A propos des "120 Journées de Sodome".
Sade n'a rien de divin et tout de démoniaque, au moins à mes yeux. Sa
pensée malade à l'extrême relève de la psychiatrie la plus lourde, et même d'une
authentique psychiatrie d'exception. Un cas monstrueux comme il n'en existe
nulle part dans le monde. Sa prose pue la pourriture, l'excrément, la honte et
l'obscurité. Cette littérature, c'est le dépotoir de l'Enfer, la fosse du
Diable, la Gueule ouverte de tous les démons de la géhenne.
Le seul point positif que je lui accorde, c'est qu'à travers les inventions
innommables, épouvantables, abominables issues de son cerveau damné, il permet
d'élargir notre champ de conscience sur des vues que la raison ordinaire est
incapable de produire. Une fois sensibilisé à ces conceptions extrêmes du Mal,
on peut alors entrevoir une réalité aussi profonde et aussi extraordinaire que
l'univers sadien, mais située à son exact opposé. On se dit que si un tel
gouffre existe, quelque cime doit également le contredire. Et l'idée d'une
semblable fange fait ardemment désirer celle d'un sommet de blancheur. Alors on
lève les yeux de force, on s'élève presque malgré soi, poussé, porté par les
miasmes émanant de l'abîme.
On ne peut pas lire les "120 Journées de Sodome" sans éprouver un légitime
malaise mental, et même physique. Je suis persuadé que nul ne sort indemne de ce
cloaque. Cette lecture blesse l'esprit comme le ferait le métal tranchant sur la
chair. Sade est un criminel. Les blessures qu'il inflige à ses lecteurs ne sont
pas visibles à l’œil, certes. Cependant il agresse le psychisme sain des
honnêtes gens, atteint la pureté, offense l'innocence, tente de tuer le
beau.
Je suis pour la condamnation inconditionnelle de Sade. Je ne vois pas en
quoi ce musellement est odieux... Ni ce que ces belles-lettres apocalyptiques
peuvent apporter de bénéfique à l'Homme, sinon une image monstrueuse de ce qu'il
n'est pas. En effet, comment peut-on faire d'un simple cas pathologique une
cause générale ? Le patrimoine livresque de l'Humanité ne perdrait vraiment pas
grand-chose si on jetait une bonne fois pour toutes Sade dans les flammes de la
censure afin que nos enfants n'héritent pas de cette lèpre romanesque.
Face aux oeuvres de Sade, les apôtres de ces dérèglements se croyant
investis d'une mission sacrée font figure de mauvais génies de l'intelligence.
Comme si au nom de la lumière on pouvait défendre une cause si noire... Il
aurait alors suffit à Adolf d'avoir la plume d'un héraut du malheur pour qu'on
encense et absolve ses écrits sous prétexte d'art... Au bûcher "Mein Kampf" et
les "120 Journées de Sodome", au bûcher ! Et tant pis pour ces messies des
ténèbres, adeptes d'une infernale, scélérate, pestilentielle liberté
d'expression !
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