lundi 28 janvier 2019

1322 - Dernier vol

Né un jour de neige et de joie, j’ai traversé un siècle de malheurs. Parsemé de quelques étoiles... Je suis l’enfant des jours et des nuits, du temps et de la vie, des souvenirs et des oublis.

J’ai vécu des rêves et des drames, vu des hommes et des femmes, cru aux mirages et douté des visages.

J’ai entendu les pierres parler, les humains pleurer, les fleuves couler. Maintenant je pars vers les dieux et les astres.

Je suis devenu si vieux, je n’ai plus d’âge, plus d’avenir, plus d’envie. Mon salut est l’océan, le ciel, l’inconnu.

J’ai usé une terre, un soleil, brûlé mille chandelles : il ne me reste que mon âme.

Vivants, ne me regrettez pas : je m’envole le coeur léger. Je laisse le monde derrière moi puisqu’il le faut, sans larme ni regret.

Là-bas m’attendent d’autres matins. Ailleurs se poursuit mon chemin.

Ma dernière page est tournée, mon livre achevé et mon histoire partira aux cendres. Une eau plus vive, un feu plus ardent, une encre plus verte prendra ma place, et cela est bien. Les vagues remplacent les vagues, les flots succèdent aux flots, l’écume meurt et renaît aussitôt, et la mer reste belle.

La roue tourne, je ne suis qu’un pépiement d’oiseau dans le vaste orchestre cosmique, qu’un frêle papillon dans le tourbillon de la Création.

Ne soyez pas tristes de ma disparition. Je ne fais que changer d’air, que changer de fleur.

Déjà je ne vous vois plus moi-même... Déjà j’aperçois au loin, en haut, hors de votre vue, mon nouvel azur, mon nouvel horizon, mon au-delà...

Je suis si âgé, si las, si heureux de tout quitter...

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/fJAvfVlwL90

jeudi 24 janvier 2019

1321 - Russophile

Immensités immaculées où tout gèle et devient éternel, plaines sans fin où les pensées légères se perdent dans des horizons célestes, le continent russe que j’aime tant est un rêve éclatant et mélancolique.

Grave comme la mort, lumineux comme la glace.

Ce géant aux bras enneigés est une galaxie pleine de vie et d’âpreté, de beautés pures et de larmes sublimes.

Oui, ce pays est un déluge de clarté sur un océan d’hommes... Un flot sans fin de nuages traversant de grands esprits : le vent sacré de ses espaces incommensurables souffle sans cesse sur des sommets humains.

D’illustres noms, d’immortelles oeuvres ont laissé leur empreinte sur chaque front, chaque chemin, chaque fleuve pour y transmettre d’impérissables légendes.

Vastes étendues givrées mêlées d’azur, d’espoir, d’étoiles et de sombres forêts, terres dures peuplées d’âmes simples et profondes aux rires clairs, aux douleurs héroïques, la Russie m’éclaire de sa blancheur et m’enrichit de ses deuils.

Les femmes là-bas sont belles et robustes, vierges et dignes et elles chantent l’Histoire et l’amour, aiment leur village et boivent l’eau des rivières car leur coeur est fait de vérité et d’idéal.

Je quitte aujourd’hui ma France gisant dans ses ultimes soupirs, aux dernières lueurs mourantes, pour rejoindre cette contrée glorieuse qui me désigne un ciel nouveau, me promet l’infini et m’offre déjà la lumière.

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https://youtu.be/DfybwPUIs44

vendredi 18 janvier 2019

1320 - Je suis le loser du NET

Gagne-petit noyé dans l’océan youtubien des millionnaires, travailleur de l’ombre sous-payé, navigateur des eaux douces de la télématique, cul-terreux de la sphère informatique, je suis le loser assumé de l’Univers internautique.

Mes oeuvres taillées dans la dentelle octetienne bénéficient de “succès” ultra confidentiels.

Egaré dans ce monde codé en absurdités binaires pleines d’artifices, je n’y ai pas ma place dans ma nudité sincère.

Champion des interfaces au rabais, perdant sur toutes les lignes, naufragé sur les rives les plus désertes de GOOGLE, misérable tendant sa sébile aux bandes de passants pour un ou deux visionnages, crève-la-faim du WEB en quête de la moindre parcelle de lumière j’erre , isolé, moqué, oublié, dans le néant des sites jamais consultés.

Je suis le clochard des écrans, le mendiant des réseaux sociaux, le SDF de la fibre, le traîne-misère de l’INTERNET, le zéro du Web 2.0 !

Nul ne croise mon chemin dans le virtuel, personne ne daigne cliquer sur mon passage... Qui donc dans cet immense espace dédié aux pures apparences s’intéresserait à mes haillons de voyageur sans fard ? Je suis le grand invisible des autoroutes de l’information...

La cause de mon exclusion ?

Si vous ne me voyez pas alors que je ne cesse d’établir mon humble flamme en ces lieux, c’est parce que je suis là non pour ajouter des paillettes à vos confettis mais simplement pour insérer dans vos pages les liens de la vraie amitié.

Moi le clodo de la toile, moi le loser du NET.

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https://youtu.be/6SmgAdtK3qQ

jeudi 17 janvier 2019

1319 - Femme russe

C’est une grande forme rocailleuse qui s’élève, une flamme qui jaillit du lointain, une femme inconnue.

Un ciel nouveau que je vois.

Dans la prairie, elle est comme un oiseau dominant les herbes folles, un éther dans le vent.

Elle s’avance, vaste, leste, blanche.

Sa silhouette, sa face, ses cheveux, ses mouvements ressemblent à l’aube du monde... On dirait une apparition vêtue de brume et de clarté. 

Ses pieds dans les nuages, ses yeux dans le lac, ses pensées vers l’horizon, c’est moi qu’elle regarde.

Et depuis ma France la Russie est belle, insondable, éternelle.

Elle me parle et ses mots sont l’appel de la terre, la plainte des steppes, la douceur du froid. Des chants de douleur, des éclats de bonheur et des rêves d’infini.

Son mystère slave et ses pommettes hautes me racontent des histoires légères qui lui donnent un air profond.

A perte de vue, dans les champs de verdure, les flots d’azur et les lumineuses étendues, des fleurs, de la neige, des mythes.

Des siècles de pierres et de fantasmes. Des milliers de légendes et un seul idéal.

La fille vole, monte, file, s’approche.

Je suis venu dans son pays de blancheur, laissant derrière moi l’ombre et l’échec après le naufrage, pour prendre le large entre ses bras immenses.

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/r18T4K6cTpI

vendredi 4 janvier 2019

1318 - Injustice électrique

L’agent d’Electricité de France, rendu chez une cliente indélicate, était sur le point de lui couper l’accès à sa seule source de vie en cette fin d’hiver.

Cette femme était une mauvaise payeuse et accumulait des dettes d’énergie. Le préposé EDF devait rendre des comptes à sa hiérarchie en accomplissant sa mission sans état d’âme.


Soit la débitrice s’acquittait de la somme due à l’arrivée du technicien, soit ce dernier exécutait son office pour, de manière coercitive, éteindre le flambeau de la maison.


Issue radicale, expéditive, définitive.


Telle est la loi.


L’endettée était redevable de plusieurs mois de consommation électrique. Mais elle avait juste de quoi se nourrir, comment aurait-elle pu se libérer d’un coup d’une charge aussi lourde ?


Résignée, l’indigente préférait encore qu’on la privât de chauffage, de réconfort et de lumière en dépit de sa santé dégradée et en cette saison encore froide, sombre, sinistre, plutôt que de continuer à s’enfoncer dans l’endettement et le désespoir.


Heureusement, il y a encore des petits miracles pour les infortunés de ce monde... Grâce à des étincelles d’humanité dans le coeur des hommes, à ces derniers sursauts de générosité chez les grandes âmes, parfois rien n’est jamais vraiment perdu pour ceux qui se croient au fond du gouffre.


Ennuyé face à cette situation de détresse sociale, le professionnel pris de scrupule décida de lui laisser le courant quitte à recevoir un blâme de ses supérieurs.


Il quitta l’humble foyer aux appareils vétustes et aux branchements bricolés en laissant derrière lui une victime du sort finalement soulagée...


A son retour au centre de gestion EDF il subit les foudres de ses chefs mais néanmoins heureux de sa bonne action il passa une nuit paisible, la conscience lumineuse.


Le lendemain, consterné, il apprit la mort de sa “protégée”. Au nom de ses bons sentiments, c'est lui qui l'avait tuée.


En effet, le soir-même de sa non-intervention, elle s’était accidentellement électrocutée.


VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=QCGgVa5o4yc&feature=youtu.be

mardi 1 janvier 2019

1317 - L'orphelin

L’orphelin errant dans la neige avait le visage doux comme un angelot, le front clair, les yeux aussi bleus que l’azur.

Mais son âme était pourrie de tous les vices du monde.


Dans son coeur, rien que des sentiments honteux, des appétits malsains, des désirs abjects. Dans ses poches, une lame assassine, des hameçons, une vipère séchée. Dans sa tête, que des mauvaises intentions.


Lorsque je connus l’horreur se nichant dans cette petite bête malfaisante, je lui proposai gîte et couvert en échange de sa conversion au bien.


Le diablotin mordit ma main tendue.


Nullement découragé par l’épine endurcie de cette mauvaise herbe, animé par le seul désir de changer l’ordure en or, de réhabiliter ce morveux en perdition, de chasser la puanteur de cet être voué au péché, je lui fis comprendre qu’il jouirait de ma fortune, de ma renommée et de tous les autres avantages que méritent les gens honnêtes, s’il acceptait de me suivre.


Je lui expliquai que pour vivre décemment sous mon toit et ma protection, il devrait désormais renoncer à ses dérèglements, aux facilités de la paresse, à ses impuretés et à tous ses penchants mauvais...


Le petit affamé s’entêta à résister aux âpres séductions de la vertu, préférant demeurer dans sa misère morale. Ni la perspective de la chaleur de mon foyer ni la vue de mes écus (qu’il lorgna néanmoins avec la concupiscence du voleur) ne parvinrent à semer en cette terre aride le moindre désir de fleur.


Je ne pouvais plus rien pour lui.


Après une dernière morsure sur ma main généreuse suivie d’un crachat répugnant sur ma face pleine de bonne volonté, l’enfant perdu s’éloigna dans le froid en semant ses injures dans la blancheur qui l’entourait.


Il ne me restait plus qu’à prier.


Le lendemain j’appris la mort du petit monstre, retrouvé gelé dans un fossé.


Dans sa main fermée on découvrit son dernier larcin.


Il m’avait volé ma médaille de la Sainte Vierge.


VOIR LA VIDEO :

https://www.youtube.com/watch?v=Z46HJDwJX8Y&feature=youtu.be

Liste des textes

1328 - Je suis apolitique