mercredi 29 mars 2017

1218 - Je suis riche

Je ne porte pas de vêtements à la mode : je me présente aux autres avec la vérité de mon être perçant les apparences.

Je suis riche d’authenticité.

Je progresse sans moteur, à pieds ou à bicyclette : j’ai le goût de l’air pur et de l’effort.

Je suis riche de ciel bleu.

Je ne possède ni téléphone portable ni lunettes noires : je parle aux hommes sans appareil et ne voile pas ma vue.

Je suis riche de simplicité.

Je ne travaille pas, ne m’endette pas, ne désire rien de coûteux et de frivole, ne me sens point obligé d’imiter les moutons partant aux sports d’hiver, ne me rends esclave d’aucune futilité.

Je suis riche de liberté.

Je ne cherche pas à plaire aux idéologues, aux passants, à un patron, à mes voisins, pas plus au pape qu'au pouvoir en place.

Je suis riche d’indépendance.

Je ne chauffe pas en hiver, me déplace à la force de mes muscles, bois de l’eau claire, me nourris de pain noir et de verdures.

Je suis riche de santé.

Je ne cours pas après des chimères hors de prix, ne cherche nul trésor d’or ou de toc, n’aspire ni au superflu de poids ni aux petits riens vides de sens.

Je suis riche de légèreté.

Je ne me préoccupe guère de ma position sociale. Insensible aux artifices du siècle, aux vanités temporelles, je ne perds pas mon temps à faire briller mon image publique.

samedi 25 mars 2017

1217 - Vos urnes, mon azur

Certains s’imaginent immenses en se nommant “enfants de la République”, se prennent pour des flambeaux en se disant “héritiers des Lumières”, se croient au sommet en se présentant comme “fils de la Raison”.

Moi je suis simplement souffle dans l’éther, vague dans l’océan, point dans le firmament.

Je n’ai aucune ambition temporelle, que des ailes pour le ciel. Pas de poids politique, juste la légèreté des nuages. Je fuse dans l’espace pendant que les lourdauds remplissent les urnes de leur foin quotidien ou ruminent en rond dans leurs étables.

Je n’adhère nullement aux valeurs sacralisées par les quadrupèdes.

“Liberté, égalité, fraternité” : voilà trois méchantes carottes pour faire braire les ânes béats !

“Bleu, blanc, rouge” : c’est le vin sec et aigre, le nectar vulgaire, l’ivresse infâme des serviteurs de l‘insignifiance, des adorateurs du dérisoire, des disciples de la petitesse.

“Laïcité” : trésor minuscule des détenteurs du rien. Respiration des porcs pataugeant dans leur fange. Air sans vitalité des âmes éteintes. Banquet fade des noceurs creux.

La “démocratie”, cette religion vide des croyants en leur bide, ne pèse rien en comparaison à l’infini de mes vues sur ce qui la ridiculise, la pulvérise, la dépasse.

Pendant que les mystiques du suffrage universel chevauchent leur bidet à la conquête de leurs doigts de pieds, moi je sonde l’Univers, libre, lumineux, aussi ténu qu’une étincelle et soudain vaste comme dix-mille galaxies.

Je ne vote pas, je vole.

Je plane, chante, ris, porté par l’Eveil.

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=ZDhfMk53nM0

http://www.dailymotion.com/video/x5g5h9x

jeudi 23 mars 2017

1216 - Fête au rabais

Jour de fête foraine au mois de mars.

Pluie glaciale.

Je me dirige vers l’entrée de ces réjouissances : une sorte de fossé jonché de détritus et dégageant de fortes odeurs d’urine. J’emprunte cette allée sinistre flanquée d’effigies clownesques géantes.

Des Têtes de Mickey, de Donald, de Gugusse.

Toutes blafardes.

Rendues méchantes grâce aux peintures écaillées. Leurs joues ruisselantes de rouille et de crasse visqueuse donnent une saveur aigre à leur sourire ambigu.

Carnaval de gargantuesques cadavres.

Accueil effrayant.

Des cerbères, gardiens de “machines d’amusement” et autres “animateurs de jeux” musculeux aux bras tatoués et aux mines patibulaires me fixent avec malveillance depuis leur guérite. Atmosphère lourde. Sensation d’insécurité. Je me sens comme une proie en terre ennemie.

Des pleurs stridents d’enfants sortent d’un manège de chevaux aux regards morts. Tout grince dans la machinerie du carrousel et la musique qu’on y entend est glauque. De temps à autre un fracas de ferraille couvre les sanglots de terreur des bambins. Le divertissement en question est en fait un immonde dôme fait de bric et de broc, un amas de tôles de récupération, tordues, percées, bariolées, mal ajustées et dont certaines, déchirées, coupantes, dépassent dangereusement ici et là. Sur le sol (des planches moisies ponctuées de gros boulons), des traces de cambouis et de restes de vomis incrustés... Tout ce fatras est imbibé d’une odeur d’huile brûlée émanant du moteur mal réglé.

Là coulent les larmes des innocents au rythme des tours de folie ! 

Payés cash à un prix prohibitif.

Je poursuis mon initiation dans cette ambiance crépusculaire. Plus loin l’attraction-phare : les auto-tamponneuses.

En m’approchant de ce lieu de récréation légendaire je croise une adolescente en pleur saignant du nez, blessée au visage. Non loin d’elle, un jeune homme avec un horrible hématome sur le front, la lèvre inférieure enflée, titube, ivre-mort, l’air hagard.

Immédiatement je suis happé par le spectacle des engins qui s’entrechoquent. Le décor est criard, vulgaire, crapuleux. Et, comme toujours dans son antre, le patron à l’allure de mafieux veille à l’entrée de l’argent, l’oeil mauvais, le mot déplaisant, le geste menaçant. Vite, je passe mon chemin !

Pressé de sortir de cette foire foireuse, je suis harponné par le train fantôme : le rabatteur au déguisement sordide me propose carrément l’achat d’un ticket sous peine d’un passage à tabac... Cette fois c’en est trop, je fuis ! Avec lâcheté ou courage, je n’en sais rien.

Derrière moi, les néons lugubres s’évanouissent peu à peu dans la brume et je rentre dans mon foyer retrouver mes rêves paisibles d’aubes légères et d’eau pure.


VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=na5vLl6wNc4

http://www.dailymotion.com/video/x5fwt8b_fete-au-rabais-raphael-zacharie-de-izarra_travel

lundi 20 mars 2017

1215 - Plus haut que vos têtes, plus loin que vos terres...

Pour les affaires de ce monde je ne suis digne de rien, ne donne la main à personne, ne verse mon sang pour nulle cause, ne tends vers aucune de vos directions.

Je suis un parjure du temporel. L’ennemi de tous les siècles. L’adversaire de vos sagesses. L’hérésie de chaque pays.

Loin de vos lois, en guerre contre vos horizons.

Indifférent à vos raisons.

J’ai l’âme d’un félon.

Absent à vos appels, je ne vous sers à rien. Je trahis vos dieux, me moque de vos misères, crache dans votre ciel, urine dans votre miel, souille ce que vous adorez.

Et vous prenez ces outrages pour des hommages.

Vous êtes des larves, vous dormez sous terre et me croyez des vôtres...

Vous n’imaginez pas que puisse briller un astre majeur par-delà vos portes blindées de bêtise, au-dessus de vos faces de rats morts, plus haut que les vues de vos viscères. Vous ne savez pas que vous êtes les miettes d’un monde immensément brillant dépassant vos valeurs les plus chères.

Vous êtes flasques, vous sommeillez dans la vase et me traitez comme un frère. Ignorant tout de moi, de vous-même et de l’Univers en prenant le pire pour le meilleur. Votre ombre vous semble lumière et elle vous suffit...

Je suis là pourtant, avec mes rêves plus réels que vos semelles chargées de boue, plus vif que vos flammes de malheur, plus léger que vos pensées façonnées par la merde.

Vous souffrez pour des peccadilles, vivez pour du vent, mourez pour des idées. Ne quittant jamais le sol, vous restez des fourmis, des larves, des rats, des ânes.

Et moi je vous le dis, même si vous ne m’écoutez pas : cessez de cultiver ces sornettes qui vous aveuglent, osez toutes les oublier et je vous montrerai l’infini.

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=Naulswr0yfQ

http://www.dailymotion.com/video/x5fpc5x

jeudi 16 mars 2017

1214 - Plaidoyer pour l'hétérosexualité

L’union intime entre deux bougres est une injure à l’ordre cosmique, un déséquilibre de l’harmonie universelle, un outrage à la nature, un péché contre l’esthétique, une honte sur la Terre.

Les tendresses entre deux mâles sont des déviances. Leur flamme est perverse. Leurs moeurs dénaturées.

Deux moustachus ensemble c’est répugnant et choquant. Deux tribades ensemble c’est moins outrancier, moins malsain.

Mais la panacée, c’est un homme avec une femme.

Rien de plus beau qu’un regard entre Adam et Eve.

Rien de plus normal, saint, naturel, clair, glorieux, juste, bon, doux et vrai qu’un accouplement hétérosexuel sous le soleil de la vérité.

Le ciel a été fait pour recevoir les astres tout comme le garçon, cette merveille de la Création, a été fait pour recevoir les fleurs.

Les ébats charnels ne se conçoivent véritablement que sur le modèle inné basé sur le miracle, non sur le modèle corrompu fondé sur le mensonge.

L’un engendre, l’autre est stérile.

Les jeux nuptiaux inventés par la Céleste Intelligence, d’une incroyable diversité, d’une inépuisable richesse sont émouvants, éclatants, surprenants, colorés, drôles, élégants, raffinés, sophistiqués, étranges, sublimes, baroques, grandioses, joyeux, comiques, mystérieux... Bref, ils expriment la puissance, la bonté, la générosité et le génie du divin.

Alors que les séductions entre deux pédérastes sont grotesques, grossières, crapuleuses, affligeantes, misérables, tristes et même sinistres.

Je vous le dis : depuis que le monde est monde et ce pour toujours, sous le firmament on n’a pas fait plus brillant, plus rayonnant, plus lumineux que le baiser du Soleil sur la Lune.

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=WHCnc-G6pzs

http://www.dailymotion.com/video/x5ezvlb_plaidoyer-pour-l-heterosexualite-raphael-zacharie-de-izarra_school

samedi 4 mars 2017

1213 - La coche et l'aigle

Née dans une ferme isolée, élevée par une famille d’attardés aux moeurs béotiennes, la fermière qui engraissait les porcs depuis son enfance croyait que sa laideur, son obésité, sa face ogresque étaient des gages de séduction : de l’amour elle n’avait eu que l’exemple des coches s’offrant à des verrats.

Avec les grognements de ses bêtes puantes pour toute musique nuptiale.

Aussi, lorsqu’elle croisa pour la première fois de sa vie un beau seigneur, c’est avec assurance qu’elle se dévêtit devant lui, sa vue déformée sur les affaires essentielles du coeur et de la chair lui ôtant toute capacité à l’auto-critique.

Ainsi elle lui exhiba l’horreur de ses appas et prit pour une marque d’admiration l’expression de dégoût que son corps adipeux, difforme inspira à l’esthète outragé (que, bien évidemment, seules les sveltes Vénus enflammaient).

En retour à cette offense qu’elle pensait être un cadeau de grand prix, elle reçut deux gifles et un crachat sur sa figure mal faite. Elle saigna de son épais nez porcin et sa blessure ruissela sur les deux énormes baudruches flasques lui tenant lieu de féminité, ce qui rendit le tableau encore plus grotesque.

Elle ressemblait à un cochon qu’on vient d’égorger.

Mais cela ne fut pas suffisant pour éteindre le courroux de l’aristocrate scandalisé par cette verrue. Le spectacle de tant de disgrâce et de bêtise mêlées le rendait cruel, méchant, impitoyable.

Redoublant d’une rage vengeresse qu’il prit soin de dissimuler derrière un faux regard de compassion, faisant semblant de regretter son attitude, il approcha sa main du visage de l’éplorée comme pour la consoler et se faire pardonner...

Le laideron ferma doucement les yeux, en attente de sa caresse...

Alors dans un ricanement terrible il enfouit brutalement son groin dans la boue et, se saisissant d’une lame de sa poche, rasa les cheveux de l’immonde qu’il supposait être infesté de poux, elle qui fréquentait les plus ignobles créatures ! Les cris de la pouilleuse étaient en effet ceux d’une truie... A force de vivre en leur compagnie elle s’y apparentait jusque dans leurs pires manifestations.

Punie pour sa bêtise, punie pour sa hideur, elle se dédouana cependant fort involontairement de ses tares : en contant ce souvenir dans les salons feutrés de son château à des beautés guindées aux corps finement galbés, le sybarite les faisait bien rire, ce qui amenait ces coquettes conquêtes encore plus facilement à son alcôve.

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=HuPdsmpmPfY

http://www.dailymotion.com/video/x5dw7va

mercredi 1 mars 2017

1212 - Gens de goût

Ha ! que les hommes étaient beaux, que les femmes étaient gracieuses à leurs siècles de gloire !

Sous les ors de Versailles les messieurs bien nés portaient d’éclatantes postiches. Ils avaient de la morgue et du joli parler, de la poudre sur le front et du taffetas à la pommette. L’esprit haut et le geste précieux, ils savaient mêler la dentelle fine aux propos les plus saillants, leurs moeurs étaient délicates et leurs danses étaient nobles.

Ces dames et ces demoiselles, vertueuses et bien mises, flattaient la vue dans les salons et à la moindre brise, au plus léger motif, souffraient de charmantes vapeurs. A table ces élégantes demandaient le sel à l’imparfait du subjonctif et se maintenaient ainsi dans la soie verbales jusqu’au dessert. A l’heure des liqueurs, elles succombaient aux mâles avances dans de forts complexes arabesques grammaticales auxquelles il fallait répondre avec autant de virtuosité phraséologique et de rage libidineuse mêlées. Bref, elles faisaient honneur à la Civilisation.

Ces belles gens éduqués, raffinés, perruqués ne s’entretenaient point de philosophie avec la domesticité ni ne se frottaient à la gueusaille au nom d’une conception dévoyée du monde. Ces élus finement enfarinés tenaient leur rang.

Cette société esthète se pâmait devant des Watteau et persiflait tout ce qui s’éloignait des “Embarquements pour Cythère” et autres fêtes galantes. Le goût sûr et la sensibilité fine, ces châtelains affectionnaient les thèmes à leur portée de haut perchés.

Hôtes de demeures choisies, amies des lettrés dormant dans des alcôves lustrées, égales de l'espèce illustre costumée dans des fils précieux, ces honnêtes âmes joliment chaussées savaient vivre, aimer, danser le menuet, monter à cheval, et jamais dans leur existence exquise ne faisaient de faux pas, jamais ne sombraient comme en cette époque nôtre dans l’horrible vulgarité incarnée par la classe moyenne !

VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=5Vo87LJ-ny0

http://www.dailymotion.com/video/x5dklkm