samedi 30 mars 2019

1332 - Les vagues de l'esthète

Je voyais, juste sous la Lune, une présence, une forme, une clarté.
 
Et, au-dessus des nuages, un astre, un horizon, une voie.
 
Je suivais un oiseau dans la nue, percevais une flamme dans l’espace, sentais un miracle sur Terre.
 
Je me savais entouré d’ailes, de légèreté, d’éclat.
 
Avec, en toile de fond de mon être, un visage pareil à un songe.
 
Des traits faits d’air et de lumière. D”azur et d’éther. D’étoile et d’or.
 
Une face comme un océan éternel aux vagues à l’infini dont l’écume argentée vient chanter sur une plage de vie, de vent, de sable et de beautés à perte de vue...
 
Je voyais, juste sous la Lune, une réalité, une silhouette, une blancheur.
 
Et, au-dessus des nuages, une lueur, un paysage, un ciel.
 
Je contemplais la gloire de la Création à travers le passage, haut dans mon âme, de cette Vénus nommée Farrah Fawcett.

samedi 23 mars 2019

1331 - Les Gilets Jaunes

Par-delà le caractère éminemment social du mouvement des Gilets Jaunes, sa dimension humaine, sa force nationaliste, son ampleur historique, fondamentalement je ne suis guère sensible à la couleur de ce faux ciel.

Peu importe que le combat des Gilets Jaunes soit légitime, nécessaire, juste...

Qu’on le trouve utile, essentiel, héroïque, honorable, là n’est pas la question.

Je livre ici ma réflexion sincère, honnête, sans fard ni édulcoration aucune. Et aussi, je le pense, lucide.

Je ne cherche ni à plaire ni à déplaire, seulement à dire une réalité, une pensée, une vérité en moi.

Je trouve infiniment vulgaires ces masses réclamant plus de confort moins d’effort, plus de pain moins d’impôts...

Vindicatives ou pacifiques, hurleuses ou posées, primaires ou plus éduquées, quelles que soient leurs formes ou leurs qualités, ces foules de laborieux en quête d’avancée sociale incarnent à mes yeux toute la vulgarité, la grossièreté, le prosaïsme désenchantant d’un monde envisagé de manière purement horizontal.

Paradis minable des classes moyennes, éden insipide des petits esprits, terre promise des âmes sans envergure, ce monde réclamé, espéré, idéalisé par ces hordes de citoyens combattant le “système” demeure pour moi décevant, ennuyeux, lourd, pathétiquement plat, lamentable et mesquin.

Matérialiste.

Indigne de l’Homme tel que je le conçois. Certes ce n’est pas parce qu’on cherche à défendre une cause vitale, qu’on veut avoir l’assurance de pouvoir caler l’estomac de ses enfants quand ils ont faim que l’on est fatalement méprisable... C’est même parfaitement respectable.

Mais ces batailles terrestres de mes frères humains, aussi capitales soient-elles, ne m’intéressent pas. Ce qui est mon droit.

Elles m’inspirent grisaille, poussière, morosité.

Raconter ses rêves de la nuit, aussi éclatants soient-ils, est la chose la plus soporifique qui soit pour celui qui écoute, c’est bien connu... Alors que dire quand il s’agit des rêves ternes de ces amateurs de pot-au-feu du dimanche ?

Bref ces demi-affamés et autres mal-vêtus adoptant le jaune fluo pour grotesque étendard représentent à mon sens la pire des compagnies humaines...

Moi ce que j’aime, c’est côtoyer des gens heureux, satisfaits, libérés de tous soucis !

Voit-on des chirurgiens, des pilotes de ligne ou des architectes en vue parmi ces contestataires parés de fluorescence ? Leur absence n’est évidemment pas un hasard. C’est même criant de certitude !

Les gens heureux n’ont nul besoin de réclamer ceci ou cela en nous cassant les oreilles, encore moins d'abaisser les aspirations universelles au niveau de la boue, et c’est bien pour cette raison que je préfère aller vers leur lumière.

Enviés, jalousés, adulés ou détestés,moi je dis que les privilégiés sont plus proches des étoiles que les pissenlits jaunes rasant les caniveaux.

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/etkUtne22eY

jeudi 21 mars 2019

1330 - Le clown

Il a la tête de l’emploi, le clown : patibulaire sous le fard et la grimace.

Un pauvre type en réalité car tous les clowns sont des balayeurs faisant office de bouche-trous entre deux numéros plus nobles...

Minable, pathétique, consternant avec ses pitreries éculées, il se croit drôle.

Il se prend pour un artiste, c’est un moins que rien, un raté, un parasite.

Quand ce n’est pas un ex-taulard.

Les pauvres gosses qu’il berne avec ses singeries, il les cognerait volontiers en d’autres circonstances...

Voire pire.

En réalité il déteste les bambins. 

C’est un être mauvais, médiocre et même abject.

Mais là sous le chapiteau, il doit mentir, faire illusion, jouer son rôle d’acrobate du rire dénué de talent.

Malhonnête, profiteur, opportuniste, il se vautre dans l’indignité, dérisoirement protégé par son grimage et son nez rouge.

Comme une vermine au milieu de la piste, entouré d’innocents qu’il aimerait molester.

La joie des enfants réchauffe son coeur, éclaire son âme, assure-t-il en se démaquillant.

En vérité c’est l’argent des parents qu’il convoite.

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/uhglkBsxEjw

mardi 19 mars 2019

1329 - Seul

En pleine ville, entouré d’humains par milliers, il est seul.

Lui le vieux garçon, lui l’indésirable, lui l’oublié.

Isolé au coeur de la foule. Intrus parmi l’Humanité. Importun chez les hommes.

Mais surtout, invisible pour les femmes.

Venu au monde par erreur pense-t-il, il ne se sent nulle part chez lui.

Il erre ici-bas comme un pauvre fétu égaré, allant depuis sa naissance ici et là sans but.

Sans espoir particulier, insensibilisé à tout.

Sans grande peine, certes. Mais sans amour non plus.

Sans amour, pas même une once.

Sans âme... Juste un objet. Mais pas un objet utile, léger ou simplement beau, non... Plutôt une chose encombrante.

Lourde. Stérile. Laide.

Une chose qui n’a rien à faire sur Terre. Qui n’apporte rien aux autres. Un caillou contre lequel on se cogne. Une erreur. Un furoncle.

Depuis longtemps il ne pense plus aux femmes, à lui-même, à la vie. Pas même à la mort.

Il ne fait que passer, qu’être présent, planté devant son néant l’air de n’être rien du tout... Sans plus s’excuser d’être là.

Je l’ai croisé sur le trottoir, tantôt.

Ce n’était pas le lampadaire, non.

C’était Marcel, le fameux, l’éternel, l’universel Marcel, ce passant qui ne fait de l’ombre à personne.

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/_O3Q8ygLBDs

mercredi 13 mars 2019

1328 - Je suis apolitique

Ce qui entre par ma fenêtre, ce qui sort de l’ordinaire, ce qui se passe hors d’ici, ce qui arrive loin de chez moi, voilà ce qui m’intéresse. Entre les deux bouts des trous, aux extrémités de l’ailleurs, par-delà les simples vues.

La politique n’est point mon affaire.

Je jette des marguerites dans l’infini, cornichonise les tuyaux bouchés, disloque les asticots, tire-bouchonne les coquilles d’escargot, distends les réseaux de rigolos, récupère les anoraks, accapare les rares rats et prépare mes escapades... 

Mais ne fais pas de politique.

Insensible aux programmes présidentiels, allergique aux frontons des mairies, rebelle aux bulletins de vote, je pars à la pêche aux étoiles armé de ma lyre et abreuvé de mes rêves de cosmonaute. De planète en planète, je vais et je viens afin que mes pieds soient encore mieux séparés des pommes de la Terre.

Je suis sérieusement apolitique.

Doutant des hommes publics, je cherche les bénéfices du rire, les marges qui débordent, les berges des mares, les canards qui démarrent. Au bord de moi, je bois pour être ivre. Et vole de bois en bois.

Mais jamais ne me pique de politique !

Pour mes dimanches pleins de promesses et autres jours de la semaine vides de biens des choses, j’ai mon astronef en vue, ma canne en poche et mes cimes en tête. De quoi voir trente-six chandelles en l’air et quelques urnes au sol...

Résolument, je ne suis pas un oiseau politique.

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/GumIPq2f1vE

lundi 11 mars 2019

1327 - Des éclairs dans la nuit

J’errais dans des champs de boue, loin de mon foyer, perdu, déprimé, traversant la plaine détrempée en quête de chaleur.

Avec pour seules compagnies la grêle, les nues sombres et mes idées noires.

Je n’avais rien dans le ventre, plein d’ombre dans le coeur, du plomb dans l’âme.

Et des pierres sur mon chemin.

Mes uniques horizons : le froid, la fatigue, la solitude.

Un mur de ténèbres et de sinistrose contre lequel, bientôt, j’échouerai en attendant l’aube pensais-je, résigné.

Et puis là, comme isolée en plein néant, une flamme ! Un toit, un âtre, un asile... Un refuge, enfin !

Je frappai à la porte, soulagé.

Une bête taciturne m’ouvrit. Visage fermé, regard méfiant, dos courbé, le rustre ne me rejeta cependant point.

Quatre hôtes patibulaires occupaient la masure. Deux hommes et deux femmes attablés, visiblement importunés par ma venue.

Devinant ma détresse en voyant mon allure misérable, ils me firent signe de me joindre à leur souper.

Tout chez ces rustiques, dans cette maison, dans cette soirée hors du temps et du monde transpirait le deuil, l’austérité, la morosité.

Je compris que l’amertume de ce quatuor de “marchands de tristesse” serait le prix de mon réconfort.

A leur table j’avais au moins un repas, un peu de repos et plus de pluie, en échange de leurs sentiments d’enclumes et de leur silence plus lourd encore.

A prendre ou à laisser. Je pris donc.

Sur le point de m’asseoir à leur coté, je m’aperçus d’une chose prodigieuse... Les quatre faces crasseuses, burinées, ridées, grossières étaient faiblement éclairées par une source de clarté inconnue...

Les trognes cafardeuses brillaient légèrement comme des cierges pâles dans la pénombre de cette demeure suintant le désespoir.

Très vite je me rendis compte que la lumière provenait de leur assiette.

La fontaine de joie qui, dans ce lieu lugubre et en ce soir de mort pluvieux, glacé, accablant, jetait ainsi des lueurs de vie sur leur sales bobines  - et j’en fus émerveillé - c’étaient des endives !

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/P8shWxX5dnA

jeudi 7 mars 2019

1326 - Rendez-vous d'amour

Dés le lever mes pensées sont remplies d’étoiles, mon âme pleine de lumière et ma tête dans les nuages est aussi légère que possible : aujourd’hui j’ai rendez-vous avec l’impératrice de mon coeur. Une virginale conception au teint magnifique et aux promesses qui me sont chères.

Je me prépare avec flamme, fort de mes vues d’initié, sûr de mes élans, heureux de ma découverte.

Mes désirs pour elle sont fous, insensés, insatiables et impudiques car je la veux sous ma langue et dans ma gorge, dans mon haleine et dans mon sang !

Et cependant nulle honte n’ombrage mon front clair : il n’y a point de péché quand un mortel aime une déesse de sa terre. Mystères et prodiges des hauteurs de ce bas-monde...
C’est l’heure !

Enfin je pars, je cours, je vole vers celle que j’aime avec ivresse et rêverie, tendresse et férocité. Elle m’attend, lascive, offerte, et je vais lui donner mon baiser d’affamé qui nous unira dans une explosion de fièvre et de fraîcheur mêlées.

J’approche du but, essoufflé, impatient, ému, enchanté.

Elle est là, devant moi, soigneusement mise en valeur, parée de ses naturelles splendeurs, pâle en me voyant, prête au sacrifice ultime.

L’instant est palpitant.

Je l’emporte chez moi, jalousement calée dans mes bras.

Et tout en retournant vers mon foyer, je la contemple, l’admire, la trouve divine, émouvante, idéale...

Mollement étendue dans sa luxueuse cagette, je la dévore du regard en marchant, elle que j'ai tant cherchée, elle ma belle, ma blanche, mon adorable endive.

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/Bsd0ENFOkII

mercredi 6 mars 2019

1325 - Farrah Fawcett, reine des endives

Cette perle d'éther lunaire était une éclatante endive des jardins cosmiques.

Farrah Fawcett remplit mon saladier quotidien de soleils huileux et de nébuleuses vinaigrées saupoudrées de flocons d’avoine et de poudre d’étoiles. 

Je m’en délecte de l’aube au crépuscule à petits coups de fourchettes et à grandes envolées résolument aériennes car là où il y a ses airs célestes il y a, chez elle, ses ailes.

Cette tête aux clartés endivières et à la chevelure reflétant le gâteau de Savoie hante mes féroces menus végétaux et mes desserts délicatement imbibés d’alcool.

Les croquantes feuilles du légume à la superficielle amertume étalées dans mon assiette sont, sous l’effet de ce papillon des hortillons qu’elle fut, de volantes vapeurs opalines sur mes papilles de valeur.

Le chicon de mes sustentations d’esthète me rappelle inexorablement, de par son aspect linéal, sa blancheur angélique, ses légèretés d’oiseau et ses finesses potagères, la face lactée de cette plante sidérale.

Je rêve de vastes champs de cultures d’endives en hiver avec, pour seule gardienne des récoltes, telle un épouvantail de lumière et de gloire astrale, la spectrale, protectrice, virginale et géante silhouette de Farrah Fawcett étendant ses bras immenses sous de majestueuses chutes de neige.

VOIR LA VIDEO :

https://youtu.be/4eeqwOSTpOU

Liste des textes

1328 - Je suis apolitique