Au premier rang
2559 - Cachez cette bosse !
2558 - Rigide hypocrisie
2557 - La montagne de Pierre
2556 - Mes feux de joie
2555 - Les regards
2554 - Première école
2553 - Les mares
2552 - Petite bosse
2551 - Devenir parents
2550 - Naissance
2549 - Roi des pissenlits
2548 - Secrets de chemins
2547 - Le temps des giboulées
2546 - Quand je traîne...
2545 - Les poires
2544 - Les clochers
2543 - La vieille cabane
2542 - Les granges
2541 - Les villageois
2540 - Mes bottes
2539 - Rencontres dans mes nuages
2538 - Vagabond au printemps
2537 - Dimanches de mars
2536 - La chandeleur chez les Garbichon
2535 - Mon royaume de petits riens
2534 - Soirs de pluie
2533 - Une amitié de fer et de feu
2532 - Monsieur le maire
2531 - Mes vertiges de vagabond
2530 - Expédition nocturne avec la Garbichon
2529 - Une flamme dans ma poche
2528 - La Garbichon, ma chère chevêche
2527 - Les nids de corbeaux
2526 - Jours de tempête
2525 - Matins de brouillard
2524 - Mes chemins de poussière
2523 - Là où m’emportent mes bottes
2522 - La douleur de mon âme ?
2521 - Mon manteau
2520 - L’envol de mon chapeau
2519 - Lalune, une femme de roc
2518 - L’imbroglio des conflits du Moyen-Orient
2517 - Chez Mademoiselle Lataupe
2516 - Mes riches chemins
2515 - Extase
2514 - Jour de pluie
2513 - Seul dans mon coin
2512 - Mon pain quotidien
2511 - Ma route de nuages
2510 - La paille ou la soie ?
2509 - Chez monsieur le curé
2508 - Les corbeaux dans mon sillage
2507 - Mes amies les vaches
2506 - Mes braconnages
2505 - Mes chères cheminées
2504 - Perché sur mon pommier
2503 - Mes jours de joie
2502 - La femme du notaire
2501 - Mes nuits de rêve
2500 - Mes voyages
2499 - J’ai la peau dure
2498 - Qui est-il ?
2497 - Mes lits de ronces
2496 - Les épouvantails
2495 - Un oiseau déplumé
2494 - L’endive Dunord
2493 - La mère Garbichon
2492 - A travers champs
2491 - Heureux comme un rat !
2490 - Fin de peine
2489 - Un fou dans le noir
2488 - Mon testament
2487 - Sur mon lit de mort
2486 - Mon sort carcéral
2485 - L’aventure de mon vide
2484 - J’attends la fin
2483 - Derrière les murs, il y a Dieu
2482 - Je perds mes forces
2481 - Mon cinéma
2480 - Sinistre andouille
2479 - Mon secret
2478 - Mes vues ultimes
2477 - Après la peine, la paix
2476 - Tristesse en fête
2475 - La tache
2474 - La marche des secondes
2473 - Déliré-je ?
2472 - Vieillesse
2471 - Le tour de ma cellule
2470 - Qui me croira ?
2469 - Mon avenir lointain
2468 - Mes amis les rêves
2467 - Grise nourriture
2466 - Je m’enfonce dans la nuit
2465 - Loin des femmes
2464 - Du néant vers la lumière
2463 - Mes trésors dérisoires
2462 - Aucune visite
2461 - Des ombres me parlent
2460 - Une porte s’ouvre
2459 - Les passages du temps
2458 - Le train des jours
2457 - Le directeur
2456 - Au pied du mur
2455 - La loi du plus “fer”
2454 - Ma maison
2453 - Poussière
2452 - Les larmes de la nuit
2451 - Mutisme
2450 - Mon fantôme
2449 - Hallucinations
2448 - Je compte les jours
2447 - Vie de flamme
2446 - De vagues souvenirs
2445 - Les étoiles s’éloignent de moi
2444 - Eclats de joie
2443 - Je parle aux murs
2442 - La marche des matons
2441 - Sainte à l’air
2440 - À l’ombre de ma vie
2439 - Ma geôle sans sucre d’orge
2438 - Des ombres
2437 - Les feuilles
2436 - Quelle issue à mon chemin ?
2435 - Des ailes dans la nuit
2434 - Éclat d’ange
2433 - Le temps me tue
2432 - Les flammes du silence
2431 - Plus de Lune
2430 - Un jour de plus
2429 - Mes rêves
2428 - Une journée ordinaire
2427 - Reine d’un monde
2426 - La pluie
2425 - Je perds pied
2424 - Un oiseau à ma fenêtre
2423 - L’évadé
2422 - Les barreaux
2421 - Eclats et monotonie de la prison
2420 - Les clés
2419 - Espérance
2418 - A travers la fenêtre
2417 - Les années passent
2416 - Une lettre mystérieuse
2415 - Le psychologue
2414 - La douche
2413 - Je tourne en rond
2412 - L’anniversaire
2411 - Quelques visites
2410 - Insomnies
2409 - La promenade
2408 - Mes repas
2407 - Mon lit
2406 - Les printemps
2405 - Solitude de fer
2404 - L’ennui
2403 - Tête de taulard
2402 - La fouille
2401 - Passe-temp
2400 - Les gens libres
2399 - Prière
2398 - Les heures
2397 - La mouche
2396 - La porte
2395 - Le plafond
2394 - Nulle compagnie
2393 - Bientôt fou ?
2392 - Départ
2391 - Mes geôliers
2390 - L’enfermement
2389 - Quatre murs
2388 - Des mots en guise d’ailes
2387 - Mon trou
2386 - Connexion céleste
2385 - Une flamme de l’azur
2384 - Seigneur cinglant
2383 - L’âme en l’air
2382 - Flamme verte
2381 - Au feu les plumes sombres !
2380 - Sombre forêt
2379 - Emportés par le vent
2378 - Un homme des nues
2377 - Courage de Bayrou
2376 - Un chemin sans fin
2375 - Mon univers infini
2374 - Je ne suis pas de la ville !
2373 - Seul parmi les arbres
2372 - Au bout des chemins
2371 - Mon trésor
2370 - Les cumulus
2369 - Qui donc m’observe ?
2368 - Le loup
2367 - Cauchemar
2366 - Un peu de foin
2365 - Bain de crépuscule
2364 - Voyage sous un arbre
2363 - Ma solitude de roi
2362 - Le silence
2361 - Aubes de plomb
2360 - Mes anges les corbeaux
2359 - Vertueuse verdure
2358 - Le parachute
2357 - Au bord de l’eau
2356 - J’y suis et j’y reste !
2355 - Ma soupe
2354 - Les fées n’existent pas !
2353 - Le bon air de mon exil
2352 - Un jour ordinaire
2351 - Vie de rêve
2350 - Ma solitude
2349 - Je découvre une tombe
2348 - Le randonneur
2347 - La nuit
2346 - Le braconnier
2345 - A l’ombre des arbres
2344 - Une belle journée
2343 - L’intruse
2342 - La chasse à courre
2341 - Les vers luisants
2340 - L’hôte qui pique
2339 - Dans la pénombre
2338 - Le ballon
2337 - Ma lanterne
2336 - La barque
2335 - Le chemin creux
2334 - Les deux chasseurs
2333 - Flamme noire
2332 - Deux corbeaux dans un arbre
2331 - Insomnie
2330 - Cris des corbeaux
2329 - Papillons de nuit
2328 - Froid et pluies
2327 - Les ronces
2326 - Chemins de boue
2325 - Tristesse de la forêt
2324 - Provisions de bois
2323 - Dans les buissons
2322 - Pluie matinale
2321 - Les grands arbres
2320 - Terribles crépuscules
2319 - Les rats
2318 - Un ami frappe à ma porte
2317 - Entouré de rusticité
2316 - Le sanglier
2315 - Mon sac
2314 - Le renard
2313 - Ma marmite
2312 - Des bruits dans la nuit
2311 - Les lapins
2310 - Un signe sous le ciel
2309 - La Lune vue de mon toit
2308 - Une gauchiste explosive
2307 - Sortie nocturne
2306 - Le vent sur la forêt
2305 - Un air de feu
2304 - Rêve dans les branches
2303 - L’écolo
2302 - Les papillons
2301 - La corneille
2300 - Les patates
2299 - L’escorte des souches
2298 - Un orage au dessert
2297 - Nulle femme dans ma forêt
2296 - Indispensables pommes de pin
2295 - Promenade
2294 - La pluie sur mon toit
2293 - A la chandelle
2292 - Un soir de brume
2291 - Vie de feu
2290 - La rosée matinale
2289 - Dans l’herbe
2288 - Par la fenêtre
2287 - Ma cheminée
2286 - Mes chemins d’ermite
2285 - Au réveil
2284 - Les cailloux sur mes chemins
2283 - Mes sentiments de bûche
2282 - Nuit de pleine lune en forêt
2281 - Ivresse de femme
2280 - Loin de ma grotte
2279 - Tempête dans mon trou
2278 - Baignades d'ermite
2277 - Un hibou dans la nuit
2276 - Mes ennemis les frileux
2275 - Ermite aux pieds sur terre
2274 - Mon jardin d’ermite
2273 - La récolte des fagots
2272 - Un étrange visiteur
2271 - Ma demeure d’ermite
2270 - Un homme clair
2269 - Un foyer au fond de la forêt
2268 - Les raisons du peintre
2267 - La célibataire
2266 - Les femmes
2265 - Une femme
2264 - France sous les étoiles
2263 - Un homme hors du monde
2262 - Homme de feu
2261 - Rencontre du troisième type
2260 - Voyage
2259 - Déprime
2258 - Fiers de leur race
2257 - La fille lointaine
2256 - Le Noir méchant
2255 - L’attente
2254 - J’ai entendu une musique de l’an 3000
2253 - Le modèle
2252 - Blonde ordinaire
2251 - Mâle archaïque mais authentique
2250 - La femme et la flamme
2249 - Voyages au bout de la terre
2248 - Ma chambre
2247 - Le vieil homme entre ses murs
2246 - L'ovin
2245 - Vous les mous, les mouches, les mouchards
2244 - Mon humanisme fracassant
2243 - Ma cabane sur la Lune
2242 - Les marques rouges du ciel
2241 - Je reviens !
2240 - Une fille de toque
2239 - La légèreté de la Lune
2238 - Janvier
2237 - Elena Yerevan
2236 - Oiseaux de rêve ?
2235 - J’irai vivre à la campagne
2234 - Fiers de leurs péchés
2233 - Deux faces
2232 - Le soleil de la jeunesse
2231 - Dans les bois
2230 - Nuit de vents
2229 - Mon fauteuil de lune
2228 - Le sourire d’une marguerite
2227 - Je ne suis pas antiraciste
2226 - Qui est-elle ?
2225 - L’arc-en-ciel
2224 - Je suis parti dormir sur la Lune
2223 - La sotte intelligence
2222 - Leurre ou lueur ?
2221 - Clinchamp, cet ailleurs sans fin
2220 - La tempête Trump
2219 - Femme de lune
2218 - Une plume de poids
2217 - Douches glacées
2216 - Les arbres et moi
2215 - Je pulvérise le féminisme !
2214 - J’aime les vieux “fachos”
2213 - La surprise
2212 - Promenade en forêt
2211 - Je vis dans une cabane
2210 - Plouc
2209 - Je suis un mâle primaire
2208 - Musique triste
2207 - Ma cabane au fond des bois
2206 - Hommage à Christian FROUIN
2205 - Installation sur la Lune
2204 - Barreaux brisés
2203 - Affaire Pélicot : juste retour de bâton du féminisme
2202 - L’abbé Pierre, bouc-émissaire des féministes
2201 - Par tous les flots
2200 - Votre incroyable aventure !
2199 - Je ne suis pas en vogue
2198 - Jadis, je rencontrai un extraterrestre
2197 - Dernière pitrerie
2196 - Alain Delon
2195 - Je déteste les livres !
2194 - L’esprit de la poire
2193 - Je ne suis pas citoyen du monde
2192 - Ma cabane dans la prairie
2191 - Devant l’âtre
2190 - Plus haut que tout
2189 - Pourquoi la femme vieillit si mal ?
2188 - Je prends l’avion
2187 - Sous la Lune
2186 - La pourriture de gauche
2155 - L’horloge
2154 - A la boulangerie de Mont-Saint-Jean
2153 - L’écologiste, ce primitif
2152 - Madame Junon
2151 - Chemins de pluie à Clinchamp
2150 - Voyage vers Mars
2149 - Galaxies
2148 - Je suis de la droite honteuse
2147 - Les écrivains sont des poids morts
2146 - L’héritage de Clinchamp
2145 - Clinchamp, une histoire sans fin
2144 - Vent de mystère à Clinchamp
2143 - Ma cachette à Clinchamp
2142 - Randonnée à Clinchamp
2141 - Eclipse de Lune à Clinchamp
2140 - Un arc-en-Ciel à Clinchamp
2139 - Clinchamp sous l’orage
2138 - J’ai rêvé de Clinchamp
2137 - Jour de l’An à Clinchamp
2136 - Vacances d’été à Clinchamp
2135 - Attente à Clinchamp
2134 - Un jour ordinaire à Clinchamp
2133 - Or de France
2132 - La compagne des esseulés
2131 - Loup de lumière
2130 - Spleen
2129 - Le pitre
2128 - Les corbeaux de Clinchamp
2127 - Un homme heureux à Clinchamp
2126 - Le mouton
2125 - Des lutins à Clinchamp ?
2124 - Je suis fort !
2123 - Paroles prophétiques
2122 - L’égalité entre les hommes est injuste !
2121 - L’idéaliste de gauche
2120 - La femme est la monture de l’homme
2119 - Clinchamp sous la neige
2118 - Le Nord et le Sud
2117 - Pourquoi j’aime Clinchamp ?
2116 - Convaincre Blandine
2115 - Un couple de vieillards à Clinchamp
2114 - Le facteur de Clinchamp
2113 - Tristesse et beauté à Clinchamp
2112 - L’Art
2111 - Botte à l’oeuf
2110 - Les bûcherons de Clinchamp
2109 - Le coucou de Clinchamp
2108 - BFMTV : l’écran de la vérité
2107 - Lettre anonyme
2106 - Je ne suis pas amoureux de Paris !
2105 - Un jour d’hiver à Warloy-Baillon
2104 - La femme soumise brille comme une casserole
2103 - Les chouettes de Clinchamp
2102 - Quand la tempête s’abat sur Clinchamp...
2101 - L’aile et la pierre
2100 - Mes amis les maudits
2099 - Le brouillard de Clinchamp
2098 - Artiste de gauche
2097 - L’éternité dans la tête
2096 - Toussaint à Clinchamp
2095 - Chagrin échappé
2094 - Clinchamp-sur-Mystère
2093 - Les cafards
2092 - Loup des airs
2091 - Le loup de Clinchamp
2090 - En latin, c’est plus beau !
2089 - Les patates de Clinchamp
2088 - L’enfant des airs
2087 - Ciel de France
2086 - Thaïs d’Escufon
2085 - Les tomates de Clinchamp
2084 - Jérôme Bourbon
2083 - Les chats de Clinchamp
2082 - Poupée d’ailleurs
2081 - Pierre de feu
2080 - Les champs de Clinchamp
2079 - L’éclosion
2078 - Vacuité des bouquinistes
2077 - Les toits
2076 - Freud
2075 - Sport
2074 - Le simplet de Clinchamp
2073 - Les oiseaux de Clinchamp
2072 - Je ne suis pas cartésien
2071 - Au cimetière de Clinchamp
2070 - Le Panthéon pour Hugo, l’évasion pour Izarra
2069 - Les rats de la France
2068 - Le curé de Clinchamp
2067 - Mon trou à Clinchamp
2066 - Saint-Léonard-des-Bois
2065 - Les cloches de Clinchamp
2064 - Un épouvantail à Clinchamp
2063 - Les rêves de Clinchamp
2062 - Je suis raciste
2061 - L’injustice sociale ne me choque pas
2060 - Les femmes de Clinchamp
2059 - Les jours vides de Clinchamp
2058 - Une grand-mère
2057 - Clinchamp vers 1970
2056 - La femme de soixante ans
2055 - Sale temps à Clinchamp
2054 - Un grand voyage en forêt
2053 - L’ailé et l’aliéné
2052 - Souvenirs lointains
2051 - Domestication d’une greluche
2050 - Déprime à Clinchamp
2049 - L’amour à Clinchamp
2048 - Les Droits de l'Homme, c'est la négation de l'homme !
2047 - Les hivers de Clinchamp
2046 - Les chemins de Clinchamp
2045 - Seul au monde
2044 - Ne me parlez pas d’amour
2043 - Tristesse de l’été
2042 - Jour de fête à Clinchamp
2041 - Monsieur Lecon
2040 - Châtelain
2039 - Les ailes de Clinchamp
2038 - Tremblement de terre
2037 - Nuit d’amour
2036 - Pluie de joie à Clinchamp
2035 - Les gauchistes
2034 - Clinchamp sous les clartés lunaires
2033 - Henri d’Anselme, héros hétéro rétro
2032 - Les hirondelles
2031 - Retraite dans la forêt
2030 - Mon bosquet
2029 - L’or de Clinchamp
2028 - Sur le chemin
2027 - La souche
2026 - Clinchamp, ce voyage sans fin
2025 - Sardines à l’huile
2024 - Les fantômes
2023 - Le silence de la forêt
2022 - Les arbres
2021 - Les joies de Clinchamp
2020 - La merde républicaine
2019 - Les ailés
2018 - Les soirées de Clinchamp
2017 - Parasite
2016 - Clinchamp, les routes de l’ennui
2015 - Moi français, je déteste les migrants !
2014 - Répugnante
2013 - Les complotistes
2012 - Je déteste les livres de philosophie !
2011 - Le bossu de Clinchamp
2010 - La lumière de Clinchamp
2009 - Les crépuscules de Clinchamp
2008 - Les nuits à Clinchamp
2007 - Les aubes de Clinchamp
2006 - Je suis un oiseau à Clinchamp
2005 - Les rats de Clinchamp
2004 - Les papillons de Clinchamp
2003 - Les richesses de la normalité
2002 - Le Rimbaud des bobos
2001 - Les vaches de Clinchamp
2000 - La folle de Clinchamp
1999 - Mon ego solaire
1998 - Vague Lune
1997 - Ma cabane à Clinchamp
1996 - Moi, IZARRA
1995 - Mais qui donc est Dardinel ?
1994 - La Dame Blanche de Clinchamp
1993 - Le Dalaï-Lama
1992 - Pluie à Clinchamp
1991 - Je suis sexiste
1990 - Les flammes du printemps
1989 - Le rustaud de Clinchamp
1988 - Les larmes d’Amsterdam
1987 - Clinchamp, terre d’envol
1986 - La Joconde de Clinchamp
1985 - Face cachée de Clinchamp
1984 - La clocharde de Clinchamp
1983 - Je suis un extraterrestre
1982 - Clinchamp sous les éclats de novembre
1981 - Clinchamp au bord des larmes
1980 - Les fantômes de Clinchamp
1979 - Les pissenlits de Clinchamp
1978 - Clinchamp : fin et commencement de tout
1977 - Amsterdam
1976 - J’habite sur la Lune
1975 - Secret de Lune
1974 - Les ailes de la Lune
1973 - Voir Clinchamp et sourire
1972 - La pierre et l’éther
1971 - Clinchamp, au bonheur des larmes
1970 - Clinchamp, mon dernier refuge
1969 - Croissant de Lune
1968 - Mais d’où vient donc la Lune ?
1967 - Lune lointaine
1966 - Lune éternelle
1965 - Sandrine, notre voisine
1964 - Rêve de Lune
1963 - Lune des rêves
1962 - La Lune dans le bleu
1961 - Lune ultime
1960 - Les tourmentés
1959 - Clinchamp, paradis des ombres
1958 - Lune absente
1957 - Je raffole des commérages !
1956 - Clinchamp : royaume des humbles
1955 - La Dame dans le ciel
1954 - Palmade : de la gloire au gouffre
1953 - Evasion
1952 - Tatouages, ces marques de faiblesse
1951 - L’égalité est un enfer !
1950 - Repas sur l’herbe à Clinchamp
1949 - Escale à Clinchamp
1948 - Beauté morbide de la Lune
1947 - J’ai dormi dehors à Clinchamp
1946 - Les humanitaires sont des parasites !
1945 - Sur les routes de Clinchamp
1944 - Une année à Clinchamp
1943 - Tristesse du printemps
1942 - Bulle de Terre
1941 - Jour de joie à Clinchamp
1940 - L’inconnu de Clinchamp
1939 - Le ciel de Clinchamp
1938 - Les éclats de Clinchamp
1937 - Le voyageur
1936 - Fête triste
1935 - Les antiracistes
1934 - Jean Messiha
1933 - Coeur gelé
1932 - Romantisme de pierre
1931 - La femme est sous mes pieds
1930 - Burcu Güneş, un air léger
1929 - Je déteste les pauvres !
1928 - Quand mon coeur s’allume
1927 - Intègre, entier, râpeux
1926 - Le cheval
1925 - Homme mauvais
1924 - Un trou sous le ciel
1923 - Hauteur de la Lune
1922 - Nulle part, là-bas, ailleurs
1921 - Belle Lune
1920 - Salades lunaires
1919 - Lettre à Reynouard
1918 - MARGUERITE OU L’HISTOIRE D’UNE VIEILLE FILLE
1917 - Récoltes lunaires
1916 - Je suis français de souche
1915 - Lune mortuaire
1914 - Clinchamp, cité des oubliés
1913 - Clinchamp, l’air de rien
1912 - Clinchamp, sommet du monde
1911 - La pollution, c’est la vie !
1910 - Seule au monde ?
1909 - Le Ciel et la Terre
1908 - Lune de haut vol
1907 - La Lune s’allume
1906 - Nuit sombre
1905 - Soupe de Lune
1904 - Puretés raciales
1903 - Lune-pizza
1902 - La grande question
1901 - Amiens
1900 - Pleur de Lune
1899 - Rêve d’amour
1898 - Vive le patriarcat !
1897 - La libellule
1896 - L’eau qui m’éclaire
1895 - Une question de clarté
1894 - La Lune dort
1893 - Les artifices du spirituel
1892 - Lune normale
1891 - Ni chauffage ni travail
1890 - Lune de fer
1889 - Molle Lune
1888 - Insensible aux malheurs des autres
1887 - Mon visage de vérité
1886 - Amante russe
1885 - J’écris
1884 - Lune martiale
1883 - Je suis un incapable
1882 - Lune creuse
1881 - 1975
1880 - L’éclat d’un fard
1879 - Amour impossible
1878 - Femme au foyer
1877 - L’esprit de la Lune
1876 - Ingérence féministe
1875 - Cratères lunaires
1874 - Lune d’effroi
1873 - Lune des chats
1872 - Les athées
1871 - Lune d’or
1870 - Lune carrée
1869 - Lune de miel
1868 - Folle lune
1867 - Jour de joie
1866 - SMARPHONES : abrutissement des masses
1865 - Sombre lune
1864 - Les mouches
1863 - Ma vie simple
1862 - Clinchamp, terre lointaine
1861 - Je suis un conservateur
1860 - Lune de glace
1859 - Le lac
1858 - Qu’est-ce que la beauté ?
1857 - Lune blanche
1856 - Lune de mer
1855 - Lune de feu
1854 - Présence immortelle
1853 - Surprenante Lune !
1852 - L’éclat de la Lune
1851 - Epis lunaires
1850 - L’autre Lune
1849 - L’amie des cheminées
1848 - Lune morte
1847 - Lune Parmentier
1846 - Lune fatale
1845 - Amour céleste
1844 - Grâces et disgrâces
1843 - Ma maison, c'est la Lune
1842 - Poids de la Lune
1841 - La morte visiteuse
1840 - Ma cabane sous la Lune
1839 - Bleu ciel
1838 - Histoire de lune
1837 - Suc de Turque
1836 - Stéphane Blet
1835 - Ciel bleu
1834 - Bonheur de rat
1833 - Redneck
1832 - Sur le rivage
1831 - Attraction lunaire
1830 - Je suis anti-féministe radical
1829 - Mais qui est-il ?
1828 - Je veux des frontières !
1827 - Les francs-maçons
1826 - Folies lunaires
1825 - Alunir, en un mot
1824 - “Comme ils disent”, chanson d’Aznavour
1823 - Lune tiède
1822 - Globe de rêve
1821 - Effroi
1820 - Vangelis
1819 - L’air de la Lune
1818 - La campagne
1817 - Lune tombale
1816 - Les cailloux
1815 - Je déteste Paris !
1814 - Boules de neige
1813 - Je n’ai pas peur
1812 - Parler vrai
1811 - Les hommes simples
1810 - Quand la Lune panse
1809 - Régine : extinction d’un feu
1808 - Morte veilleuse
1807 - Coeur de pierre
1806 - Noir
1805 - Mystère de la Lune
1804 - Jackson Pollock
1803 - En pleine lumière
1802 - Harmonie des sexes
1801 - Dix ans dans l’azur
1800 - Pluie d’avril
1799 - Le gueux
1798 - Les pommes de pin
1797 - Voyage vers la Lune
1796 - Mystère d’une nuit
1795 - Une lumière turque
1794 - Sans coeur et avec écorce
1793 - Envolé !
1792 - Galante ou l’abcès crevé
1791 - La lumière du Bosphore
1790 - Claude Monet
1789 - Rat aristocrate
1788 - Ukraine : sortez de vos ornières mentales !
1787 - Tranche de ciel et plumes de la Terre
1786 - Les sots écolos
1785 - L’astre turc
1784 - L’Ukraine, je m’en fous totalement !
1783 - Vive la guerre !
1782 - Réponses à un coatch
1781 - Droite pure
1780 - Vains hypersensibles
1779 - Mes valeurs vives
1778 - Le secret
1777 - Force et lumière
1776 - De l’herbe à l’aiguillon
1775 - Jusqu’à la mort
1774 - Zemmour et les journalistes de gauche
1773 - Dur et juste
1772 - La flamme et le marbre
1771 - Mon chat est mort
1770 - Les frères Bogdanoff
1769 - J’ai rêvé de Natacha
1768 - Technologie
1767 - Vers la Lune
1766 - C’était la guerre
1765 - La “tondue de Chartres”
1764 - Dans le métro
1763 - Naissance d’un virus
1762 - Zemmour est-il un de Gaulle ?
1761 - Je suis grand
1760 - Jour de gloire
1758 - Une muse du Bosphore
1758 - Je suis un extrémiste
1757 - Les éoliennes
1756 - Femme terminale
1755 - Autoportrait
1754 - Je suis un sanglier
1753 - Faux fou
1752 - Les affaires
1751 - Octobre
1750 - Le fantôme
1749 - Les écrivains
1748 - Sauvez la France !
1747 - Mes sentiments de pierre
1746 - Une araignée raconte
1745 - Un coeur clair
1744 - Phallocrate
1743 - Les vaches
1742 - Les faibles sont mauvais
1741 - Les sans-visage
1740 - Le trouillard de gauche
1739 - Léonard de Vinci enfant
1738 - Mes froideurs sublimes
1737 - Le romantisme, c’est la décadence
1736 - La Joconde
1735 - La tour Eiffel
1734 - Le Soleil
1733 - Une boule de mystère
1732 - Les masqués
1731 - Burcu Günes, l’or turc
1730 - Léa Désandre
1729 - Le père Dédé
1728 - “Blanc lumière” de Pollock
1727 - Les kikis et les cocos
1726 - Les funérailles de Belmondo
1725 - Pôle Sud
1724 - Vierge au mariage
1723 - La forêt
1722 - Le réveil des clochers
1721 - En septembre
1720 - Extraterrestre
1719 - Ni cagoule ni sérum
1718 - L’astre des morts
1684 - Enfants du monde
1679 - Vie d’élite
1328 - Je suis apolitique
115 - Le cygne
114 - Le spleen de Warloy-Baillon
113 - Les visiteurs
112 - La Lune
111 - L’amant des laides
110 - Mémoires d’un libertin
109 - Une existence de pompiste
108 - Lettre à mes amis des listes sur Internet