On vous dira que l'amour est enfant de Bohème, aveugle, sot, éclatant, qu'il apparaît bleu, rose ou verdâtre, qu'il ressemble à un oiseau blessé, qu'il s'affiche avec la solennité d'une porte de cathédrale, qu'il brûle, empoisonne, apaise, irrite... On vous affirmera même qu'il durcit les coeurs. Et je ne sais combien d'autres sottises encore. Vous serez mollement convaincus et oublierez bien vite ces fadaises.
Moi je vous clame que la flamme sacrée, la vraie, l'unique, l'amour en un mot, mais le beau, le tendre, l'inouï, l'indéfinissable, ne s'apparente pas à une étoile isolée, à un visage lointain, à une musique légère. Cette chose, si je puis dire, ne se montre ni de marbre ni de bois. Beaucoup plus proche du sol après avoir pris contact avec vous, cette aile qui à vos yeux pèse autant qu'une plume devient lourde, froide et aqueuse une fois qu'elle se pose sur votre front. Voilà précisément ce qui fait tout son prix et donne tout son poids à ce "plomb des anges".
C'est une sorte d'esprit pesant que l'on sent contre sa chair.
En réalité ce fluide venu du Ciel court sur les toits, plonge dans les gouttières, se répand dans les fosses, s'y vautre, s'évapore jusqu'aux nues, redescend en chute libre, s'écrase sur la gueule des loups, remonte aussitôt au-dessus de nos têtes, retombe sous forme de flocons, s'immisce dans nos cous, s'égare dans nos cheveux, se transforme en particules infiniment ténues, revient et s'abat pareil à une vaste vague salée dont l'écume dévaste tout, n'épargnant que les rats.
Ce phénomène inqualifiable est loin d'être un chien galeux, un cygne errant ou une libellule aux bras d'argent. Ni à droite ni à gauche, ni devant ni derrière, il glisse aussi platement qu'une ombre, se fait perdre de vue à chaque heure qui passe, sursaute à midi pile, colle aux semelles, s'en échappe par les trous, fuit de tous côtés, vole au secours des bien-portants. Déroutant, il s'arrange pour se faire réveiller à dates fixes. Prévisible, il sonne comme une cloche fêlée.
L'amour n'est pas une histoire à dormir dans un lit, non plus un roman à l'eau-de-vie, point du tout un poème acide. Nullement blanche, aucunement grise, encore moins jaune, cette fièvre de l'azur est un citron peu pressé, une terre battue en neige, une coquille dans un livre qui sert de cale. Elle monte quand il faut creuser, plane lorsqu'il faut rêver, tourne là où il est interdit de circuler.
Cette céleste clarté que l'on appelle 'l'amour" est un âne, une barrique, une bourrasque inique, une barricade "ânesque". Autrement dit, une gerbe verbale qui joue dans le vent sur des airs de rien, ainsi que le feu qui s'allierait avec les flots. Ce souffle qui fait palpiter les pierres brait et trépigne. Têtu, il insiste bêtement. Fébrile, il transpire à grosses gouttes. Borné, il fonce droit vers le mur.
Son grand secret : en partant perdant il gagne à tous les coups !
Car enfin, cette lumière suprême finit toujours par revenir courir sur les toitures, quels que soient ses masques : issue des nuages, cette onde divine recouvre l'Univers entier, imprègne tout ici-bas en formant d'inutiles tourbillons que personne ne verra jamais. Invariablement elle surgit en geysers minuscules, reprend le chemin des conduits de zinc, retourne aux caniveaux pour le seul plaisir de les féconder avant de s'en extraire et lentement grimper jusqu'à son firmament de brumes et d'éther.
Arroser les tuiles, mouiller les hommes, humecter l'herbe, baver sur le monde, envelopper de brouillard âmes et espaces vitaux, laver les peaux, noyer la planète, tel se manifeste le mystère diluvien et infini de l'Amour.
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2 commentaires:
Qu'est ce que vous voulez placer comme commentaire derrière cela !
Bras et souffle coupés, même en retournant la tour de Babel pour en faire tomber les mots en toutes langues, en faisant remonter à la surface tous les livres de la bibliothèque d'Alexandrie...
Juste crier peut-être que c'est là, le triomphe d'Agapè. Le déluge qui remet Erôs à sa juste place et donne aux victimes noyées en ses flots une soif éternelle.
Joker.
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