lundi 6 juillet 2026

2679 - Ma fortune de ragondin

Logeant toute l'année dans mon refuge parental, mes besoins alimentaires étaient assurés. Je n'avais à me soucier que du superflu. Ne restait à ma charge que les menues dépenses consacrées à mes âpres loisirs, c'est-à-dire quasiment rien. Je limitais mes achats personnels aux plus strictes nécessités.
 
Je consommais moins qu'un mort à la vérité.
 
Un défunt est encore source de débours : il faut entretenir sa sépulture, la fleurir une fois par an, payer la concession... Moi je ne buvais que de l'eau ! Et lorsqu'il m'arrivait de déguster quelque breuvage de prix, c'était systématiquement des restes de canettes ramassés. Ou plus simplement, j'avalais les verres que m'offraient mes voisins, mes amis, des inconnus.
 
Aussi sobre qu'un épouvantail, j'en avais d'ailleurs les plus caricaturales allures, avec mes ficelles en guise de lacets, mes cheveux coupés à la diable, mon pantalon troué. Au fil de mes économies, je me transformais progressivement en roi des radins. Et plus je ressemblais à un pouilleux, plus ma boîte rouillée se remplissait de pièces.
 
Quelle magnifique compensation !
 
À partir de là, seule comptait la hauteur de cette ferraille s'amassant dans le réceptacle métallique.
 
Trésor dérisoire d'un paumé souffrant d'une désolante pathologie, penseront les ignorants ? S'ils savaient, les pauvres, combien cette rétention acharnée me procurait du bonheur !
 
J'éprouvais en fait le même vertige du millionnaire qui voit sa fortune augmenter de jour en jour. Mais sans ni les embarras ni les responsabilités.
 
Je gérais ma tirelire l'âme légère.
 
Grâce au contenu de mon coffre-fort de poche, je me sentais comme un richard. Là gisaient, sous forme de billets et de piécettes, tout un tas de bonbons, de biscuits, de grains de zan potentiel. Bien sûr, je ne touchais pas à ce pactole, ou si peu, si rarement.

J'allais avoir vingt-trois printemps, je vivais avec un coeur plein de sécheresse depuis le fond de ma piaule pareil à un cadavre de rat, et me retrouvais à la tête d'un empire financier équivalant au montant de deux kilos de sucreries et d'une roue de vélo.

dimanche 5 juillet 2026

2678 - La chair ou l'argent

Dans la vigueur de ma jeunesse, la fièvre charnelle me tenaillait. Je voulais impérieusement mettre la main sur le trésor femelle, cette autre richesse dont j'étais douloureusement privé. Si l'épargne matérielle me rendait léger, en revanche, l'absence de compagnie féminine me frustrait totalement.
 
Tiraillé entre la soif de fille et la folie de l'économie, je ne parvenais pas à me résoudre à agir dans le sens de la dépense, tout en sachant que là résidait le dénouement du problème.
 
Je savais pertinemment qu'en extrayant un seul billet de sa cachette, cela aurait suffit pour faire sortir le jupon du bois. Inviter une demoiselle au cinéma, au bar ou à la fête foraine m'aurait aisément permis d'accéder à son hymen.
 
Sauf que cela m'aurait quand même coûté une certaine somme... Autant dire le prix fort ! Et c'est là que tout se bloquait en moi. Me faire débourser, surtout pour mériter l'attention amoureuse, restait au-dessus de mes forces.
 
J'estimais que la bagatelle devrait être toujours gratuite.
 
Aussi me semblait-il préférable, tant que j'éprouvais cette flamme de la ladrerie, de m'abstenir de céder à la tentation de la prodigalité, eussé-je dû souffrir de ma solitude. Entre deux maux, je choisissais le moindre.
 
Je réfléchissais souvent à ce sujet brûlant, partagé entre l'envie de rencontrer une jolie présence et celle de préserver mon patrimoine de célibataire avaricieux. Et invariablement, je refermais mon cœur et faisais taire ma virilité pour mieux maintenir mon argent en sécurité.
 
Telle était, selon mes critères sacrés de radin entêté, la voie de la sagesse.
 
Commencer à payer pour conter fleurette équivaudrait à ouvrir une porte sur la dilapidation de mon bien. Hors de question d'envisager cette funeste résolution ! Après tout, si je pouvais vivre sans coiffeur, sans rustine entière, sans lacets neufs, je pouvais tout aussi avantageusement mener une existence loin de ces tentatrices qui contribuent à vider les porte-monnaies de leurs amants.
 
Entre la misère de l'amour et la ruine du portefeuille, je n'avais guère d'hésitation : je favorisais évidemment le salut de mes piécettes patiemment accumulées dans leur boîte rouillée.

L'on me trouvera certes sordide, mesquin, pitoyable en cette situation extrême. Cependant, si mon corps tremblait de désir devant les belles blondes, mes yeux, quant à eux, brillaient d'un bonheur inavouable face à l'éclat terne de mes sous amassés.

samedi 4 juillet 2026

2677 - Les coiffeurs

Quoi de plus superflu qu'un coiffeur ?
 
Je puis parfaitement arranger mon apparence sans pour autant prendre rendez-vous chez un de ces marchands de pures illusions !
 
Effectuer moi-même quelques judicieux coups de ciseaux autour de ma tête ne coûte rien, que je sache ! Je me raccourcis les cheveux tout seul.
 
Gratuitement, je veux dire.
 
Certes, l'on me rétorquera que se coiffer soi-même est une sacrée paire de manches qui peut s'avérer catastrophique en terme esthétique, étant donné que cette opération délicate exige doigté et précision. Sauf que je fais totalement fi de cette futile coquetterie ! Tout ce que je sais, c'est qu'en m'occupant personnellement de ma coupe, cela ne me fait pas débourser un rond. Les fantaisies capillaires, c'est trop cher et je m'en passe fort bien !
 
Mettre les pieds chez un réducteur de pilosité, c'est y laisser et ses plumes et son pognon.
 
L'inconvénient majeur de la chose réside dans la repousse sempiternelle de la chevelure. Une manne inépuisable pour l'artisan, et par conséquent un piège pour ses clients qui doivent revenir régulièrement lui donner leurs précieux sous... Et plus il coupe le crin de ses fidèles moutons à tondre, plus vite leurs crânes de pigeons se regarnissent ! Et cela ne s'arrête jamais : sa clientèle redevient fatalement chevelue.
 
Les gogos succombent à cet onéreux système, pas moi. Je ne suis pas la vache-à-lait de ce siècle de mirages.
 
La meilleure des façons d'échapper à ce cercle vicieux consiste à fuir les salons de coiffure. Loin des ces éphémères fats apprêts et creux lustrages, je sors avec mes mèches moches. À la mode de chez moi. Les moqueurs n'étant pas les payeurs, je demeure indifférent à leurs railleries.
 
Ils peuvent rire de mes touffes, cela m'importe peu puisque je ne paye pas. Moi je ne tombe pas dans le panneau des naïfs : je ne mets pas de fric dans la tonte de mes tifs.

Je ressemble peut-être à un épouvantail tous les jours de l'année, mais au moins je n'offre pas mon argent quatre ou cinq fois par an aux voleurs de toisons !

vendredi 3 juillet 2026

2676 - Les lacets

À force de porter toujours la même paire de chaussures, mes lacets avaient fini par s'user. Ils se cassaient sans cesse. Cependant il n'était pas question pour moi de les jeter, loin de là. Au contraire je me faisais un devoir sacré de les amortir totalement en les finissant jusqu'à la corde.
 
Surtout que ceux-là, je les avais achetés tout neufs ! Une de mes folies de jeunesse que je ne m'explique d'ailleurs pas, à l'heure où j'écris ces mots. Je ne me souviens guère ce qui m'était passé par la tête, j'avais sûrement dû la perdre...
 
Mais revenons à nos cordons...
 
Étant donné qu'ils demeuraient de toute façon assez longs, même après avoir été rompus plusieurs fois, je pouvais encore les utiliser. Je les réajustais dans les trous selon leur nouvelle longueur, tout simplement.
 
Dans ces conditions, fatalement, ils se raccourcissaient de plus en plus au fil des semaines. Jusqu'au jour où il devenaient trop courts.
 
Alors il me suffisait de fermer mes godasses sobrement, sans me servir de la dernière rangée de points d'attaches, celle située plus haut. Cela fonctionnait à peu près, au moins durant un certain moment. En réduisant le nombre de fixations, les choses commençaient à s'empirer de manière déraisonnable.
 
Je flottais dans mes vieilles pompes, j'avais l'impression d'allonger le pas avec des peaux de bananes sous les talons.
 
Si bien que mes pieds, de moins en moins stables, se détérioraient eux aussi. Ils souffraient sous le cuir progressivement desserré. Et lorsque je marchais, ils arrivait que l'un d'eux sorte de sa grolle élargie.
 
Et là, il me fallait agir autrement.
 
N'importe quel inconsistant dépensier aurait depuis longtemps changé les pauvres liens usagés de ses souliers par d'autres, plus solides. C'est-à-dire, fraîchement issus du magasin. Et donc, payés au prix fort. Pas malin pour un sou...
 
L'exemple à mes yeux de la pure bêtise, de la crasse futilité et de la honteuse fatuité dilapidatrice de mes contemporains !
 
La solution à mon problème de croquenots dénoués ne résidait pourtant nullement au fond de ma bourse comme les sots gaspilleurs pourraient le penser : deux bouts de ficelle gratuites firent parfaitement l'affaire.
 
Trouvées sous mes semelles, ramassées par terre.
 
Á partir de ce jour-là, jamais je ne suis retourné dans une mercerie. Je me fournissais désormais en sangles pour mes godillots uniquement sur les bords de routes.

Au lieu de sortir mon précieux argent, je n'avais qu'à me baisser.

jeudi 2 juillet 2026

2675 - Ces petits riens de grand prix

Depuis la hauteur de ma piaule je percevais les bruits du dehors, insensible aux sollicitations mercantiles de toutes sortes.
 
Ainsi perché au-dessus du siècle, j'observais avec suspicion le monde impie de la dépense. Et de mon oeil avisé d'aigle déplumé, me permettais de lorgner sur les rares trésors qui ne valaient qu'une poignée de pièces jaunes.
 
Fier de demeurer intègre en ma citadelle, je me tenais loin des hérésies du consumérisme ambiant où je trouvais tout hors de prix.
 
Trônant sur mon royaume d'économe, je jugeais les hommes sévèrement et estimais leurs achats de luxe bien tristes ! Rien d'autre ne pouvait me séduire que des emplettes au rabais, des acquisitions d'occasion, des biens brisés ayant perdu une grande partie leur valeur et donc devenus beaucoup moins monnayables.
 
Je posais un regard de mépris sur quasiment tout ce qui dépassait le montant de ma bourse. Ces choses inutiles qui coûtaient plus cher que le contenu de ma boîte rouillée ne méritaient que ma farouche indifférence.
 
En somme, j'étais un acheteur d'allumettes mouillées : il me suffisait juste de les faire sécher pour être gagnant.
 
C'est de cette manière astucieuse que je voulais me retrouver bénéficiaire sur le plan financier. Même de quelques broutilles. Ce que les dépensiers considéraient comme "mesquin", moi j'en faisais une très haute richesse personnelle. Petit à petit, miette après miette, je récupérais ce qui était si désinvoltement dévalorisé.

Pour en faire mon butin de radin.

mercredi 1 juillet 2026

2674 - Veiller sur mon argent

Je savais pertinemment que mon trésor pécuniaire restait modeste. Ma "fortune" de misérable n'était constituée que d'un tas de piécettes et de quatre ou cinq billets. De quoi remplir une tirelire d'enfant. Un montant relativement dérisoire en réalité. Pour autant, la seule idée pour moi de perdre ce "si peu de chose", lui faisait prendre des proportions déraisonnables.
 
Et dans ces moments où je redoutais de le voir disparaître je me retrouvais soudainement en possession d'un butin de roi !
 
La perspective d'être dépossédé de mon maigre bien me rendait riche. Du moins dans ma tête. J'avais l'impression d'avoir un vrai patrimoine à gérer et, tel un propriétaire de château, je veillais alors jalousement sur tout l'argent qui me permettait de m'acheter des friandises, des rustines, des babioles.
 
Je croyais devenir quelqu'un d'important.
 
J'imaginais des rencontres au sommet, des portes dorées qui s'ouvrent rien que pour moi, des chemins de gloire sous mes semelles crasseuses... Au fond de ma chambre de solitaire, mes rêves d'économe illuminaient mon plafond de mille étoiles.
 
Je ne régnais que sur une minable boîte rouillée pleine de ferraille et de quelques papiers-monnaie, mais ressentais ce que peut ressentir un nabab, sans en avoir ni les apparences ni les qualités. Au contraire, tout en éprouvant le vertige des puissants, je me comportais aussi pitoyablement qu'un gueux.
 
Je tirais une immense fierté de cette bagatelle que je conservais plus précieusement qu'un joyau royal. Tout mon bonheur de jeune rapiat tenait dans ce contenant de fer cabossé qui ressemblait à un réceptacle à vieux clous.
 
Un voleur aurait estimé ce magot négligeable. Il en aurait même été franchement déçu.
 
Et moi, tout en sachant cela, je ne cessais de surveiller mon capital sacré, de le compter et de le recompter, méfiant envers tout le monde, concevant des projets pharamineux en termes de dépenses strictement nécessaires. Je me voyais dans un proche avenir les poches gonflées de carambars, de barres de chocolat et de sucettes multicolores... J'hésitais toutefois à dilapider une partie de ma réserve pour ces irrésistibles sucreries. Ce sacrifice en valait-il vraiment la peine ? J'y réfléchissais longuement, tandis que j'étreignais amoureusement le récipient métallique débordant de promesses.

Je venais d'avoir vingt-deux-ans et n'avais encore jamais flambé de sommes importantes de toute ma vie.

dimanche 28 juin 2026

2673 - Les rustines

Dans de rares cas de force majeure il me fallait effectuer certaines dépenses.
 
Ainsi je dus acheter de quoi réparer la roue crevée de mon vélo usé. Un achat non pas de plaisir mais strictement utilitaire.
 
J'avais entendu parler qu'il était parfaitement possible de remplacer à moindre coût des rustines neuves par des bouts de caoutchouc astucieusement découpés dans une vieille chambre à air. Une excellente économie en perspective ! Ayant déjà sous la main une de ces vieilleries à recycler à mon avantage, je filai donc chez le vendeur lui demander juste de la colle.
 
Et rien d'autre.
 
Sauf que celui-ci me rétorqua qu'il vendait tout le nécessaire de réparation en un seul lot et qu'il ne pouvait se permettre de me céder séparément le tube, le grattoir ou les joints. J'insistai, en vain. Il me fit comprendre l'incongruité de ces comptes d'apothicaire et que si j’espérais être dépanné de ma crevaison, je devais impérativement accepter ce qu'il me proposait. Et sans discuter ! Il me sermonna avec virulence :
 
— Quelle mentalité de sénile ! On dirait un vieux croûton tout pisseux qui cherche à récupérer quarante ou cinquante centimes sous des prétextes délirants ! A ton âge, tu n'as pas honte de te montrer aussi mesquin ? Ma parole j'ai jamais vu un truc pareil ! Ça me rappelle ce vieillard sordide de ma jeunesse, complètement rapiat, qui suppliait l'épicière de lui négocier le prix de quelques gouttes d'encre en vrac pour mettre dans la canule vide de son bic ! Il refusait de jeter son stylo jetable asséché !
 
Je demeurai indifférent au discours moralisateur du commerçant.

Finalement je me résolus à lui payer l'ensemble de ces accessoires. Dépité par cette perte d’argent, je repartis avec une petite boîte remplie de divers objets que j'estimais avoir acquis inutilement.
 
Mon réel besoin se limitait au contenant de glu.
 
En retournant chez moi je ruminai, me sentant victime d’une forme de racket. Obligé de débourser pour un surplus de marchandise que je ne voulais pas ! Quelle mésaventure ! Enfin, l'essentiel était que mon pneu serait bientôt gonflé. J’essayais d’oublier cette mauvaise histoire d’emplettes non désirées.
 
En me mettant au travail je découvris l'extrême petitesse du trou à colmater. Gaspiller une de ces larges rondelles élastiques au nom d'une si minuscule cause me sembla irrationnel. Je coupai en deux un des raccords noirs, ce qui me paraissait suffisant pour régler mon problème de fuite d'air.
 
Et, en effet, vingt coups de pompe après tout rentra dans l'ordre.
 
Je venais de me procurer six pièces de latex pour obturer mon boyau percé. Des ronds dont j'avais judicieusement doublé le nombre à l'aide d'une simple paire de ciseaux. J'avais douze demi-ronds à présent.
 
Ce qui me consola de l'acquisition superflue du reste de l'attirail.

Je constatai avec jubilation l'utilité de ce bricolage et la valeur de mon état d'esprit : même avec une moitié de rustine, ma bicyclette roulait à merveille !

samedi 27 juin 2026

2672 - Ciel d'avare

Ma situation de célibataire assisté et rétif au plus mineur allègement de ma bourse m'offrait fort peu d'occasions de rencontres amoureuses susceptibles de déboucher sur une union à long terme. La probabilité de me mettre en couple approchait le zéro.

Le seul avenir que je me préparais de manière certaine ressemblait à un désert.

Je me construisais une misère de pingre absolu, me payais à moindre frais un voyage en solitaire dans un royaume d'austérité. Quelle fille aurait rêvé d'accompagner le prince des rats que j'incarnais ?

Avais-je au moins quelque panache dans ma démarche de chevaucheur du néant ? De mon point de vue, je me percevais en tout cas tel un châtelain fuyant le lustre et ne cherchant que l'essentiel.

Je me sentais une âme d'esthète, belle, fine, azurée, aussi aérienne qu'une plume. Mais irrémédiablement plombée d'une mentalité de ramasse-miettes. En moi brûlait une flamme de jouisseur, bien que je ne possédasse que les moyens limités d'un clodo. Je ne voulais d'ailleurs nullement devenir un dépensier, pour rien au monde !

Je me complaisais trop entre les murs inébranlables et rassurants de ma chambre étriquée de fol harpagon.

Il faut dire que le vertige de l'économie me donnait des ailes : j'atteignais d'inexprimables légèretés dans la rétention d'argent.

Et surtout, je volais très haut de ma propre estime en épargnant au Ciel le spectacle affligeant de la dépense inutile.

J'appartenais, je le savais, à la race coriace des cafards. Ou plutôt, des chauves-souris qui, après s'être abreuvées de crépuscule au fond de leur grotte, sortent la nuit en cachette des hommes pour y faire leur numéro de voltige.

Comme ces dernières, mon bonheur d'avare consistait à vivre loin du soleil éclairant les gaspilleurs d'énergie, tout près de mes petits intérêts.

2671 - Argent de poche

Logé et nourri par la parentale providence, mon unique souci se résumait à amasser du bien, aussi peu que ce fût, ce qui représentait déjà beaucoup à mes yeux. 

Et cela, dans le but de ressentir le plaisir de l'épargne, de me sentir riche en mettant de côté, de me savoir à l'abri du besoin en économisant au lieu de dépenser. Je désirais m'ériger un capital pièce après pièce, afin qu'en s'additionnant celles-ci devinssent des billets que je pourrais ensuite transformer en un trésor inutilisé.

Et ceci, en continuant à vivre de presque rien, à chercher à réduire au maximum le gaspillage de mes finances, avec la certitude que mon bonheur de radin se trouvait tout au long de ce chemin d'interminable sobriété. 

Ne travaillant pas, ce pécule de bout de ficelle que je me constituais, c'était en fait mon argent de poche, ni plus ni moins. 

Je lâchais du lest avec une extrême parcimonie, vraiment lorsque je n'avais pas la possibilité de retenir ce sable sacré dans l'autel de ma bourse. Par exemple, je sacrifiais une partie de mes sous pour l'achat de choses absolument indispensables à ma survie d'assisté qu'effrayaient les gros frais : tablettes de chocolat au lait, cacahuètes et bâtons de réglisse. 

Je m'étais construit un patrimoine de gamin attardé. Cependant, cette trésorerie puérile comptait énormément pour moi. Là battait tout mon cœur de vivant épris de miettes de la vie. Ces quelques sucreries me permettaient de me maintenir à distance des tentations autrement plus onéreuses. 

Je me comportais tel un oiseau en quête de restes Ou plutôt, à l'égal d'un rongeur en culottes courtes.

vendredi 26 juin 2026

2670 - Construire avec peu

À vingt et un ans, mes géniteurs décidèrent que je devais quitter le cocon parental et trouver un travail.
 
Je dénichai immédiatement un emploi à temps complet dans ma propre piaule afin de m'adonner à une activité d'économie me permettant d'éviter de me fatiguer En somme, un retour astucieux à la source gratuite de ma chambre d'adolescent où je n'avais pas de loyer à payer.
 
Mes parents jouant pour moi leur rôle d'état-providence estimèrent la solution peu originale. Et cependant efficace, il durent le reconnaître. Et, en effet, mon système semblait plutôt bien fonctionner. Certes, je ne recevais pas de salaire. Qu'importe ! En échange je n'avais aucune charge à régler. Il ne me restait plus qu'à me vouer à ma passion de l'épargne sans me soucier de subvenir à mes besoins, lesquels continuaient à être toujours aussi sobres.
 
Je voulais faire de ma vie une œuvre pie constituée de dépenses minimalistes pour mon portefeuille et de profit maximal en termes de jouissance. Me contenter de peu, voilà déjà une excellente affaire ! Quel bon départ ! Je pouvais agir encore mieux... Bonus absolument non négligeable : m'ouvrir à toutes les opportunités me tombant dans le bec. De quoi me combler mon coeur de ladre.
 
Boire mon eau avec parcimonie et avaler tant que possible le vin des voisins en abondance, tel était mon credo de radin.
 
Je me rendis compte que la vraie priorité dans ma situation consistait non pas à fonder un foyer mais à tenter au contraire de réduire les gros points d'investissement de débours d'argent pour ne garder que les plus vitaux.
 
En y réfléchissant sérieusement, avoir des enfants était-il absolument nécessaire ? Ça mange énormément de pain, la progéniture !
 
Et si vraiment je désirais vivre avec une compagne, nulle force majeure ne m'empêchait d'en rencontrer une maigre, dotée d'un appétit d'oiseau. Il me suffisait simplement de chercher l'amour dénué d'opulence, celui que l'on cueille loin des jardins fleuris : dans les friches et les ronces.
 
Pour l'heure, l'urgence pour moi se résumait à me maintenir perché sur ma branche, en sécurité dans mon nid d'assisté. Je concevais d'épatants plans de pingre pour mon avenir et n'avais par conséquent pas de jours à perdre à me consacrer à autre chose.
 
J'avançais ainsi dans l'existence sans femme.
 
Sauf que l'avarice était ma seule flamme.

jeudi 25 juin 2026

2669 - Seul c'est moins cher

Je passai ainsi mes années de jeunesse à fuir les artifices de la consommation, insensible aux plaisirs de la dépense futile. Je ne brûlais que pour le dieu de l'épargne.
 
À partir de l'âge de vingt ans, afin de commencer à entreprendre des économies sérieuses, je me mis en tête de me dégoter une femme sobre. Je ne pouvais me payer le luxe de vivre avec une dépensière, adepte de bijoux et autres onéreuses futilités.
 
Je devais donc faire le bon choix et ne courir que les "vaches rentables".
 
Et rejeter impitoyablement toute femelle susceptible de me ruiner. Autant dire que ma tâche s'annonçait délicate. Je cessai vite de conter fleurette à des demoiselles en mal d'éclat, celles qui aiment briller par leurs effets, et me concentrer davantage sur de futures ménagères aux idées modestes et aux appétits simples. Elles existaient, malheureusement, elles étaient rarement belles. À bien y réfléchir je préférais encore mieux épouser un chardon qui ne s'attaque pas à mes sous de côté, plutôt qu'une fleur qui les dilapide.
 
Je ne savais qui choisir parmi des filles du peuple. Je n'en voyais que deux ou trois de réellement désirables. Cependant je voulais quand même tenter ma chance dans les familles bourgeoises. Pourquoi ne pas essayer de décrocher le gros lot pour un prix égal ? Chercher, ça ne mangeait pas de pain.
 
Dans ce vivier de jolies plantes, je ne trouvais que de potentielles hôtes de salon, certes cultivées, gracieuses et éduquées, mais toutes des claque-pognon indignes de mon idéal d'avare.
 
Mon bonheur de radin ne se cachait visiblement pas dans ce milieu d'ingénues trop dorées pour ma bourse fermée. Il fallait que je me rabatte sur de la prolétaire ordinaire, voire de l'affreux laideron se contentant de peu.
 
Ou rester célibataire. Je demeurais dans l'incertitude sur cette question. Après tout, je n'étais pas pressé de perdre mon argent en prenant épouse. Ma solitude avait au moins cet immense bénéfice de n'être source d'aucun frais supplémentaire.
 
Je vivais seul, sauf que je n'avais qu'une bouche à nourrir : la mienne. Ce qui était déjà assez rassurant pour moi.
 
Je finis par penser qu'une vie de couple, même si ça comptait à mes yeux, en définitive ça coûtait pas mal et ça faisait cher !

mercredi 24 juin 2026

2668 - Vol de rat

Un jour j'invitai une fille à m'accompagner dans un épatant tour en hélicoptère.

À l'annonce de ma proposition, mon succès fut immédiat. La naïve ne me connaissant pas, elle prit mon invitation pour argent comptant, en dépit de mes apparences de grippe-sou. 

J'en profitai pour lui faire de plus amples avances, mais l'ingénue voulait d'abord monter dans l'engin et s'envoler vers le ciel. Soit. Je l'amenai alors sur un aérodrome pour lui présenter ma machine.

Elle n'en revenait pas qu'un freluquet de mon espèce pût posséder et piloter un tel joyau volant, qui évidemment ne m'appartenait pas. 

Jouait-elle la comédie dans je ne sais quel inavouable but ? Il me paraissait invraisemblable qu'elle me crût à ce stade de mon numéro d'avare. Moi je pensais simplement éblouir de manière éphémère une de ces demoiselles, juste le temps d'y trouver mon bénéfice. Puis, une fois repus de leurs femelles attraits, disparaître dans les fumées de ce rêve sans queue ni tête. 

Sauf que la belle un peu trop crédule semblait s'accrocher à mes promesses et insister pour que je lui offre ce baptême de l'air. Je dus  lui avouer la vérité tout en me demandant si elle ne me faisait pas marcher. 

— En ce cas, répondit-elle, tu n'auras rien de moi ! Puisque tu n’es pas capable de me faire décoller de terre, j'irai chercher ailleurs un autre oiseau. 

Et elle m'abandonna sur le champ.

Je fis mes comptes : j'avais zéro hélico, donc pas de carburant non plus (sachant l'énormité de la consommation de ces monstres de l'azur), nulle formation de pilotage à financer. 

Je sortais largement gagnant de ce naufrage amoureux : je venais d'économiser une vraie fortune. Avec cette façon avantageuse de voir les choses, je me sentais bien mieux que non perdant :  j'étais riche. 

Roi de mon royaume de rat de ne pas devoir dépenser des millions pour être satisfait quand je pouvais vivre avec une frustration totalement gratuite.

mardi 23 juin 2026

2667 - Drague de radin

En dehors de ces évitements de l'aspect purement économique de la société, je poursuivais un second but, même s'il n'était pas prioritaire, consistant à rencontrer des jeunes filles.

Je ne me considérais pas à proprement parler comme exclu de la vie sociale, puisque dans une moindre mesure j'y participais. Je m'efforçais simplement de ne jamais rien dépenser sous prétexte d'amitié ou de convivialité. Tant que les poignées de mains demeuraient désintéressées et que les coups à boire étaient offerts, je n'y voyais aucun problème, bien au contraire.

Je cherchai donc à attirer à moi des donzelles avec d'autres appâts que mes précieux sous. J'imaginai des stratagèmes complexes et tordus pour tenter de pénétrer le coeur des porteuses de jupettes, à condition de n'y perdre pas un seul de mes ronds. Sans compter que le fait de traîner cette réputation de pingre ne me simplifiait guère la tâche : les belles se méfiaient de ces célèbres oursins logés au fond de mes poches.

Ces tentatives échouaient lamentablement. 

À part une, qui fut un demi-succès : un jour je décidai de leur faire miroiter un "tour fabuleux de bicloune autour de ma piaule"... En réalité je leur proposais tout bonnement de les transporter sur mon porte-bagage sur quelques mètres, depuis la rue où j'habitais jusqu'à l'entrée de ma chambre. Sauf que, ainsi présentée avec un peu de fantaisie dans les mots, je pensai que la chose allait intriguer ces demoiselles et les amener à moi plus vite qu'une volée de mésanges.

Je ne récoltai que les faveurs d'une frêle paysanne séduite par cette promesse de voyage extraordinaire. Les termes "bicloune" et "piaule" l'avaient visiblement induite en erreur. Elle croyait que j'allais m'adonner à un "numéro de clown autour du pôle"... Le Pôle Nord, peut-être. Enfin je ne compris pas exactement son explication confuse. 

Je ne tirai pas de véritable profit de cette maigre conquête : elle sentait la vache et ce bref transport en vélo semblait ne pas l'avoir particulièrement enchantée. 

Je me retrouvai esseulé et frustré. Mais gardais imperturbablement l'essentiel en vue : j'avais conservé mon argent.

lundi 22 juin 2026

2666 - Aux fêtes foraines

Mon radinisme ne m'empêchait nullement d'aller m'amuser aux fêtes foraines.
 
J'y allais le cœur léger, les mains vides, la tête pleine de rêves d'épargne.
 
Contrairement aux dépensiers, je savais me distraire en ces lieux sans y laisser de plumes. D'abord à travers le spectacle réjouissant de ceux qui y perdaient leur argent. Le simple fait de relever leurs actes de folie suffisait à mon bonheur de rapace.
 
Je les observais, incrédule, consterné et railleur, lorsqu'ils étaient en train de lâcher leur monnaie pour des imbécillités. Cela me rendait tellement heureux de n'être point comme eux ! Je me repaissais du théâtre effarant de ces paniers percés.
 
Et j'avais mal pour eux tout à la fois.
 
Ensuite, je profitais de toutes les occasions de me régaler des confiseries non terminées, jetées dans les poubelles. Ces friandises gratuites abondaient. J'en faisais des orgies. Mon plaisir était double en me délectant de ces bonbons que je ne payais pas. Deux jouissances en un seul coup, quelle jubilation pour un avare de mon envergure !
 
Le comble de la satisfaction : jouir de la vie économique sans devoir me saigner aux quatre veines. Le luxe suprême : pouvoir ingurgiter des choses inutiles offertes par les circonstances. Je me gavais de ces rebuts d'agapes et sucreries à moitié croquées, aliments non nécessaires que j'estimais fort chers. Et surtout n'abandonnais pas une miette de ces douceurs derrière moi. Il ne restait rien ni pour les rats, ni pour les oiseaux, ni pour les cafards. J'emportais ce que je ne pouvais avaler sur place.
 
Je trouvais fort distrayant également d'assister au cirque désolant de la sottise humaine. Je riais de voir les autres gagner à grands frais des trésors dénués de valeur. En même temps, je souffrais en constatant ce gâchis de finances. Heureusement, les miennes demeuraient en sécurité, loin de ces centres de dilapidation.
 
Ma conception de la festivité se résumait à une unique idée : l'économie. Ma joie authentique consistait non pas à claquer mon bien dans des parties d'autos-tamponneuses ou des jeux de tirs, mais à l'épargner.
 
Et à n'y plus toucher.
 
Je passais ainsi des journées entières à regarder mes semblables débourser sans compter.
 
Tout en grappillant leurs restes. 

dimanche 21 juin 2026

2665 - Mes jours de rat

Eux sur leur mobylette, moi sur mon cheval à pédales, nous prenions des routes différentes. Ils roulaient joyeusement bourse déliée vers la dépense. Je m'envolais sans un sou en direction d'un destin d'austérité.
 
Ils consommaient de l'essence rien que pour se déplacer, pendant que j'avalais des kilomètres sans les payer. J'allais moins vite et moins loin qu'eux, pour autant aucune de mes poches ne se vidait. Ils invitaient des filles sur leurs machines motorisées, tandis que je concevais des plans d'épargne sur mon vélo rouillé.
 
Bref, ils brûlaient leur vie alors que j'économisais la mienne.
 
Ils allégeaient leur portefeuille sous le moindre prétexte, j'alourdissais le mien en permanence. Tous mes camarades étaient habillés comme des princes. Je me contentais de ce que m'offraient leurs poubelles. Oui, je profitais de leurs détritus pour éviter d'enrichir inutilement les marchands d'habits rutilants.
 
Le neuf c'est cher, le troué c'est gratos !
 
Je me vêtais donc aussi élégamment qu'un gruyère. Je lançais ma propre mode, que j'appelais "tout mité, jamais imité". Ou encore "fringué sans un franc".
 
Les rieurs ne me touchaient nullement. L'essentiel pour moi consistait à garder mon argent bien au sec au fond de mon cœur inviolable. Le reste demeurait secondaire : ma fierté d'avare avant tout !
 
J'avais l'air d'un vieux clochard sur ma bicyclette en ruine, d'un pisseux sénile avec mes pantalons trop grands et mes chemises rapiécées, d'un rat crevé avec ma mentalité d'hôte des égouts.
 
Cela m'importait fort peu.
 
Ma réelle souffrance se situait à des années-lumière de ces détails. Mon âme saignait cruellement à l'occasion d'un seul événement : lorsque je ne pouvais faire autrement que de lâcher du lest.

L'acte d'achat me plongeait à chaque fois dans un affreux abîme de douleur. Je n'étais décidément pas fait pour débourser mais pour engranger.

samedi 20 juin 2026

2664 - Temps épargné

Les jeunes de mon âge roulaient à mobylette, fumaient, buvaient des bières, allaient au cinéma. Moi j'enfourchais mon vieux bicloune, respirais l'air gratuit du ciel, m'abreuvais d'eau plate du robinet, regardais la télévision chez mes voisins.
 
Eux casquaient pour le moindre de leurs amusements, alors que je me laissais tout offrir, soit par la nature, soit par la collectivité. Plutôt que de me servir de choses neuves à grands frais, j'utilisais, sans payer quoi que ce fut, tout ce qui ne fonctionnait pas. Les instruments rouillés avaient à mes yeux cet avantage de ne coûter que le salaire dérisoire de l'effort pour les rendre fonctionnels.
 
Ainsi, une lame émoussée me convenait parfaitement. Je n'avais qu'à appuyer un peu plus fort pour couper mon pain rassis, voilà tout. Inutile d'acquérir un coûteux couteau pour parvenir à un semblable résultat.
 
Peu d'objets brillaient autour de moi. Dans ma piaule d'adolescent, on ne trouvait que des bibelots récupérés. Quasiment aucun système ne marchait : ni horloge, ni radio, ni tourne-disque. Seulement un thermomètre, un tambour et une ampoule électrique.
 
Je ne sortais pas, préférant économiser temps et argent à rester chez moi. Je consacrais mes heures perdues à calculer ce que j'épargnais en me soustrayant de la sorte aux activités sociales. C'était tout bénéfice pour moi !
 
Je poussais à l'extrême mes réflexions à propos de ma vie d'épargnant. J'analysais tous les aspects de la question sous leurs multiples angles. Je considérais comme une chance immense le fait de mener une existence de perdant. Vivre au rabais sur le plan matériel me procurait une haute estime de moi-même.
 
Je ne voyais que des gains là où d'autres s'imaginaient n'y avoir que du néant.
 
Dans mes calculs, je n'intégrais nullement le critère si problématique de plaisir qui précisément motive la dépense. Au lieu de manger au restaurant, je plaignais les payeurs qui s'y nourrissaient si chèrement : cela me dégoûtait définitivement de cette nourriture vendue à prix d'or.

Ce qui valait le plus cher ne pesait rien dans mon cœur d'avare.

vendredi 19 juin 2026

2663 - En quête de trésors perdus

Je m'enfermais ainsi dans ma bulle, loin des fausses libertés promises par ces hordes de vendeurs ayant intérêt à écouler leurs stocks de futilités.
 
Suspicieux du consumérisme ambiant, je me tenais à l'écart de ce que je considérais comme les "hérésies dépensières" du monde. Mes journées se résumaient à des prises de distance permanentes de tout ce qui pouvait me faire débourser le peu d'argent que j'épargnais. Ce qui ne m'empêchait pas, par ailleurs, de chercher à profiter de n'importe quelle aubaine.
 
À l'affût du moindre centime à collecter, je marchais tête baissée en espérant ramasser des miettes de francs sous mes pas. Le long de mes chemins d'errance, j'accumulais des tas de pièces égarées, usées, voire périmées. Peu m'importait, l'essentiel pour moi consistait à ne pas laisser gésir par terre ces trésors perdus. Simple question de morale.
 
Jeune et débordant d'appétits, je voulais croquer la vie à pleines dents. Mais sans être obligé de payer ni la pomme, ni l'agrément, ni la fille. Je passais beaucoup de temps à calculer, compter, estimer la valeur et le prix de toutes choses. J'avais l'impression que la société essayait de me piéger à travers ses tentations. Je me sentais plus sensé que la plupart des gens puisque je n'achetais strictement rien dont je n'avais nullement besoin.
 
Tous les prétextes étaient bons pour refuser d'acquérir quoi que ce fût. A cet âge j'avais encore de l'attrait pour les friandises. Je récupérais des demi-sucettes jetées, des gâteaux entamés, des chewing-gum recrachés, des biscuits oubliés, des bonbons fondus dans leur emballage, des canettes de boissons à moitié vides, etc.
 
Pour ce faire je rendais visite à de faux amis ou de vagues connaissances, histoire de plonger une main aussi leste que discrète, soit dans leurs poubelles garnies, soit dans leurs corbeilles de table. J'acceptais également de recevoir leurs diverses offrandes, surtout que cela semblait leur apporter tellement de plaisir ! Certains plus lucides que d'autres sur ma condition de rapiat se moquaient ouvertement de mon comportement. Insensible aux moqueries, je n'accordais d'importance qu'aux gains, même s'ils demeuraient souvent maigres et dérisoires.

J'allais bientôt avoir dix-sept ans, je me savais bien préparé pour affronter une douce existence d'économe.

mercredi 17 juin 2026

2662 - Avariseul

Je fêtai mes seize années de pucelage, seul. Tout en haut de ma tour d'avare. Solitaire et incompris, sûr de mes économies, maître de mes sous épargnés.
 
Loin de me comporter en panier percé, j'adoptais l'attitude hautaine et austère du rapace jaloux de son maigre butin, pauvre encore, puisque n'ayant entassé que des brindilles de richesse, et cependant fier de n'avoir pas dépensé la moindre pièce jaune.
 
J'accumulais non seulement des piécettes valant des boutons de chemise, mais également des ronds dénués d'éclat et aussi de la menue monnaie, en ignorant ce que j'en ferais, ne parvenant décidément pas à me décider de me séparer de cette ferraille, même contre de l'or. Mon radinisme était tel, me rendait si fou et déréglé, que je ne voyais plus le sens des réalités.
 
Si j'avais pu m'acheter du ciel avec de la terre, je crois que j'aurais préféré garder le peu de choses gisant dans mes poches plutôt que de les dilapider, même au prix d'un pareil trésor d'azur !
 
Comble du rat crevé que j'étais, j'aimais l'épargne jusqu'à la mort. L'air que je respirais se trouvait dans le caniveau. Je ne vivais que de quêtes de miettes perdues et d'amas compulsifs de vil métal dont on fait les centimes.
 
Le but de mon existence consistait alors à m'enrichir de pauvreté.
 
J'étais l'égal d'un gueux. Je ne consommais guère plus qu'un mendigot. Et cela faisait mon bonheur.

J'avais des impressions de jouir pleinement de mes jours de jeunesse sans jamais rien claquer sous le Soleil. Je me plaisais d'ailleurs sous cet astre des pingres. Sa lumière étant gratuite, j'en profitais. De toute façon je n'avais nul argent à lui offrir, juste mon ombre à lui présenter.

mardi 16 juin 2026

2661 - Bosse finale

Plusieurs semaines embrasées d'amour et tempérées de routine s'écoulèrent avant qu'un miracle apporte un peu de fraîcheur à ce feu conjugal : Marie tomba enceinte. La future mère s'inquiéta. L'enfant ressemblerait-il au géniteur ? Le germe était planté, allait-il produire cette même chose affreuse qui l'avait engrossée ? Certes, elle aimait Pierre. Pour autant, elle refusait que celui-ci lui fasse le cadeau douteux de la copie conforme de sa disgrâce.
 
Elle voulait mettre au monde une part de beauté, non une image de laideur. Sauf qu'il était déjà trop tard. Elle donnerait de toute façon le sein à ce qui sortirait de son flanc, valide ou non, beau ou hideux. Son bonheur à présent consistait moins dans la grâce du Ciel que dans sa maternité qui commençait. Que celle-ci fût jouée aux dés ou soigneusement choisie, le résultat ne différait pas : un bébé devait naître. Et si par malheur un petit bossu surgissait de sa matrice, cela changerait-il l'essentiel ? Non, bien sûr. Le fait serait heureux quand même. Un humain tordu vivrait, voilà tout.
 
Pierre de son côté repensait à ce rêve qui le hantait encore où une femme, une inconnue qui s'appelait Marie, il le devinait aujourd'hui, lui avait passé la main sur le dos en lui disant, le regard plein de lumière : "Ce n'est rien."
 
Cela le troublait toujours autant.
 
Il constatait que Marie finalement acceptait l'héritage potentiel de ses gènes, en dépit de son effroi initial. Aucun d'eux n'avait la compétence pour présager l'issue de cette naissance, avec ou sans le handicap paternel. Ils préféraient s'en remettre au sort suprême. Une chance sur deux peut-être. Cela ne les regardait plus.
 
Ces épaules de monstre, c'était beaucoup, énorme, inconcevable. Et en même temps, ce n'était rien, en effet, puisque Pierre se tenait debout sous les étoiles, penché vers le sol, mais éclairé par plus grand, plus haut que lui. Que pouvait-il donc lui arriver de mieux dans son existence de polichinelle ? Se considérait-il malheureux ? Nullement.
 
Il enlaça Marie, se montrant rassurant. Puis caressa son ventre légèrement arrondi.
 
Ses doigts palpèrent longuement la douce, harmonieuse, prometteuse, palpitante et maternelle bosse. 

2660 - Le feu dans le ciel

Oui, il avait choisi la difficulté consistant en l'accès absolu à la beauté, poursuivant inlassablement un but vertical à la mesure de sa misère physique. Lui-même laid, il voulait non le pire mais le meilleur. Esthète féroce et éclairé, il méprisait les laiderons, fuyait les bassesses, la faiblesse, les lâchetés.
 
Pas de compromis ! Il estimait que sa bosse méritait les sommets, loin des ombres, des petitesses et des tiédeurs.
 
A ses yeux Marie était prioritairement une âme de valeur, une chair ardente, une compagne fiable.
 
Un astre singulier, tout comme lui.
 
Pas une séductrice, non. Plutôt une voix sage, un visage honnête, une flamme dans la nuit.
 
Un silence qui ressemble à un souffle.
 
Il cherchait depuis toujours un diamant et avait trouvé une braise.
 
Il l'aimait avec son coeur de rat plein de vigueur et de poésie, de fureur solaire et de rêves lunaires. Femme certes pas aussi éclatante dans les apparences que ses précédentes conquêtes et cependant hautement située dans son panthéon de bossu, elle convenait parfaitement à l'assouvissement de sa virilité.
 
Marie brillait moins mais brûlait plus.
 
Il la jugeait belle pas seulement pour son allure, également parce qu'elle était exactement issue de son fol horizon de "clown tordu", celui qu'il souhaitait rejoindre au-delà du raisonnable.
 
Elle paraissait si pâle dans son local médical, tandis que lui rougeoyait totalement d'amour... Au contact de Pierre, son hymen s'était allumé. Elle incarnait l'aube et lui le crépuscule.
 
Blanche encore, pareille à une fleur, elle s'éveillait au jour, s'ouvrait au Soleil, se jetait dans le feu. Il l'enlaçait, la déflorait, s'envolait jusqu'aux étoiles, ainsi qu'une vivante légende.

Elle la neige polaire, lui la tempête de fables.

2659 - L'amour bête et beau

Pierre se remémorait le long chemin parcouru depuis ses premiers contacts amoureux.
 
Après cet incroyable voyage initiatique à travers les troubles et errances de sa jeunesse, le ciel devenait proche, ses idées s'éclaircissaient et son âme s'adoucissait.
 
En atteignant ce bonheur de taureau et cette légèreté d'ange, il se sentait homme.
 
Il était parvenu au sommet convoité et côtoyait maintenant les nuages. A bientôt vingt-deux ans et avec tout le poids de sa bosse, il avait réussi à se hisser jusqu'à cette hauteur. Il lui avait suffit pour cela d'agir avec fort peu d'intelligence et beaucoup de naïveté, ses meilleurs atouts. Sans oublier l'audace des déshérités qui n'ont rien à perdre à tenter l'impossible. Ayant reçu de la nature laideur physique et simplicité d'esprit, il mit à profit ces deux pôles.
 
Misant tout sur ces misères essentielles, il prit la seule direction envisageable par rapport à sa situation : la plus extrême, la plus improbable, la plus difficile.
 
Et pour cela, dès le départ, il comprit qu'il lui fallait suivre bêtement la flèche désignant... la beauté.
 
Alors la lumière avait progressivement éclairé ses pensées.
 
En authentique esthète, il croyait à la puissance du Beau, ce principe supérieur régissant l'Univers, selon lui. Enivré par cette force mystérieuse qui donne des ailes, il s'était envolé vers des horizons que la société supposait hors de sa portée, lui le bossu, lui le lourd, lui le laid.
 
Parce qu'il chérissait par-dessus tout cet éclat qui le dépasse, il avait décidé de partir à sa conquête. Follement, contre toutes les valeurs, les raisons et les certitudes du siècle.
 
Et se retrouvait finalement en son olympe, au niveau des dieux.

lundi 15 juin 2026

2658 - Cause suprême

Pierre le contrefait et Marie la soignante finirent par s'installer ensemble chez cette dernière.
 
Sous le toit de l'infirmière, le feu était désormais quasi permanent. Sa chambre à coucher, hier si chaste, se transformait peu à peu en autel sacré dédié à ce monstre insatiable, à cet ogre libidineux, à ce loup lubrique logé en ses flancs femelles et réclamant son dû quotidien.
 
Pierre octroyait sans faiblir la part de bonheur phallique que méritait sa conjointe. Et lorsqu'il besognait sa cavalière d'alcôve en face à face, cette dernière voyait la bosse danser au-dessus d'elle, telle une bête apprivoisée. À mesure qu'elle recevait les mâles assauts entre ses reins, elle pouvait suivre du regard le mouvement chaloupé du dos de son amant.
 
Alors, deux causes majeures et opposées l'agitaient en même temps. La beauté ravageait délicieusement sa chair, pendant que la laideur lui offrait le tableau ignoble et grotesque d'une chorégraphie simiesque.
 
Elle râlait de plaisir tout en contemplant le spectacle affligeant de ce corps odieux s'essoufflant sur le sien. Elle avait parfois l'impression d'être pénétrée par les os tordus de celui qu'elle aimait, plus que par son membre viril, tant l'image de ses omoplates calcifiées s'imposait à elle en ces moments intimes.
 
À son ivresse se mêlaient des sentiments troubles et des pensées ambiguës.
 
Une étoile noire la rendait heureuse. Une lumière de rat la faisait se sentir femme. Le visage du cauchemar lui apportait le rêve. À sa façon, le bossu incarnait l'amour, et toutes les interrogations de Marie devenaient finalement inutiles.

À ce stade, ce qui dépassait des épaules de Pierre avait peu d'importance à ses yeux. Seules comptaient la puissance, la chaleur, la démesure de ce glaive qui battait son hymen.

2657 - Seuls avec eux-mêmes

Marie avait résolu le problème de cette disgrâce dorsale envahissante en s'efforçant de dépasser les limites de son propre horizon. Elle comprenait qu'il lui fallait voir cette réalité de manière plus globale.
 
Elle avait finalement décidé de considérer cette anomalie avec un esprit ample. Elle se disait que son dos de clown faisait braire le monde, siffler le siècle, sourire les enfants, enrichissait les fables et enchantait les rêveurs. Il contredisait follement la brise printanière, brisait net la paix des idées plates, tordait le cou aux réflexions trop droites. 

Il représentait la face cachée de la norme.

Bref, le nez rouge de l'Humanité s'appelait Pierre. 

La hideuse malformation se mêlait alors naturellement à toutes choses, se fondait dans l'Univers, faisait partie de la Création. Elle composait le paysage de la diversité, n'étant elle-même qu'une infime facette du vaste théâtre cosmique.
 
Ce sont les seuls regards extérieurs, y compris celui de l'infirmière à ce stade de la relation, qui la grossissaient exagérément.
 
Après avoir pris assez de recul sur la question, tout devenait progressivement différent pour l'amante. La bosse s'imposait de moins en moins comme un mur revenant sans cesse dans son champ de vision. Au contraire, elle apparaissait tel un promontoire : au lieu de lui boucher la vue, elle lui dévoilait des étoiles.
 
Celles qui brillent au-delà de la perception visuelle. Ces astres invisibles pour l'oeil, si proches de soi cependant pourvu qu'on les capte avec les pensées adéquates.
 
Certes, sur le plan purement esthétique Pierre demeurait définitivement laid.
 
Mais perçu dans le contexte général de tout ce qui existe, mêlé au décor universel, il égalait n'importe quel autre élément créé. Il n'était pas subitement beau pour autant, il semblait simplement aussi banal qu'un caillou ou qu'une montagne, qu'une feuille d'arbre ou qu'une forêt, qu'une goutte d'eau ou qu'un océan.
 
À présent que Marie avait réglé cette affaire avant que celle-ci ne prenne davantage d'ampleur en elle, il lui restait le meilleur : la chair ardente de Pierre.
 
Une flamme qui la pénétrait.
 
Le bossu était un homme, et elle une femme.

Le reste, le ciel et la terre, presque un détail.

dimanche 14 juin 2026

2656 - Priorité d'avare

Maladivement ancré dans ma position d'économe acharné, je chérissais immodérément cette existence de privations. Même si je souffrais de cette sobriété extrême, je dois admettre que le rat de l'avarice gisant en moi s'épanouissait totalement dans ce rôle d'épargnant radical.
 
Rien ne me rendait plus satisfait que de mettre mes sous de côté et de les laisser croupir dans un trou. Constituer de telles réserves de blé parfaitement stériles me comblait d'un bonheur qui n'est pas celui du monde. Mon ciel à moi consistait en l'espace restreint d'un coffre-fort. Je n'avais besoin que d'une cachette en fer avec des ronds dedans pour être heureux.
 
Mon paradis, c'était la rétention d'argent. Et mon enfer, la dépense.
 
À quinze ans, j'aimais la vie, les filles, les découvertes et la liberté. Cependant je ne brûlais que pour une cause majeure : placer ma bourse sous clé.
 
Je n'avais absolument aucune répugnance à manger des pommes, allumer des chandelles, boire ce qui est bon, pourvu que ces plaisirs fussent gratuits. Je me délectais sans retenue de ces menus trésors trouvés ou offerts, mais jamais achetés, ou alors par d'autres que moi, avec leurs finances.
 
Après mon premier échec amoureux dû à ma fuite devant la perspective d'offrir un verre à un flirt, je décidai de n'envisager désormais que des rencontres sûres, loin de tout point d'achat. Et surtout d'aller aux rendez-vous les poches systématiquement vides, afin de réduire les risques au maximum. Je me devais également de ne pas provoquer de tentation chez les demoiselles en leur faisant bien comprendre qu'elles avaient affaire avec moi à un garçon insolvable. Leur ôter tout espoir de me voir sortir de la monnaie. Elles devraient oublier en ma compagnie toute idée d'apercevoir ne serait-ce que l'ombre d'un billet de banque.
 
Bien que j'eusse voulu embrasser ces jolies jouvencelles, mon cœur était de toute façon déjà pris, je le savais, par la laide déesse de la ladrerie. Et c'est finalement cette dernière que je préférais au fond de moi-même. Je n'aurais pas eu le moindre courage d'avouer cette vérité sordide à ces pimpantes poupées que je convoitais.
 
Je désirais leurs lèvres de fées tout en adorant les doigts crochus de la sorcière nommée "Pingrerie".

2655 - Vue sur la bosse

Un certain temps passa ainsi sous la clarté rassurante de leur routine conjugale. Le loup et sa belle, tout en poursuivant leur train-train de jours lumineux et de nuits enflammées, apprirent à se connaître encore un peu mieux.

Tout paraissait idéal et prometteur.
 
Sauf que, fait inattendu, la bosse de Pierre commençait à être inconfortable pour Marie. L'habitude de la laideur ne fonctionnant pas aussi bien que celle de la beauté, il lui fallait surmonter la première contrariété de cette relation idyllique et cauchemardesque. 
 
À présent elle percevait sa difformité autrement. La réalité divergeait du rêve : auprès de Pierre l'air s'avérait lourd à respirer au quotidien. Et les hauteurs espérées se révélaient décevantes.
 
Ce dos simiesque lui apparaissait beaucoup moins "flatteusement atypique" qu'au début. Il n'était plus seulement le pendant visible -et supposé- de la virilité cachée de son amant, mais une ombre sinistre qui grossissait dans son coeur de femme. Ce qui lui semblait délicieusement rugueux et avantageusement authentique devenait noir et funeste.

Une fois atténués les vertiges de l'amour naissant, elle voyait davantage cette malformation comme une grimace incarnée qui lui était adressée : une sorte d'outrage gratuit. Un don empoisonné, que cela lui plût ou non. À prendre ou à laisser.
 
Un "cadeau" qu'elle devait fatalement accepter en échange de son hymen.

Comment faire abstraction de l'immonde rocher osseux de son conjoint ? Impossible de faire marche arrière ! Déjà engagée avec le bossu dans sa nouvelle vie amoureuse, elle avait parcouru avec lui trop de chemin pour renoncer de le poursuivre jusqu'à la mort. Elle se projetait en sa compagnie pour toujours. Pierre lui avait durablement retourné l'âme autant que les flancs, et sans le savoir l'avait probablement mise enceinte. Pas d'autre issue pour l'infirmière que de supporter ce calvaire anatomique, à moins de contourner le problème.

Entre les épaules de Pierre, se tenait sa future prison pour le restant de son existence. Un bagne à perpétuité en forme de corps grotesque.

L'horizon qui se levait devant elle ressemblait à un bloc de chair dorsale pareille à du granit.

Elle décida donc de regarder plus loin que les apparences, c'est-à-dire de fermer définitivement les yeux sur la foutue échine de son chéri !

samedi 13 juin 2026

2654 - Premier contact

Furieusement campé sur mes positions, j'avais cependant des vues sur une donzelle de mon âge. Elle brillait beaucoup à travers les nombreux bijoux qu'elle portait, signe que j'avais affaire à une fille soit vénale, soit portée sur la dépense.
 
L'approche s'annonçait difficile. Ma priorité absolue consistait à ne surtout pas débourser un centime pour la séduire. Je ne devais faire aucune allusion à une potentielle invitation à boire un verre.
 
Et ne jamais lui laisser le temps d'y songer elle-même.
 
Ma hantise était moins de me faire éconduire que de me voir proposer de passer à la caisse.
 
Par-dessus tout, je préférais encore essuyer un refus humiliant plutôt que de me séparer d'un seul sou.
 
De toute façon, que me coûtait de tenter le coup ? Rien, Dieu merci.
 
J'y allai donc le cœur battant, les doigts refermés sur ma bourse. La jolie ne me repoussa point. Nous parlâmes. Je commençai à lui plaire, je crois, jusqu'au moment où elle crut bon d'évoquer la possibilité d'une sortie en ville, c'est-à-dire de lui payer un breuvage dans un bar.
 
Je perdis aussitôt mes moyens, bafouillai quelques mots embrouillés et la quittai sur-le-champ. Ou plus exactement, la fuis sans demander mon reste, comme si la peste venait de déchirer mon précieux portefeuille.
 
Je retournai à ma solitude et à ma frustration, trop heureux d'avoir su préserver le peu de monnaie que je possédais. Ce n'est pas l'amour qui m'effrayait, mais les frais et faux frais.
 
Je me rendis compte de l'extrême difficulté à laquelle j'allais être confronté dans cette entreprise de conquête amoureuse. Les femmes, particulièrement les plus avenantes, semblaient n'être à mes yeux que des machines à jeter l'argent par les fenêtres, des objets de valeur conçus pour casser les tirelires. Alors que moi je cherchais désespérément des compagnes gratuites.
 
À quinze ans, j'entrais dans la vie avec des principes de vieux grigou. Je demeurais follement amoureux.

De mon épargne.

Liste des textes

2679 - Ma fortune de ragondin
2678 - La chair ou l’argent
2677 - Les coiffeurs
2676 - Les lacets
2675 - Ces petits riens de grand prix
2674 - Veiller sur mon argent
2673 - Les rustines
2672 - Ciel d’avare
2671 - Argent de poche
2670 - Construire avec peu
2669 - Seul c’est moins cher
2668 - Vol de rat
2667 - Drague de radin
2666 - Aux fêtes foraines
2665 - Mes jours de rat
2664 - Temps épargné
2663 - En quête de trésors perdus
2662 - Avariseul
2661 - Bosse finale
2660 - Le feu dans le ciel
2659 - L’amour bête et beau
2658 - Cause suprême
2657 - Seuls avec eux-mêmes
2656 - Priorité d’avare
2655 - Vue sur la bosse
2654 - Premier contact
2653 - Deux pour toujours
2652 - Jeunesse au rabais
2651 - Engendrer un enfant normal
2650 - Naissance de l’avarice
2649 - L’antre de Pierre
2648 - Simplicité de l’amour
2647 - Choc public
2646 - La bosse comme une flèche
2645 - L’envol de Pierre
2644 - Carrière de bossu
2643 - Fort, fragile et lucide
2642 - Amant idéal
2641 - En dehors du monde
2640 - La lente montée des larmes
2639 - La chair qui complète l’esprit
2638 - Un petit qui devient grand
2637 - Pierre dans un nuage
2636 - La bosse et le phallus
2635 - La pierre et le ciel
2634 - La chair
2633 - Pensées du lendemain
2632 - Retrouvailles sulfureuses
2631 - Faux espoirs ?
2630 - L’infirmière
2629 - Les anges
2628 - Dérive verticale
2627 - Bêtise ou grandeur ?
2626 - Une flamme en plein jour
2625 - Fracassantes platitudes
2624 - Entre abysse et ciel
2623 - La soupe pour baume
2622 - L’épouvantail vainqueur
2621 - La bosse de la discorde
2620 - Point sensible
2619 - La rose et la pierre
2618 - La minute de vérité
2617 - Passeport pour l’amour
2616 - La gloire du polichinelle
2615 - Question de point de vue
2614 - Entre sol et ciel
2613 - Feux prudents
2612 - Deux astres
2611 - Choc en plein champ
2610 - Pierre "présente" l'apparition à ses parents
2609 - Elle parlait à un épouvantail
2608 - Bête et bossu ?
2607 - Campagne triste
2606 - Une chance sur mille
2605 - S’écraser ou s’envoler
2604 - Retour sur Terre
2603 - Loin
2602 - Le choc de la chute
2601 - L’amour loin du sol
2600 - Fantômes d’azur
2599 - Les rêves de Pierre
2598 - La hauteur du ciel
2597 - Le stage
2596 - Libération
2595 - La chair et l’esprit
2594 - Beauté de bossu
2593 - Dos de gnome et tête de rat
2592 - Un rêve d’amour
2591 - La femme de ménage
2590 - L’ascension de la bosse
2589 - Marcher pour s’envoler
2588 - Le trou pour gagner le ciel
2587 - Le prix du vrai
2586 - La punition
2585 - Au sommet du trou
2584 - Asile de bossu
2583 - Retraite éducative
2582 - Fuir la honte
2581 - La raclée
2580 - Bulle de verre
2579 - Deux étincelles
2578 - Etreinte
2577 - Des flammes et des ombres
2576 - La bosse au centre du débat
2575 - Choc des contraires
2574 - L’union de la discorde
2573 - La tare et la star
2572 - Première conquête
2571 - L’éclat de sa bêtise
2570 - Dur réveil
2569 - Première épreuve
2568 - Juvénile bêtise
2567 - Entrée fracassante ans l’adolescence
2566 - Le bout de ma route
2565 - Quelques oiseaux sur une branche
2564 - Pluie de joie
2563 - Polir Pierre
2562 - Redresser la barre
2561 - Mauvais garnement
2560 - Au premier rang
2559 - Cachez cette bosse !
2558 - Rigide hypocrisie
2557 - La montagne de Pierre
2556 - Mes feux de joie
2555 - Les regards
2554 - Première école
2553 - Les mares
2552 - Petite bosse
2551 - Devenir parents
2550 - Naissance
2549 - Roi des pissenlits
2548 - Secrets de chemins
2547 - Le temps des giboulées
2546 - Quand je traîne...
2545 - Les poires
2544 - Les clochers
2543 - La vieille cabane
2542 - Les granges
2541 - Les villageois
2540 - Mes bottes
2539 - Rencontres dans mes nuages
2538 - Vagabond au printemps
2537 - Dimanches de mars
2536 - La chandeleur chez les Garbichon
2535 - Mon royaume de petits riens
2534 - Soirs de pluie
2533 - Une amitié de fer et de feu
2532 - Monsieur le maire
2531 - Mes vertiges de vagabond
2530 - Expédition nocturne avec la Garbichon
2529 - Une flamme dans ma poche
2528 - La Garbichon, ma chère chevêche
2527 - Les nids de corbeaux
2526 - Jours de tempête
2525 - Matins de brouillard
2524 - Mes chemins de poussière
2523 - Là où m’emportent mes bottes
2522 - La douleur de mon âme ?
2521 - Mon manteau
2520 - L’envol de mon chapeau
2519 - Lalune, une femme de roc
2518 - L’imbroglio des conflits du Moyen-Orient
2517 - Chez Mademoiselle Lataupe
2516 - Mes riches chemins
2515 - Extase
2514 - Jour de pluie
2513 - Seul dans mon coin
2512 - Mon pain quotidien
2511 - Ma route de nuages
2510 - La paille ou la soie ?
2509 - Chez monsieur le curé
2508 - Les corbeaux dans mon sillage
2507 - Mes amies les vaches
2506 - Mes braconnages
2505 - Mes chères cheminées
2504 - Perché sur mon pommier
2503 - Mes jours de joie
2502 - La femme du notaire
2501 - Mes nuits de rêve
2500 - Mes voyages
2499 - J’ai la peau dure
2498 - Qui est-il ?
2497 - Mes lits de ronces
2496 - Les épouvantails
2495 - Un oiseau déplumé
2494 - L’endive Dunord
2493 - La mère Garbichon
2492 - A travers champs
2491 - Heureux comme un rat !
2490 - Fin de peine
2489 - Un fou dans le noir
2488 - Mon testament
2487 - Sur mon lit de mort
2486 - Mon sort carcéral
2485 - L’aventure de mon vide
2484 - J’attends la fin
2483 - Derrière les murs, il y a Dieu
2482 - Je perds mes forces
2481 - Mon cinéma
2480 - Sinistre andouille
2479 - Mon secret
2478 - Mes vues ultimes
2477 - Après la peine, la paix
2476 - Tristesse en fête
2475 - La tache
2474 - La marche des secondes
2473 - Déliré-je ?
2472 - Vieillesse
2471 - Le tour de ma cellule
2470 - Qui me croira ?
2469 - Mon avenir lointain
2468 - Mes amis les rêves
2467 - Grise nourriture
2466 - Je m’enfonce dans la nuit
2465 - Loin des femmes
2464 - Du néant vers la lumière
2463 - Mes trésors dérisoires
2462 - Aucune visite
2461 - Des ombres me parlent
2460 - Une porte s’ouvre
2459 - Les passages du temps
2458 - Le train des jours
2457 - Le directeur
2456 - Au pied du mur
2455 - La loi du plus “fer”
2454 - Ma maison
2453 - Poussière
2452 - Les larmes de la nuit
2451 - Mutisme
2450 - Mon fantôme
2449 - Hallucinations
2448 - Je compte les jours
2447 - Vie de flamme
2446 - De vagues souvenirs
2445 - Les étoiles s’éloignent de moi
2444 - Eclats de joie
2443 - Je parle aux murs
2442 - La marche des matons
2441 - Sainte à l’air
2440 - À l’ombre de ma vie
2439 - Ma geôle sans sucre d’orge
2438 - Des ombres
2437 - Les feuilles
2436 - Quelle issue à mon chemin ?
2435 - Des ailes dans la nuit
2434 - Éclat d’ange
2433 - Le temps me tue
2432 - Les flammes du silence
2431 - Plus de Lune
2430 - Un jour de plus
2429 - Mes rêves
2428 - Une journée ordinaire
2427 - Reine d’un monde
2426 - La pluie
2425 - Je perds pied
2424 - Un oiseau à ma fenêtre
2423 - L’évadé
2422 - Les barreaux
2421 - Eclats et monotonie de la prison
2420 - Les clés
2419 - Espérance
2418 - A travers la fenêtre
2417 - Les années passent
2416 - Une lettre mystérieuse
2415 - Le psychologue
2414 - La douche
2413 - Je tourne en rond
2412 - L’anniversaire
2411 - Quelques visites
2410 - Insomnies
2409 - La promenade
2408 - Mes repas
2407 - Mon lit
2406 - Les printemps
2405 - Solitude de fer
2404 - L’ennui
2403 - Tête de taulard
2402 - La fouille
2401 - Passe-temp
2400 - Les gens libres
2399 - Prière
2398 - Les heures
2397 - La mouche
2396 - La porte
2395 - Le plafond
2394 - Nulle compagnie
2393 - Bientôt fou ?
2392 - Départ
2391 - Mes geôliers
2390 - L’enfermement
2389 - Quatre murs
2388 - Des mots en guise d’ailes
2387 - Mon trou
2386 - Connexion céleste
2385 - Une flamme de l’azur
2384 - Seigneur cinglant
2383 - L’âme en l’air
2382 - Flamme verte
2381 - Au feu les plumes sombres !
2380 - Sombre forêt
2379 - Emportés par le vent
2378 - Un homme des nues
2377 - Courage de Bayrou
2376 - Un chemin sans fin
2375 - Mon univers infini
2374 - Je ne suis pas de la ville !
2373 - Seul parmi les arbres
2372 - Au bout des chemins
2371 - Mon trésor
2370 - Les cumulus
2369 - Qui donc m’observe ?
2368 - Le loup
2367 - Cauchemar
2366 - Un peu de foin
2365 - Bain de crépuscule
2364 - Voyage sous un arbre
2363 - Ma solitude de roi
2362 - Le silence
2361 - Aubes de plomb
2360 - Mes anges les corbeaux
2359 - Vertueuse verdure
2358 - Le parachute
2357 - Au bord de l’eau
2356 - J’y suis et j’y reste !
2355 - Ma soupe
2354 - Les fées n’existent pas !
2353 - Le bon air de mon exil
2352 - Un jour ordinaire
2351 - Vie de rêve
2350 - Ma solitude
2349 - Je découvre une tombe
2348 - Le randonneur
2347 - La nuit
2346 - Le braconnier
2345 - A l’ombre des arbres
2344 - Une belle journée
2343 - L’intruse
2342 - La chasse à courre
2341 - Les vers luisants
2340 - L’hôte qui pique
2339 - Dans la pénombre
2338 - Le ballon
2337 - Ma lanterne
2336 - La barque
2335 - Le chemin creux
2334 - Les deux chasseurs
2333 - Flamme noire
2332 - Deux corbeaux dans un arbre
2331 - Insomnie
2330 - Cris des corbeaux
2329 - Papillons de nuit
2328 - Froid et pluies
2327 - Les ronces
2326 - Chemins de boue
2325 - Tristesse de la forêt
2324 - Provisions de bois
2323 - Dans les buissons
2322 - Pluie matinale
2321 - Les grands arbres
2320 - Terribles crépuscules
2319 - Les rats
2318 - Un ami frappe à ma porte
2317 - Entouré de rusticité
2316 - Le sanglier
2315 - Mon sac
2314 - Le renard
2313 - Ma marmite
2312 - Des bruits dans la nuit
2311 - Les lapins
2310 - Un signe sous le ciel
2309 - La Lune vue de mon toit
2308 - Une gauchiste explosive
2307 - Sortie nocturne
2306 - Le vent sur la forêt
2305 - Un air de feu
2304 - Rêve dans les branches
2303 - L’écolo
2302 - Les papillons
2301 - La corneille
2300 - Les patates
2299 - L’escorte des souches
2298 - Un orage au dessert
2297 - Nulle femme dans ma forêt
2296 - Indispensables pommes de pin
2295 - Promenade
2294 - La pluie sur mon toit
2293 - A la chandelle
2292 - Un soir de brume
2291 - Vie de feu
2290 - La rosée matinale
2289 - Dans l’herbe
2288 - Par la fenêtre
2287 - Ma cheminée
2286 - Mes chemins d’ermite
2285 - Au réveil
2284 - Les cailloux sur mes chemins
2283 - Mes sentiments de bûche
2282 - Nuit de pleine lune en forêt
2281 - Ivresse de femme
2280 - Loin de ma grotte
2279 - Tempête dans mon trou
2278 - Baignades d'ermite
2277 - Un hibou dans la nuit
2276 - Mes ennemis les frileux
2275 - Ermite aux pieds sur terre
2274 - Mon jardin d’ermite
2273 - La récolte des fagots
2272 - Un étrange visiteur
2271 - Ma demeure d’ermite
2270 - Un homme clair
2269 - Un foyer au fond de la forêt
2268 - Les raisons du peintre
2267 - La célibataire
2266 - Les femmes
2265 - Une femme
2264 - France sous les étoiles
2263 - Un homme hors du monde
2262 - Homme de feu
2261 - Rencontre du troisième type
2260 - Voyage
2259 - Déprime
2258 - Fiers de leur race
2257 - La fille lointaine
2256 - Le Noir méchant
2255 - L’attente
2254 - J’ai entendu une musique de l’an 3000
2253 - Le modèle
2252 - Blonde ordinaire
2251 - Mâle archaïque mais authentique
2250 - La femme et la flamme
2249 - Voyages au bout de la terre
2248 - Ma chambre
2247 - Le vieil homme entre ses murs
2246 - L'ovin
2245 - Vous les mous, les mouches, les mouchards
2244 - Mon humanisme fracassant
2243 - Ma cabane sur la Lune
2242 - Les marques rouges du ciel
2241 - Je reviens !
2240 - Une fille de toque
2239 - La légèreté de la Lune
2238 - Janvier
2237 - Elena Yerevan
2236 - Oiseaux de rêve ?
2235 - J’irai vivre à la campagne
2234 - Fiers de leurs péchés
2233 - Deux faces
2232 - Le soleil de la jeunesse
2231 - Dans les bois
2230 - Nuit de vents
2229 - Mon fauteuil de lune
2228 - Le sourire d’une marguerite
2227 - Je ne suis pas antiraciste
2226 - Qui est-elle ?
2225 - L’arc-en-ciel
2224 - Je suis parti dormir sur la Lune
2223 - La sotte intelligence
2222 - Leurre ou lueur ?
2221 - Clinchamp, cet ailleurs sans fin
2220 - La tempête Trump
2219 - Femme de lune
2218 - Une plume de poids
2217 - Douches glacées
2216 - Les arbres et moi
2215 - Je pulvérise le féminisme !
2214 - J’aime les vieux “fachos”
2213 - La surprise
2212 - Promenade en forêt
2211 - Je vis dans une cabane
2210 - Plouc
2209 - Je suis un mâle primaire
2208 - Musique triste
2207 - Ma cabane au fond des bois
2206 - Hommage à Christian FROUIN
2205 - Installation sur la Lune
2204 - Barreaux brisés
2203 - Affaire Pélicot : juste retour de bâton du féminisme
2202 - L’abbé Pierre, bouc-émissaire des féministes
2201 - Par tous les flots
2200 - Votre incroyable aventure !
2199 - Je ne suis pas en vogue
2198 - Jadis, je rencontrai un extraterrestre
2197 - Dernière pitrerie
2196 - Alain Delon
2195 - Je déteste les livres !
2194 - L’esprit de la poire
2193 - Je ne suis pas citoyen du monde
2192 - Ma cabane dans la prairie
2191 - Devant l’âtre
2190 - Plus haut que tout
2189 - Pourquoi la femme vieillit si mal ?
2188 - Je prends l’avion
2187 - Sous la Lune
2186 - La pourriture de gauche
2155 - L’horloge
2154 - A la boulangerie de Mont-Saint-Jean
2153 - L’écologiste, ce primitif
2152 - Madame Junon
2151 - Chemins de pluie à Clinchamp
2150 - Voyage vers Mars
2149 - Galaxies
2148 - Je suis de la droite honteuse
2147 - Les écrivains sont des poids morts
2146 - L’héritage de Clinchamp
2145 - Clinchamp, une histoire sans fin
2144 - Vent de mystère à Clinchamp
2143 - Ma cachette à Clinchamp
2142 - Randonnée à Clinchamp
2141 - Eclipse de Lune à Clinchamp
2140 - Un arc-en-Ciel à Clinchamp
2139 - Clinchamp sous l’orage
2138 - J’ai rêvé de Clinchamp
2137 - Jour de l’An à Clinchamp
2136 - Vacances d’été à Clinchamp
2135 - Attente à Clinchamp
2134 - Un jour ordinaire à Clinchamp
2133 - Or de France
2132 - La compagne des esseulés
2131 - Loup de lumière
2130 - Spleen
2129 - Le pitre
2128 - Les corbeaux de Clinchamp
2127 - Un homme heureux à Clinchamp
2126 - Le mouton
2125 - Des lutins à Clinchamp ?
2124 - Je suis fort !
2123 - Paroles prophétiques
2122 - L’égalité entre les hommes est injuste !
2121 - L’idéaliste de gauche
2120 - La femme est la monture de l’homme
2119 - Clinchamp sous la neige
2118 - Le Nord et le Sud
2117 - Pourquoi j’aime Clinchamp ?
2116 - Convaincre Blandine
2115 - Un couple de vieillards à Clinchamp
2114 - Le facteur de Clinchamp
2113 - Tristesse et beauté à Clinchamp
2112 - L’Art
2111 - Botte à l’oeuf
2110 - Les bûcherons de Clinchamp
2109 - Le coucou de Clinchamp
2108 - BFMTV : l’écran de la vérité
2107 - Lettre anonyme
2106 - Je ne suis pas amoureux de Paris !
2105 - Un jour d’hiver à Warloy-Baillon
2104 - La femme soumise brille comme une casserole
2103 - Les chouettes de Clinchamp
2102 - Quand la tempête s’abat sur Clinchamp...
2101 - L’aile et la pierre
2100 - Mes amis les maudits
2099 - Le brouillard de Clinchamp
2098 - Artiste de gauche
2097 - L’éternité dans la tête
2096 - Toussaint à Clinchamp
2095 - Chagrin échappé
2094 - Clinchamp-sur-Mystère
2093 - Les cafards
2092 - Loup des airs
2091 - Le loup de Clinchamp
2090 - En latin, c’est plus beau !
2089 - Les patates de Clinchamp
2088 - L’enfant des airs
2087 - Ciel de France
2086 - Thaïs d’Escufon
2085 - Les tomates de Clinchamp
2084 - Jérôme Bourbon
2083 - Les chats de Clinchamp
2082 - Poupée d’ailleurs
2081 - Pierre de feu
2080 - Les champs de Clinchamp
2079 - L’éclosion
2078 - Vacuité des bouquinistes
2077 - Les toits
2076 - Freud
2075 - Sport
2074 - Le simplet de Clinchamp
2073 - Les oiseaux de Clinchamp
2072 - Je ne suis pas cartésien
2071 - Au cimetière de Clinchamp
2070 - Le Panthéon pour Hugo, l’évasion pour Izarra
2069 - Les rats de la France
2068 - Le curé de Clinchamp
2067 - Mon trou à Clinchamp
2066 - Saint-Léonard-des-Bois
2065 - Les cloches de Clinchamp
2064 - Un épouvantail à Clinchamp
2063 - Les rêves de Clinchamp
2062 - Je suis raciste
2061 - L’injustice sociale ne me choque pas
2060 - Les femmes de Clinchamp
2059 - Les jours vides de Clinchamp
2058 - Une grand-mère
2057 - Clinchamp vers 1970
2056 - La femme de soixante ans
2055 - Sale temps à Clinchamp
2054 - Un grand voyage en forêt
2053 - L’ailé et l’aliéné
2052 - Souvenirs lointains
2051 - Domestication d’une greluche
2050 - Déprime à Clinchamp
2049 - L’amour à Clinchamp
2048 - Les Droits de l'Homme, c'est la négation de l'homme !
2047 - Les hivers de Clinchamp
2046 - Les chemins de Clinchamp
2045 - Seul au monde
2044 - Ne me parlez pas d’amour
2043 - Tristesse de l’été
2042 - Jour de fête à Clinchamp
2041 - Monsieur Lecon
2040 - Châtelain
2039 - Les ailes de Clinchamp
2038 - Tremblement de terre
2037 - Nuit d’amour
2036 - Pluie de joie à Clinchamp
2035 - Les gauchistes
2034 - Clinchamp sous les clartés lunaires
2033 - Henri d’Anselme, héros hétéro rétro
2032 - Les hirondelles
2031 - Retraite dans la forêt
2030 - Mon bosquet
2029 - L’or de Clinchamp
2028 - Sur le chemin
2027 - La souche
2026 - Clinchamp, ce voyage sans fin
2025 - Sardines à l’huile
2024 - Les fantômes
2023 - Le silence de la forêt
2022 - Les arbres
2021 - Les joies de Clinchamp
2020 - La merde républicaine
2019 - Les ailés
2018 - Les soirées de Clinchamp
2017 - Parasite
2016 - Clinchamp, les routes de l’ennui
2015 - Moi français, je déteste les migrants !
2014 - Répugnante
2013 - Les complotistes
2012 - Je déteste les livres de philosophie !
2011 - Le bossu de Clinchamp
2010 - La lumière de Clinchamp
2009 - Les crépuscules de Clinchamp
2008 - Les nuits à Clinchamp
2007 - Les aubes de Clinchamp
2006 - Je suis un oiseau à Clinchamp
2005 - Les rats de Clinchamp
2004 - Les papillons de Clinchamp
2003 - Les richesses de la normalité
2002 - Le Rimbaud des bobos
2001 - Les vaches de Clinchamp
2000 - La folle de Clinchamp
1999 - Mon ego solaire
1998 - Vague Lune
1997 - Ma cabane à Clinchamp
1996 - Moi, IZARRA
1995 - Mais qui donc est Dardinel ?
1994 - La Dame Blanche de Clinchamp
1993 - Le Dalaï-Lama
1992 - Pluie à Clinchamp
1991 - Je suis sexiste
1990 - Les flammes du printemps
1989 - Le rustaud de Clinchamp
1988 - Les larmes d’Amsterdam
1987 - Clinchamp, terre d’envol
1986 - La Joconde de Clinchamp
1985 - Face cachée de Clinchamp
1984 - La clocharde de Clinchamp
1983 - Je suis un extraterrestre
1982 - Clinchamp sous les éclats de novembre
1981 - Clinchamp au bord des larmes
1980 - Les fantômes de Clinchamp
1979 - Les pissenlits de Clinchamp
1978 - Clinchamp : fin et commencement de tout
1977 - Amsterdam
1976 - J’habite sur la Lune
1975 - Secret de Lune
1974 - Les ailes de la Lune
1973 - Voir Clinchamp et sourire
1972 - La pierre et l’éther
1971 - Clinchamp, au bonheur des larmes
1970 - Clinchamp, mon dernier refuge
1969 - Croissant de Lune
1968 - Mais d’où vient donc la Lune ?
1967 - Lune lointaine
1966 - Lune éternelle
1965 - Sandrine, notre voisine
1964 - Rêve de Lune
1963 - Lune des rêves
1962 - La Lune dans le bleu
1961 - Lune ultime
1960 - Les tourmentés
1959 - Clinchamp, paradis des ombres
1958 - Lune absente
1957 - Je raffole des commérages !
1956 - Clinchamp : royaume des humbles
1955 - La Dame dans le ciel
1954 - Palmade : de la gloire au gouffre
1953 - Evasion
1952 - Tatouages, ces marques de faiblesse
1951 - L’égalité est un enfer !
1950 - Repas sur l’herbe à Clinchamp
1949 - Escale à Clinchamp
1948 - Beauté morbide de la Lune
1947 - J’ai dormi dehors à Clinchamp
1946 - Les humanitaires sont des parasites !
1945 - Sur les routes de Clinchamp
1944 - Une année à Clinchamp
1943 - Tristesse du printemps
1942 - Bulle de Terre
1941 - Jour de joie à Clinchamp
1940 - L’inconnu de Clinchamp
1939 - Le ciel de Clinchamp
1938 - Les éclats de Clinchamp
1937 - Le voyageur
1936 - Fête triste
1935 - Les antiracistes
1934 - Jean Messiha
1933 - Coeur gelé
1932 - Romantisme de pierre
1931 - La femme est sous mes pieds
1930 - Burcu Güneş, un air léger
1929 - Je déteste les pauvres !
1928 - Quand mon coeur s’allume
1927 - Intègre, entier, râpeux
1926 - Le cheval
1925 - Homme mauvais
1924 - Un trou sous le ciel
1923 - Hauteur de la Lune
1922 - Nulle part, là-bas, ailleurs
1921 - Belle Lune
1920 - Salades lunaires
1919 - Lettre à Reynouard
1918 - MARGUERITE OU L’HISTOIRE D’UNE VIEILLE FILLE
1917 - Récoltes lunaires
1916 - Je suis français de souche
1915 - Lune mortuaire
1914 - Clinchamp, cité des oubliés
1913 - Clinchamp, l’air de rien
1912 - Clinchamp, sommet du monde
1911 - La pollution, c’est la vie !
1910 - Seule au monde ?
1909 - Le Ciel et la Terre
1908 - Lune de haut vol
1907 - La Lune s’allume
1906 - Nuit sombre
1905 - Soupe de Lune
1904 - Puretés raciales
1903 - Lune-pizza
1902 - La grande question
1901 - Amiens
1900 - Pleur de Lune
1899 - Rêve d’amour
1898 - Vive le patriarcat !
1897 - La libellule
1896 - L’eau qui m’éclaire
1895 - Une question de clarté
1894 - La Lune dort
1893 - Les artifices du spirituel
1892 - Lune normale
1891 - Ni chauffage ni travail
1890 - Lune de fer
1889 - Molle Lune
1888 - Insensible aux malheurs des autres
1887 - Mon visage de vérité
1886 - Amante russe
1885 - J’écris
1884 - Lune martiale
1883 - Je suis un incapable
1882 - Lune creuse
1881 - 1975
1880 - L’éclat d’un fard
1879 - Amour impossible
1878 - Femme au foyer
1877 - L’esprit de la Lune
1876 - Ingérence féministe
1875 - Cratères lunaires
1874 - Lune d’effroi
1873 - Lune des chats
1872 - Les athées
1871 - Lune d’or
1870 - Lune carrée
1869 - Lune de miel
1868 - Folle lune
1867 - Jour de joie
1866 - SMARPHONES : abrutissement des masses
1865 - Sombre lune
1864 - Les mouches
1863 - Ma vie simple
1862 - Clinchamp, terre lointaine
1861 - Je suis un conservateur
1860 - Lune de glace
1859 - Le lac
1858 - Qu’est-ce que la beauté ?
1857 - Lune blanche
1856 - Lune de mer
1855 - Lune de feu
1854 - Présence immortelle
1853 - Surprenante Lune !
1852 - L’éclat de la Lune
1851 - Epis lunaires
1850 - L’autre Lune
1849 - L’amie des cheminées
1848 - Lune morte
1847 - Lune Parmentier
1846 - Lune fatale
1845 - Amour céleste
1844 - Grâces et disgrâces
1843 - Ma maison, c'est la Lune
1842 - Poids de la Lune
1841 - La morte visiteuse
1840 - Ma cabane sous la Lune
1839 - Bleu ciel
1838 - Histoire de lune
1837 - Suc de Turque
1836 - Stéphane Blet
1835 - Ciel bleu
1834 - Bonheur de rat
1833 - Redneck
1832 - Sur le rivage
1831 - Attraction lunaire
1830 - Je suis anti-féministe radical
1829 - Mais qui est-il ?
1828 - Je veux des frontières !
1827 - Les francs-maçons
1826 - Folies lunaires
1825 - Alunir, en un mot
1824 - “Comme ils disent”, chanson d’Aznavour
1823 - Lune tiède
1822 - Globe de rêve
1821 - Effroi
1820 - Vangelis
1819 - L’air de la Lune
1818 - La campagne
1817 - Lune tombale
1816 - Les cailloux
1815 - Je déteste Paris !
1814 - Boules de neige
1813 - Je n’ai pas peur
1812 - Parler vrai
1811 - Les hommes simples
1810 - Quand la Lune panse
1809 - Régine : extinction d’un feu
1808 - Morte veilleuse
1807 - Coeur de pierre
1806 - Noir
1805 - Mystère de la Lune
1804 - Jackson Pollock
1803 - En pleine lumière
1802 - Harmonie des sexes
1801 - Dix ans dans l’azur
1800 - Pluie d’avril
1799 - Le gueux
1798 - Les pommes de pin
1797 - Voyage vers la Lune
1796 - Mystère d’une nuit
1795 - Une lumière turque
1794 - Sans coeur et avec écorce
1793 - Envolé !
1792 - Galante ou l’abcès crevé
1791 - La lumière du Bosphore
1790 - Claude Monet
1789 - Rat aristocrate
1788 - Ukraine : sortez de vos ornières mentales !
1787 - Tranche de ciel et plumes de la Terre
1786 - Les sots écolos
1785 - L’astre turc
1784 - L’Ukraine, je m’en fous totalement !
1783 - Vive la guerre !
1782 - Réponses à un coatch
1781 - Droite pure
1780 - Vains hypersensibles
1779 - Mes valeurs vives
1778 - Le secret
1777 - Force et lumière
1776 - De l’herbe à l’aiguillon
1775 - Jusqu’à la mort
1774 - Zemmour et les journalistes de gauche
1773 - Dur et juste
1772 - La flamme et le marbre
1771 - Mon chat est mort
1770 - Les frères Bogdanoff
1769 - J’ai rêvé de Natacha
1768 - Technologie
1767 - Vers la Lune
1766 - C’était la guerre
1765 - La “tondue de Chartres”
1764 - Dans le métro
1763 - Naissance d’un virus
1762 - Zemmour est-il un de Gaulle ?
1761 - Je suis grand
1760 - Jour de gloire
1758 - Une muse du Bosphore
1758 - Je suis un extrémiste
1757 - Les éoliennes
1756 - Femme terminale
1755 - Autoportrait
1754 - Je suis un sanglier
1753 - Faux fou
1752 - Les affaires
1751 - Octobre
1750 - Le fantôme
1749 - Les écrivains
1748 - Sauvez la France !
1747 - Mes sentiments de pierre
1746 - Une araignée raconte
1745 - Un coeur clair
1744 - Phallocrate
1743 - Les vaches
1742 - Les faibles sont mauvais
1741 - Les sans-visage
1740 - Le trouillard de gauche
1739 - Léonard de Vinci enfant
1738 - Mes froideurs sublimes
1737 - Le romantisme, c’est la décadence
1736 - La Joconde
1735 - La tour Eiffel
1734 - Le Soleil
1733 - Une boule de mystère
1732 - Les masqués
1731 - Burcu Günes, l’or turc
1730 - Léa Désandre
1729 - Le père Dédé
1728 - “Blanc lumière” de Pollock
1727 - Les kikis et les cocos
1726 - Les funérailles de Belmondo
1725 - Pôle Sud
1724 - Vierge au mariage
1723 - La forêt
1722 - Le réveil des clochers
1721 - En septembre
1720 - Extraterrestre
1719 - Ni cagoule ni sérum
1718 - L’astre des morts
1684 - Enfants du monde
1679 - Vie d’élite
1328 - Je suis apolitique
115 - Le cygne
114 - Le spleen de Warloy-Baillon
113 - Les visiteurs
112 - La Lune
111 - L’amant des laides
110 - Mémoires d’un libertin
109 - Une existence de pompiste
108 - Lettre à mes amis des listes sur Internet